‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 96 sur 167 · C. dans l'Italie · texte numérisé non relu

C. dans l'Italie

est le Commentarius \ de Prxcipuis Divi | nationum generibus, m | quo a prophetiis divina autoritate traditis, et Pby | sicis prxdictionibus, separantur Diabolicx frau | des et superstitiosx observatioiies , et explicantur | fontes ac causs Physicarum przdictionum , Diabo | liez et superstitiosz damnantur, | ea série, quant tabula indicis vice \ przfixa osten | dit. Wittebergz, M. D. LUI. Le Commentarius eut sept éditions; il fut traduit en français par S. Goulart, Senlisien, sous ce titre : Les devins ou Commentaire des principales sortes de Divination. Lyon, 1584.

Que les Payetis ne faisoient rien qui pust appaiser la colère de Dieu, quand ils voy oient des prodiges.

Il s'ensuit de là que tout ce que faisoient les Payens à la veùe des prodiges, pour appaiser le courroux de Dieu, n'étoit aucunement propre à appaiser le vrai Dieu, et ne 5 diminuoit en façon du monde l'empire du péché dans le cœur de l'homme, (car si cela eust été, les Démons se fussent bien gardez de tenir la conduitte qu'ils tenoient à cet égard) et par conséquent que les prodiges qui epouvantoient ces peuples Idolâtres, n'étoient aucunement

10 propres à les porter à une pénitence qui pust détourner les fléaux de la justice divine, mais qu'au contraire ils étoient très propres à les porter à tout ce qui enflamme d'avantage la colère de Dieu. D'où il resuite évidemment que Dieu n'a point créé des Comètes dans la veûe d'éton-

15 ner les Peuples, et de leur déclarer que s'ils n'expioient leurs fautes, ils seroient punis sévèrement.

Les Démons faisoient prendre pour des prodiges, plusieurs effects de la Nature.

Il est si vrai que les prodiges n'étoient propres qu'à soutenir le culte des fausses Divinitez, que les Démons qui travailloient à la propagation de l'Idolâtrie par toute

PENSÉES SUR LA COMÈTE l6$

sorte de voyes, s'attachoient principalement à faire 5 prendre pour des prodiges annonciateurs du courroux du Ciel, le plus de choses qu'ils pouvoient. Etoit-il né à la Campagne quelque monstre, un chien à deux têtes, un veau à six pieds, par exemple ? C'étoit de quoi assembler tout ce qu'il y avoit de Prêtres dans la ville Capitale,

io pour aviser aux moyens de détourner les malheurs que cela signifioit. Il falloit voir quel Dieu ou quelle Déesse n'avoit pas eu son conte, et reparer la négligence passée par quantité de sacrifices ; autrement on eust crû faire passer la victoire dans le parti des ennemis, et exposer les

15 affaires publiques aux dernières infortunes. Les embrasemens du mont Etna, ou du Vésuve ; les tremblemens de terre ; les météores un peu rares, comme le Tonnerre en tems serain ; les éclipses du Soleil et de la Lune ; la chute de la foudre, tout cela passoit pour des présages de

20 malheur si infaillibles, qu'on n'epargnoit rien pour parer le coup. Un ouragan pareil à celui qu'on vit dans la Champagne, et en Pologne l'année passée, eust occupé deux ou trois mois tous les Collèges des Augures et des Haruspices, eût fait consulter les Oracles, les sorts de

25 Preneste, les livres des Sybilles, les vieux bouquins où étoit contenue la Discipline des Hetruriens, et tout ce qui eust peu apprendre la manière de conjurer la tempête pronostiquée. Les inondations des fleuves étoient aussi des choses de mauvais augure, comme il paroit par le

30 dénombrement qu'Horace (a) nous a laissé des prodiges

(a) Vidimus flavum Tyberim retortis, etc. (Horat., Od. 2, lih. 1.)

30. A. La citation d'Horace est dans le texte et les quatre vers sont cités :

Vidimus flavum Tyberim retortis Littore Etrusco violenter undis, Ire dejectum monumenta Régis, Teir.plaque Vestce.

l6é PENSÉES SUR LA COMÈTE

qui suivirent la mort de César, et qui firent craindre que Jupiter n'envoyast un second Déluge sur la terre ; car après avoir parlé de la neige, de la grêle, et de la foudre, il passe aux debordemens du Tybre. Virgile témoigne la

35 même chose, faisant le même dénombrement avec beaucoup plus de particularitez, car il y fait entrer des spectres et des fantômes, des hurlemens de loups, des cliquetis d'armes entendus dans l'air, des bêtes parlantes, des sources de sang, des statues couvertes de sueur, des

40 Comètes, et plusieurs autres choses que je vous prie de relire, tant elles me paroissent bien exprimées. Vous y verrez les debordemens duPo(a). Lisez aussi le Commentaire de Servius sur ces paroles de Virgile, vous y verrez que les debordemens des rivières ne sont pas seulement à

45 craindre à cause du mal présent qu'ils apportent, mais aussi à cause de ce qu'ils présagent pour l'avenir, ce que l'on debitoit aussi dans Paris l'an 1649 au sujet d'une furieuse crue de la Seine. Plutarche (b), Tacite (c), Tite Live (d) et plusieurs autres, font foi que les debor-

50 démens du Tybre passoient pour de tres-mechans présages.

Je voudrais qu'il vous plust aussi de lire la fin du premier livre de la Pharsale de Lucain, et le commencement du second, parce que vous y verriez une confirmation fort

55 exacte de tout ce que j'ay à prouver en cet endroit. Vous

(a) Proluit in sano contorquens vortice sylvas, Fluviorum Rcx Eridanus, etc. (Virgil. Géorgie, lib. I.)

(b) In vit a Othon.

(c) Annal., lib. I.

(d) Lib. j et 7 et 50.

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