A. la raison toute pure, coume je vous l'ay déjà dit
« L'usage donc que nous devons faire de notre liberté, c'est de nous en servir autant que nous le pouvons ; c'est-à-dire de ne consentir jamais à quoi que ce soit, jusqu'à ce que nous y soyons comme forcés par des reproches intérieurs de notre raison... Voici donc la règle que l'on peut regarder comme le fondement de toutes les sciences humaines :
On ne doit jamais donner de consentement entier qu'aux propositions qui paraissent si évidemment vraies, qu'on ne puisse le leur refuser sans sentir une peine intérieure et des reproches secrets de la raison ; c'est-à-dire que l'on connaisse clairement qu'on ferait mauvais usage de sa liberté si l'on ne voulait pas consentir, ou si l'on voulait étendre son pouvoir sur des choses sur lesquelles elle n'en a plus. » (Malebranche, De ta recherche de ta Vérité, tiv. I, eh, II).
15 occasion, puisqu'il est certain que tous leurs raisonnemens, en faveur des malignes influences, font pitié. Voulez vous donc que je vous dise en qualité d'ancien Amy, d'où vient que vous donnez dans une opinion commune sans consulter l'oracle de la raison ? C'est que vous
20 croyez qu'il y a quelque chose de divin dans tout cecv, comme on l'a dit de certaines maladies, après le fameux Hippocrate ; c'est que vous vous imaginez que le consentement gênerai de tant de nations dans la suitte de tous les siècles, ne peut venir que d'une espèce d'inspiration, voxpopiili, vox Dei ; c'est que vous étiez accoutumé par vôtre caractère de Théologien à ne plus raisonner, dés que vous croyez qu'il y a du mystère, ce qui est \une docilité fort louable, mais qui ne laisse pas quelquefois par le trop d'étendue qu'on luy donne, d'empiéter
30 sur les droits de la raison, comme l'a fort bien remarqué Monsieur Pascal (a) ; c'est enfin qu'ayant la conscience timorée vous croyez aisément que la corruption du monde arme le bras de Dieu des fléaux les plus épouvantables, lesquels pourtant le bon Dieu ne veut point lancer
35 sur la terre, sans avoir essayé si les hommes s'amanderont, comme il fit avant que d'envoyer le Déluge. Tout cela, Monsieur, fait un Sophisme d'autorité à vôtre esprit dont vous ne sauriez vous deffendre avec toute l'adresse qui vous fait si bien démêler les faux raisonnemens des Logi-
40 ciens.
Cela étant, il ne faut pas se promettre de vous détromper en raisonnant avec vous sur des principes de Philosophie. Il faut vous laisser là ou bien raisonner sur des
(a) Pensées de Mous*. Pascal, ch. 5. (Edit. L. Brunschvicg, art. 253, 268, 270, 27).)
5 3 . C. met entre les mains de Dieu.
principes do pieté et de Religion. C'est aussi ce que je 45 ferai (car je ne veux pas que vous m'échappiez) après avoir exposé à vôtre veùe, pour me dédommager en quelque taçon, plusieurs raisons fondées dans le bon sens, qui convainquent de témérité l'opinion que l'on a touchant l'influence des Comètes. Devinez, si vous pouvez, quels 50 sont ces principes de pieté que je vous garde, devinez le, dis-je, si vous pouvez, pendant qu'à mes heures de loisir je vous préparerai une espèce de prélude qui roulera sur des principes plus communs.
A..., le 15. de Mars 1681.
Ire Raison contre les présages des Comètes : Qu'il est fort probable quelles n'ont point la vertu de produire quelque chose sur la terre.
Voicy, Monsieur, quelques raisons de Philosophie. On peut dire premièrement qu'il est fort incertain que des corps aussi éloignez de la terre, que le sont ceux-là, puissent y envoyer quelque matière qui soit capable d'une 5 grande action. Car si c'est le sentiment universel des Philosophes, depuis qu'on a été contraint d'abandonner l'opinion commune touchant la matière des Comètes, que l'Atmosphère de la terre, c'est-à-dire l'espace jusqu'où s'étendent les exhalaisons et les vapeurs qu'elle répand de 10 toutes parts, se termine à la moyenne région de l'air à
49. Ce J se termine ici dans A. La phrase : « Devinez si vous pouvez, etc. » a été ajoutée dans B, ainsi que la date. 1. Cette phrase manque dans A.
trois où quatre lieues d'élévation tout au plus ; pourquoi croira-t-on que l'Atmosphère des Comètes s'étend à plusieurs millions de lieues ? On ne sauroit dire précisément pourquoi les Planètes et les Comètes peuvent produire 15 des qualitez jusques sur la terre, capables d'y causer des notables changemens, pendant que la terre n'en peut pas seulement produire à trente lieues de distance.
I. Dira-t-on que puis que les Comètes nous envoyent de la lumière, elles peuvent bien nous envoyer quelque autre chose ?(i) Mais il est facile de repondre que la lumière