‹ Pensées. Éd. complèteChapitre 78 sur 85 · SUR QUELQUES ROMANS DU TEMPS · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES ROMANS DU TEMPS

reprocher à ses écrits, par habitude et par principes, sa plume est prude, et son génie collet-monté.

Il y a dans le monde une femme d'une ame vaste et

d'un esprit supérieur Madame de Staël était née

pour exceller dans la morale ; mais son imagination a été séduite par quelque chose qui est plus brillant que les vrais biens : l'éclat de la flamme et des feux l'a égarée. Elle a pris les fièvres de l'âme pour ses facultés, l'ivresse pour une puissance, et nos écarts pour un progrès. Les passions sont devenues à ses yeux une espèce de dignité et de gloire. Elle a voulu les peindre comme ce qu'il y a de plus beau, et, prenant leur énormité pour leur grandeur, elle a fait un roman difforme.

Il y a, dans la Corinne de madame de Staël, un besoin de philosopher qui gâte tout.

Page 1