‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 34 sur 167 · La citation de Sènèque n'est pas dans A · texte numérisé non relu

La citation de Sènèque n'est pas dans A

teurs, et que, par là, ils confirment tousjours la crédulité et le mensonge des Pronostiques, quand ils rapportent ces comptes sans les réfuter (p. 89).

Au fond, Bayle lui-même avait très peu de confiance dans la certitude de l'histoire : « On accommode l'histoire, écrit-il, comme les viandes dans une cuisine ; la même chose est mise en autant de ragoûts différents qu'il y a de pays au monde. » (Cf. la Critique de Mainibourg, I. et II.)

L'idée générale du Dictionnaire historique est que « la vérité n'est guère moins le désespoir de l'histoire qu'elle n'est celui de la philosophie. »

Cf. La Mothe le Voyer. Du peu de certitude qu'il y a dans l'histoire,

(1) « Je sais bien que Sénèque ne parle là que des erreurs de la morale pratique, mais on peut affirmer la même chose des erreurs de fait et

sent le miracle. Tite-Live nous en fournit une forte preuve, car quoi que ce fust un homme de grand sens et

20 d'un génie fort élevé et qu'il nous ait laissé une Histoire fort approchante de la perfection, il est tombé neantmoins dans le défaut de nous laisser une compilation insupportable de tous les prodiges ridicules que la superstition Payenne croyoit qui dévoient être expiez, ce qui

25 fut cause, à ce que disent (a) quelques uns, que ses ouvrages furent condamnés au feu par le Pape S1 Grégoire (i). Quel desordre ne voit on pas dans ces grands et immenses Volumes, qui contiennent les Annales de tous les difterens Ordres de nos Moines, où il semble qu'on

30 ait pris plaisir d'entasser sans jugement et par la seule envie de satisfaire l'émulation ou plutôt la jalousie, que ces Societez ont les unes contre les autres, tout ce que

(a) Voy. Vossiits : De Histor. latin., p. 98.

18. A. et l'extraordinaire. L'exemple de Tite Live. 24. A. que la superstition Payenne croyoit qui dévoient être expiez. Pour ne rien dire de ces grands et immenses volumes.

des erreurs de spéculation. Une infinité de gens y tombent les uns à l'exemple des autres, ils aiment mieux croire que d'examiner. » (Cont. des Pensées div., p. 17.)

(1) Bayle corrige ironiquement sa critique dans la Continuation des Pensées diverses. (§ III).

« Je conviens aujourd'hui qu'il ne pouvoit guère se dispenser de faire ce qu'il a fait. (Il parle de Tite-Live). ...Ce qu'il devoit faire, c'était de témoigner qu'il n'ajoûtoit point de foi à toutes ces choses. Or c'est ce qu'il a fait en quelques endroits que vous pouvez lire dans mon ouvrage (Voyez les pages marquées dans la table des matières des Pensées diversos au mot Livre), et que La Mothe le Vayer a citez aussi pour le disculper. (Dans son discours sur l'histoire : voyez la page 169- 170, du 2, tome de ses œuvres, édit. de Paris, 1681.) Ces endroits-là pouvaient suffire, il n'étoit pas obligé de renouveller ses protestations contre l'erreur populaire toutes les fois qu'il rapportoit des prodiges. Tout bien considéré, je trouve que nous lui avons de l'obligation de nous avoir conservé des faits qui nous apprennent la sotte crédulité, la superstition puérile de ce même peuple qui subjugua tant de nations, et qui se rendit si célèbre par sa politique, et par sa bravoure. »

l'on peut concevoir de miracles chymeriques ? Ce qui soit dit entre nous, Monsieur, car vous savez bien que pour ne

35 pas scandaliser le Peuple, ni irriter ces bons Pères, il ne faut pas publier les défauts de leurs Annales, nous contentant de ne les point lire.

Je m'étonne (a) que ceux qui nous parlent tant de la sympathie qu'il y a entre la Poésie et l'Histoire, qui nous

40 asseurent sur la foy deCicéron et de Quintilien que l'Histoire est une Poésie libre de la servitude de la versification, et sur le témoignage de Lucien que le vaisseau de l'Histoire sera pesant et sans mouvement , si le vent de la Poésie ne remplit ses voiles ; qui nous disent qu'il faut être Poëte pour

45 être Historien et que la descente de la Poésie à l'Histoire est presque insensible, quoi que personne n'ait entrepris jusques icy de passer de l'une à l'autre, je m'étonne, dis-je, que ceux qui nous apprennent tant de belles choses, sans savoir (b) qu'Agathias a été successi-

5° vement Poëte et Historien et qu'il a cru par là ne faire autre chose que de traverser d'une patrie en une patrie, n'ayent pas appréhendé de fournir un beau prétexte aux Critiques, de reprocher aux Historiens qu'en effet ils ont une sympathie merveilleuse avec les Poètes et qu'ils

5 5 ayment aussi bien qu'eux à rapporter des prodiges et des fictions (1). Heureux ces deux excellens Poètes, qui travaillent à l'Histoire de Louis le Grand, toute remplie de prodiges effectifs (2), car sans donner dans la fiction

(a) Le P. Le Moine : Discours de l'Histoire, chap. I.

