‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 53 sur 167 · A. La citation de Sénèque est dans le texte · texte numérisé non relu

A. La citation de Sénèque est dans le texte

24. C. (Voyez le Journal du Maréchal de Bassompiere, p. m. 241).

(1). Infatuer. Se laisser coëfier, prévenir par quelqu'un, par l'apparence d'un grand mérite. Ces nouvelles opinions sont propres à infatuer les ignorans. On s'infatuë de cent opinions erronées par la préoccupation. -Ce mot vient du latin iufatuare qui signifie rendre fol, mettre une personne hors de son bon sens. (Diction, de Furetière. Ed. 1694.)

(2) « Je ne vous parle pas du bon mot de Henri IV, car je l'ai rapporté sans citer personne, ce qui a pu vous persuader que je manquais de preuve imprimée. Il est pourtant vrai que je l'avois lu dans un Ouvrage dont l'Auteur avoit oui dire cela à ce grand Prince. Il y a trente ans que tous les Astrologues, et Charlatans, qui feignent del'ctrej me prédisent chaque année que je cours fortune de mourir : et en celle que je mourrai on remarquera tous les présages qui m'en ont averti en icclle, dont

Astrologues n'annonçeassent la terrible menace de sa mort. Ils diront vrai enfin (dit un jour ce prince) et le public se souviendra mieux de la seule fais où leur prédiction aura, été vraye, que de tant d'autres où ils ont prédit à faux.

3° C'est aussi ce que quelqu'un a remarqué touchant les oracles de Delphes. On aprenoit par cœur ceux qui avoient prédit la vérité, et on en parloit partout, mais on oublioit, ou bien on passoit sous silence ceux qui avoient prédit le contraire, car les Partisans d'Apollon

3 5 faisoient valoir en toutes rencontres le peu d'oracles où où il ne s'étoit point trompé, et ne disoient mot du grand nombre de ses fausses Prophéties. Pour ceux qui meprisoient les oracles, ils ne se soudoient de parler ni des véritables ni des faux, à la reserve d'un petit nombre

40 de personnes qui étoient peut être de l'humeur d'un illustre Philosophe Grec nommé Oenomanus, qui ayant été souvent trompé par les réponses d'Apollon, fit (a) par dépit une compilation fort ample de ses oracles, dont il réfuta les sottises et les faussetés. Tel étant l'esprit de

45 l'homme, il ne faut pas trouver étrange que les Astrologues se soient maintenus, contre les ordres de les chasser que l'on donnoit de tems en tems et contre les mauvais offices qu'ils se rendoient à eux mêmes en prédisant des choses qui n'arrivoient pas. Il faut s'étonner

50 plutôt de ce que l'esprit de l'homme est assez faible pour se laisser tromper par des gens qui se trompent eux

(a) Euseb., Préparât. Evaugcl. (Lib. 5, cap. 10). 41. C. Oenomaus.

l'on fera cas el on me parlera de ceux qui sont avenus les années précédentes ». Bassompierre, Journ. de sa vie, tome I, page 241, édit. de Holl.. 1666.) (Contin. des Pensées div., § XLIJ.

mêmes tous les jours, et c'est aussi ce qui a paru fort étonnant à un illustre Romain (a), qui avoit veu arriver à Pompée, à Crassus et à César tout le contraire de ce

S S que les Astrologues leur avoient prédit. Qu'il y a peu de gens qui fassent la reflexion de cet honnête homme qui remercioit la belle Daphné, de l'avoir délivré de la superstition des Oracles d'Apollon, en faisant échouer les entreprises amoureuses de ce Dieu, qui se vantoit

60 tant de connoitre l'avenir (1) ! Mais laissons à part toutes ces moralitez, et contentons nous de dire que l'Antiquité Payenne s'est étrangement laissé jouer aux Astrologues.

(a) Quam multa ego Pompeio, quant mulfa Crasso, quam multa buic ipsi

Cxsari a Caldxis dicta memini, neminem eortim nisi senectute, nisi domi,

nisi cum claritate esse moriturum : ut viihi permirum videatur, quemquam

exstare qui etiam nunc credat Us quorum prxdicta quotidie videat re et

• eventis refelli. (Cicero, lib. 2 de Divin.)

55. A. Comme il parle beaucoup mieux sa langue, que je ne parle la mienne, je suis seur que c'est vous faire plaisir que de vous rapporter ses propres paroles. Les voicy : Quam multa, etc.

57. C. qui loùoit la belle Daphné, d'avoir refuté dans sa Relation.

(1) « Vous m'avez trouvé blâmable d'avoir rapporté sans aucune citatation la raillerie contenue dans le remerciment qui fut fait à la belle Daphné... Je vous avoue ingénument mon ignorance, je ne savais cela que pour l'avoir lu dans un Ouvrage de l'Abbé Cotin (Œuvre; galantes, ton. I, p. 231), et vous pouvez bien juger qu'un tel nom mis à la marge n'eût pas donné un grand relief à cette pensée... Il u'avoit pas tort°de comparer les oracles d'Apollon aux prophéties des Astrologues. Les mêmes défauts se trouvent dans ces deux espèces de prédictions, et si vous souhaitez des exemples par rapport à la première vous n'avez qu'à lire la 106e lettre de la Mothe le Vayer, le livre de M. Van Dale de Oraculis Etbnicorum, et celui de M. de Fontenelle. » (Contin. des Pensées div., § XLVIIIJ.

PEKSÉES SUR LA COMÈTE r/î

Du crédit de Y Astrologie parmi les infidèles d'aujourd'huy*

Les Mahometans et les Payensd'aujourd'huy font encore pis. Monsieur Bernier nous asseure dans sa curieuse Relation des Etats du grand Mogol, que la plus part des Asiatiques sont tellement infatuez de l'Astrologie Judi- 5 ciaire qu'ils consultent les Astrologues dans toutes leurs entreprises. Ouand deux armées sont prêtes à donner bataille, on se donne bien garde de combatre, que l'Astrologue n'ait pris et déterminé le moment propice pour commencer le combat. Ainsi, lors qu'il s'agit de choisir

10 un General d'Armée, de dépêcher un Ambassadeur, de conclurre un mariage, de commencer un voyage, ou de faire la moindre chose comme d'acheter un Esclave, et vêtir un habit neuf, rien de tout cela ne se peut faire sans l'arrêt de Mr. l'Astrologue.

1 5 Les voyages de Mr. Tavernier (a) nous apprennent à peu prés les mêmes choses touchant les Perses, qu'en gênerai ils tiennent les Astrologues pour des gens illustres ; qu'ils les consultent comme des oracles ; que le Roy en a toujours trois ou quatre auprès de sa personne pour

20 lui dire la bonne ou la mauvaise heure ; qu'on vend tous les ans en Perse un Almanach plein de prédictions sur les guerres, sur les maladies, et sur les disettes, avec des

(a) I. partie, liv. j, ch. 14.

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