‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 36 sur 167 · C. l'ont persuadée à d'autres · texte numérisé non relu

C. l'ont persuadée à d'autres

courant des opinions communes et populaires, veu que la plus part est d'ordinaire la plus grande, le nombre des fols infini, la contagion très dangereuse en la presse, que le grand chemin battu trompe facilement, que l'Ecclesiaste a dict, qui cita crédit lavis est corde, (cap. 19) et qu'il est ttes certain que quand nous suivons l'exemple et la coustume sans sonder la raison, le mérite et la vérité, nous tresbuchons et tombons le plus souvent les uns sur les autres, nous faillons i crédit, nous nous attirons au précipice et pour conclure en un mot, alienis périmas exemplis. » (Naudé, Apologie, p. 634, sqq.)

(1) Cette analyse de la vérité traditionnelle appartient en propre à Bayle. L'originalité et la force de l'argumentation consistent, pour établir le droit de la raison individuelle, du libre examen, à démontrer que la tradition peut en réalité se ramener à une opinion singulière.

du mérite à n'examiner plus rien et à s'en raporter à la Tradition. Jugez vous même si cent millions d'hommes (1 ) engagez dans quelque sentiment, de la manière que je

3 5 viens de représenter, peuvent le rendre probable et si tout le grand préjugé qui s'élève sur la multitude de tant de sectateurs ne doit pas être réduit, faisant justice à chaque chose, à l'autorité de deux ou trois personnes qui apparemment ont examiné ce qu'ils enseignoient. Souve-

40 nez vous, Monsieur, de certaines opinions fabuleuses à qui l'on a donné la chasse dans ces derniers tems, de quelque grand nombre de témoins qu'elles fussent appuyées, parce qu'on a fait voir que ces témoins s'étant copiez les uns les autres, sans autrement examiner ce

45 qu'ils citoient, ne dévoient être contez que pour un, et sur ce pied là concluez qu'encore que plusieurs nations et plusieurs siècles s'accordent à accuser les Comètes de tous les desastres qui arrivent dans le monde après leur apparition, ce n'est pourtant pas un sentiment d'une plus

5P grande probabilité que s'il n'y avoit que sept ou huit personnes qui en sussent, parce qu'il n'y a gueres d'avantage de gens qui croyent ou qui ayent cru cela, après l'avoir bien examiné sur des principes de Philosophie (2).

(1) « J'ay une telle antipathie contre tout ce qui est populaire (vous scavez combien nous entendons loin la signification de ce mot) que je ne pourrois condamner l'aveuglement de Democrite quand il se seroit véritablement crevé les yeux pour ne plus voir les impertinences d'une sotte multitude... Pour ce qu'il n'y a rien de plus opposé à notre heureuse suspension d'esprit que la tyrannique opiniastreté des opinions communes, j'ay tousjours pensé que c'estoit contre ce torrent de la multitude que nous devions employer nos principales forces et qu'ayant dompté ce monstre du peuple, nous viendrions facilement à bout du reste. » (La Mothe le Vayer. f Dialogue d'Oratius Tubero. Francfort, 1716, p. 520.)

(2) Toute la doctrine de Bayle et son argumentation contre l'autorité de la tradition est fondée sur le principe Cartésien de l'évidence rationnelle qui a été si fortement énoncé par Malebranche :

Pourquoi on ne parle point de l'autorité des Philosophes.

Au reste, Monsieur, voulez vous savoir pourquoy je n'ay pas mis en ligne de conte l'authorité des Philosophes, aussi bien que celle des Poètes et des Historiens : c'est parce que je suis persuadé que si le témoignage des Phi- 5 losophes a fait quelque impression sur votre esprit, c'est seulement à cause qu'il rend la tradition plus générale et non pas à cause des raisons sur lesquelles il est appuyé. Vous êtes trop habile pour être la dupe de quelque Philosopbe que ce soit, pourveu qu'il ne vous attaque que 10 par la voye du raisonnement, et il faut vous rendre cette justice que dans les choses que vous croyez être du ressort de la raison, vous ne suivez que la raison toute pure. Ainsi, ce ne sont pas les Philosophes, en tant que Philosophes, qui ont contribué à vous rendre peuple en cette

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