(b) Agathias, in princ. Histor.

(1) Phrase à remarquer comme exemple caractéristique de la lourdeur négligée du style de Bayle.

(2) Cet éloge de Louis XIV et tous les autres que l'on trouvera dans ce livre procèdent, jusqu'à un certain point, d'une admiration sincère du Roi. Jurieu l'accusait de ne pas avoir d'autre divinité. Il lui

ils peuvent satisfaire l'envie dominante qui possède les

60 Poètes et les Historiens de raconter des choses extraordinaires !

Avec tout cela, Monsieur, je ne suis pas d'avis que l'on chicane l'autorité des Historiens ; je consens que sans avoir égard à leur crédulité, on crove qu'il a paru des

65 Comètes tout autant qu'ils en marquent et qu'il est arrivé, dans les années qui ont suivi l'apparition des Comètes, tout autant de malheurs qu'ils nous en raportent. Je donne les mains à tout cela : mais aussi c'est tout ce que je vous accorde et tout ce que vous devez

70 raisonnablement prétendre. Voyons maintenant à quoi aboutira tout cecy. Je vous défie avec toute votre subtilité d'en conclurre, que les Comètes ont été ou la cause ou le signe des malheurs qui ont suivi leur apparition. Ainsi les témoignages des Historiens se réduisent à prou-

75 ver uniquement qu'il a paru des Comètes et qu'en suitte il y a bien eu des desordres dans le monde ; ce qui est bien éloigné de prouver que l'une de ces deux choses est la cause ou le pronostic de l'autre, à moins qu'on ne veuille qu'il soit permis à une femme qui ne met jamais

80 la tête à sa fenêtre, à la rue Saint Honoré, sans voir passer des Carrosses, de s'imaginer qu'elle est la cause pourquoi ces Carrosses passent, ou du moins qu'elle doit être un présage à tout le quartier, en se montrant à sa fenêtre, qu'il passera bien tôt des Carrosses.

72. A. de conclurre de là en bonne et deùe forme. 82. C. pourquoi ils passent.

reprochait surtout d'avoir dans l'Avis aux Réfugies glorifié le roi de France et la politique française. Bayle protesta dans la Cabale Chimérique (O. II, 620-9). Quelles que soient ses rancunes de réfugié, Bayle « est attaché fortement à son pays : il est plus Français que Calviniste ». Cf. Del volve, Bayle , p. 28.

Pensées sur la Comète. 3

Que les Historiens se plaisent fort aux digressions.

Vous me direz sans doute que les Historiens remarquent positivement que les Comètes ont été les signes ou même les causes des ravages qui les ont suivies et par conséquent que leur autorité va bien plus loin que je ne 5 dis. Point du tout, Monsieur, il se peut faire qu'ils ont remarqué ce que vous dites, car ils aiment fort à faire des reflexions et ils poussent quelquefois si loin la moralité, qu'un Lecteur, mal satisfait de les voir interrompre le fil de l'Histoire, leur diroit volontiers, s'il les tenoit, riser-

io vate questo per la predica. L'envie de paroitrè savans, jusques dans les choses qui ne sont pas de leur métier, leur fait aussi faire quelquefois des digressions très mal entendues ; comme quand Ammian Marcellin (a), à l'occasion d'un tremblement de terre qui arriva sous l'Em-

15 pire de Constantius, nous débite tout son Aristote et tout son Anaxagoras ; raisonne à perte de veùe ; cite des Poètes et des Théologiens, et à l'occasion d'une éclipse de soleil arrivée sous le même Constantius, se jette (b) à corps perdu dans les secrets de l'Astronomie,

20 fait des leçons sur Ptolomée et s'écarte jusques à philosopher sur la cause des parelies. Mais il ne s'ensuit pas pour cela que les remarques des Historiens doivent autoriser l'opinion commune, parce qu'elles ne sont pas sur

(a) Ammian Marcel 1., H i si or., 1. ij.

(b) Ammian Marcel!., Histor., lïb. 20.

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