‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 84 sur 167 · C. si l'on 20. C. et l'on · texte numérisé non relu

C. si l'on 20. C. et l'on

Combien il est ridicule de chercher les causes de ce qui n'est point.

Cet ordre est assurément plus naturel, et d'une plus grande commodité, que celui par lequel on cherche ce que c'est qu'une chose, avant que d'avoir vuidé la question, si elle existe véritablement (i). Il y a tant de choses effectives

2. A. on traitte la qnestion quid sit, qualc sit, avant que d'avoir vuidé la question an sit.

(i) «Assurons-nous du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. 11 est vray que cette méthode est bien lente pour la plupart des Gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.

Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques Sçavans d'Allemagne, que je ne puis m'empecher d'en parler icy. » Suit l'histoire de la dent d'or. (Foutenelle, Hist. des Oracles, édit. crit. L. Maigron, pag. 29 sqq.)

L'Histoire des Oracles est une Adaptation française de deux longues dissertations latines publiées en 1683, par un médecin hollandais, Van Dale. Bayle en avait rendu compte dans les Nouvelles de la République des Lettres (mars 1684) et c'est cet article qui vraisemblablement avait donné à Fontenelle l'idée de lire les dissertations et de les mettre à la portée du public Français (Cf. Maigron, Introd.)

Cf. aussi Bayle. Nom: de la Rép. des Lettres, fév. 1687.

« Quoique je susse que M. de Fontenelle a dit des choses qui confirment le ch. 49 de mon Ouvrage, je ne laisse pas de vous remercier très humblement de m'en avoir averti. Je vous avoue qu'il représente si bien la conduite absurde de ceux qui cherchent la cause d'un effet imaginaire, que je ne saurais donner une marque plus solide de mon peu d'ambition qu'en exhortant mes lecteurs à joindre le commencement de son chap. 4, de l'histoire des Oracles avec mon chap. 49. Ils auront par ce moyen une broderie d'or sur une étoffe grossière, et ils connoîtront plus facilement le petit prix de ma fourniture.

Je les avertirai aussi de consulter Monsieur Van Dale vers la fin de sa première dissertation de Oraculis Ethnicorum, et l'endroit où Photius a censuré un docte compilateur qui avoit taché d'expliquer les causes de certains faits fabuleux. C'est ce qu'il trouve de plus absurde dans l'ouvrage. » (Cont. des Pensées div., § XLVII.)

S dont la recherche peut occuper nôtre étude, qu'on ne sauroit trop blâmer ceux qui employent leur tems à trouver la raison de ce qui n'est pas, et qui se plaisent à faire diversion des forces de leur esprit au préjudice de la vérité, comme ce Philosophe qui apprit avec chagrin que

10 la laine qu'on voyoit sur des figues apportées sur la table, venoit de quelques brebis qui s'étoient accrochées à un buisson planté au pied du figuier (a), parce qu'il perdoit par là le fruit d'une asses longue rêverie, et la gloire d'avoir imaginé à force d'y penser une raison qui mon-

15 trast comment cette laine avoit été produitte par un arbre (1). Je voudrois pour l'amour de Plutarque qu'il eust répondu à la question, Pourquoi les poulains qui ont été courus du loup deviennent meilleurs coureurs que les autres, ce que l'Auteur de l'Art de penser (b), lui fait dire fort

20 spirituellement, que c'est parce que peut être cela n'est pas vrai. Mais ayant leu et releu l'Original du 8. Chapitre du 2. livre des propos de table, dans lequel cette question est examinée, je n'y ay point trouvé cette réponse. C'est dans Seneque (c) que j'ay trouvé quelque

25 chose de fort approchant sur un sujet assez curieux, savoir sur la superstition des habitans de Cleone ville de Péloponnèse, qui commettoient certaines personnes pour

(a) Voy. les Essais ck Mont., liv. 2, ch. 12, où cecy est attribué à Democrite un peu autrement.

(b) Part. 3, ch. iS.

(c) Lib. 4, natural. quzst., cap. 7.

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