‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 35 sur 167 · C. comme lorsqu'Ammien Marcellin · texte numérisé non relu

C. comme lorsqu'Ammien Marcellin

des choses qui soient du ressort* l'Historien. S'il 25 s'agissoit d'un Conseil d'Etat, d'une Négociation de paix, d'une bataille, d'un siège de ville, etc., le témoignage de l'Histoire pourrait être décisif, parce qu'il se peut faire que les Historiens ayent fouillé dans les Archives et dans les instructions les plus secrètes et puisé dans les plus 30 pures sources de la vérité des faits. Mais s'agissant de l'influence des Astres, et des ressorts invisibles de la nature, Messieurs les Historiens n'ont plus aucun caractère autorisant et ne doivent être plus regardez que comme un simple particulier qui hazarde sa conjecture, 35 de laquelle il faut faire cas selon le degré de connoissance que son AutheurVest acqttfe dans la Physique. Or, sur ce pied là, Monsieur, avouez moi que le témoignage des Historiens se réduit à bien peu de chose, parce qu'ordinairement ils sont fort méchants Physiciens.

De l'autorité de la Tradition.

Après ce que je viens de dire, il seroit superflu de réfuter en particulier le préjugé de la Tradition, car il est visible que si la prévention où l'on est de tems immémorial, sur le chapitre des Comètes, peut avoir quelque 5 fondement légitime, il consiste tout entier dans le témoignage que les Histoires et les autres livres ont rendu sur cela dans tous les siècles : de sorte que si ce témoignage ne doit être d'aucune considération, comme je l'ay justifié et comme il paroitra encore davantage par ce qui

io me reste à dire, il lie faut plus faire aucun conte de la multitude des suffrages qui sont fondez là dessus (i).

Que ne pouvons nous voir ce qui se passe dans l'esprit des hommes lorsqu'ils choisissent une opinion (2) ! Je suis

(1) Dans la Cont. dei Pensées div., avec plus de hardiesse, il fait application de cette idée aux croyances religieuses, montrant le rôle effacé que joue la raison en ces questions : « Ce seroit une illusion que de vous fier aux consentemens populaires. On a été persuadé avant Fâge d'examiner, et l'on continue à l'être ordinairement parlant sans examiner. Peu de gens sont en état de faire de bonnes discussions, car ou ils n'ont pas assez de lumières, ou ils ont trop d'attachement à leurs préjugez. Or de vouloir que des personnes zélées pour la Religion examinent meurement, équitablement, exactement le parti contraire, c'est prétendre que l'on peut être bon juge entre deux femmes de l'une desquelles l'on est amoureux pendant que l'on n'a pour l'autre que de l'aversion. Lycidas aime éperdument Uranie, et hait mortellement Corinne , sachez nous dire, le priera-t-on, laquelle des deux a le plus de charmes : examinez bien la chose : il promettra de le faire, mais à coup sûr il prononcera pour Uranie et ne se contentera pas de la préférer à Corinne ; il la préférera aussi à toutes les autres femmes, et même

« 11 dira qu'Uranie est seule aimable et belle.

Sa raison sera d'accord sur cela avec son cœur. C'est ainsi à peu-près que l'on en use dans l'examen des Religions. » (Cont. des Pensas divines, § XX.)

(2) Par quels moyens tontes ces fausseté^ se maintiennent ci ce que l'on doit attendre d'iccÛcs si on ne tes réprime.

Naudé distingue trois causes principales de la persistance des erreurs :

« La première desquelles est que tout le monde croit et se persuade asseurément que la plus forte preuve et la plus grande asseurance que l'on puisse avoir de la vérité dépend d'un consentement général et approbation universelle, laquelle, comme dit Aristote, dans le Septiesme de ses Ethiques, ne peut estre du tout fausse et controuvée ; joint que c'est chose plausible et qui a grande apparence de bonté et justice, que de suivre la trace approuvée d'un chacun ; et pour cette raison, il arrive tousjours que les derniers qui se meslent d'écrire et de faire des livres, autant les autres que les Demonographes, estant fondez sur cette maxime ne tiennent compte d'examiner ce qu'ils voyent avoir esté creu et présupposé pour véritable par tous ceux qui les ont précédés et qui ont escrit auparavant eux sur un pareil sujet, la fausseté, duquel s'accroist ainsi par contagion et applaudissement donné non par jugement et cognoissance de cause, mais à la suitte de quelqu'un qui a commencé la danse, sans considérer que celuy qui veut estre jugé sage et prudent doit tenir pour suspect tout ce qui plaist au peuple, pessimo Veritatis interpreti, (Seneca, de Vita beata) et est approuvé du plus grand nombre, prenant bien garde de ne se laisser emporter au

seur que si cela étoit, nous réduirions le suffrage d'une

15 infinité de gens à l'autorité de deux ou trois personnes(i), qui ayant débité une Doctrine que l'on supposoit qu'ils avoient examinée à fond, l'ont persuadée à plusieurs autres par le préjugé de leur mérite et ceux cy à plusieurs autres, qui ont trouvé mieux leur conte, pour leur paresse

20 naturelle, à croire tout d'un coup ce qu'on leur disoit qu'à l'examiner soigneusement (a). De sorte que le nombre des sectateurs crédules et paresseux s'augmentant de jour en jour a été un nouvel engagement aux autres hommes de se délivrer de la peine d'examiner une opi-

25 nion qu'ils vovoient si générale et qu'ils se persuadoient bonnement n'être devenue telle que par la solidité des raisons desquelles on s'étoit servi d'abord pour l'établir ; et enfin on s'est veu réduit à la nécessité de croire ce que tout le monde croyoit, de peur de passer pour un fac-

30 tieux qui veut lui seul en savoir plus que tous les autres et contredire la vénérable Antiquité ; si bien qu'il y a eu

(a) Unusquisque mavult credere quant judicare : nunquam de vila judicafur, semper créditer versatque nos et prxcipitat traditus per mamis errvr alieuisque périmas exemptes. Saiiabimur si modo separemur a cœtu. Nunc vero stat contra ratîonem defensor tnali sui popuïus. (Scneca, De Vita bcata, cap. I.)

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