SUR QUELQUES ROMANS DU TEMPS
reprocher à ses écrits, par habitude et par principes, sa plume est prude, et son génie collet-monté.
Il y a dans le monde une femme d'une ame vaste et
d'un esprit supérieur Madame de Staël était née
pour exceller dans la morale ; mais son imagination a été séduite par quelque chose qui est plus brillant que les vrais biens : l'éclat de la flamme et des feux l'a égarée. Elle a pris les fièvres de l'âme pour ses facultés, l'ivresse pour une puissance, et nos écarts pour un progrès. Les passions sont devenues à ses yeux une espèce de dignité et de gloire. Elle a voulu les peindre comme ce qu'il y a de plus beau, et, prenant leur énormité pour leur grandeur, elle a fait un roman difforme.
Il y a, dans la Corinne de madame de Staël, un besoin de philosopher qui gâte tout.