des Stoïciens » -, F. • « •■• des stoïgties
reur et de vice, il n'appartient qu'à elle et d'instruire et de corriger les hommes.
î Le Christianisme est étrange. Il ordonne à l'homme de reconnaître qu'il est vil et même abominable, et lui ordonne en même temps* de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids, cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait horriblement abject.
• La misère porte au désespoir : la grandeur inspire la présomption-.
f L'Incarnation montre à l'homme la grandeur de sa misère parla grandeur du remède qu'il a fallu.
• On ne trouve pas dans la Religion Chrétienne^ un abaissement qui nous rende incapables du bien ni une sainteté exempte du mal.
5 II 'n'y a point de doctrine plus propre à l'homme que celle-là, qui l'instruit de sa double capacité de recevoir et de perdre la grâce, à cause du ùouble péril où il est toujours exposé de désespoir ou d'orgueil.
î Les Philosophes ne prescrivaient point des sentiments proportionnés aux deux états. Ils inspiraient des mouvements de grandeur pure, et ce n'est pas l'état de l'homme. Ils inspiraient des mouvements de bassesse pure, et c'est aussi peu l'état de l'homme. Il faut des mouvements de bassesse, non d'une bassesse de nature, mais de pénitence ; non pour y demeurer, mais pour aller à la grandeur. Il faut des mouvements de grandeur, mais d'une grandeur qui
i. t ... et il lui ordonne en même temps, etc. » ; ces derniers mots ajoutés par P. R.
i. t La misère porte au désespoir, la grandeur inspire, etc. » ; F. : « la misère persuade le désespoir, Torgueil persuade, etc. »
3. « ... On ne trouve pas dans la Religion Chrétienyie... » Ce débat a été ajouté par P. R. Dans P., la phrase commence ainsi : « Non pas un abaissement qui, etc. » Cette addition était donc indispensable ; c'est l'opinion de Cousin (Des Pensées, etc., p. 89).
vienne de la grâce * et non du mérite, et après avoir passé par la bassesse.
• Nul n'est heureux comme un vrai Chrétien, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Avec combien peu d'orgueil un Chrétien se croit-il uni à Dieu ? Avec combien peu d'abjection s'égale-t-il aux vers de la terre^?
^ Qui peut donc refuser à ces célestes lumières de les croire et de les adorer? Ce n'est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nous-mêmes des caractères ineffaçables d'excellence? Et n'est-il pas aussi véritable que nous éprouvons à toute heure les effets de notre déplorable condition ? Que nous crie donc ce chaos et cette confusion monstrueuse, sinon la vérité de ces deux états, avec une voix si puissante, qu'il est impossible d'y résister ?
i. « ... d'une grandeur gui vienne de la grâce et non du mérite, etc. • ; F. : d'une grandeur non de mérite, mais de grâce. »
2. Cet alinéa se termine ainsi dans ¥. -. * La beUe manière del recevoir la vie et la mort, les biens et les niaux ! •
Il n'est pas incroyable que Dieu s'unisse à nous*.
Ce qui détourne les hommes de croire qu'ils soient capables d'être unis à Dieu n'est autre chose que la vue de leur bassesse. Mais s'ils l'ont bien sincère, qu'ils la suivent aussi loin que moi, et qu'ils reconnaissaient que cette bassesse est telle en effet que nous sommes par nous-mêmes incapables de connaître si sa miséricorde ne peut pas nous rendre capables de lui. Car je voudrais bien savoir d'où cette créature qui se reconnaît si faible a le droit de mesurer la miséricorde de Dieu, et d'y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. L'homme sait si peu ce que c'est que Dieu, qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même ; et, tout troublé de la vue de son propre état, il ose dire que Dieu ne le peut pas rendre capable de sa communication. Mais je voudrais lui demander si Dieu demande autre chose de lui £:inon qu'il l'aime et le connaisse ; et pourquoi il croit que Dieu ne peut se rendre connaissable et aimable à lui, puisqu'il est naturellement capable d'amour et de connaissance. Car
i. Le débat de ce paragraphe a été arrangé par P. R. ; F. le donne ainsi : t Incroyable que Dieu s'unisse à nous IP. R. a fait de cette phrase, qui, dans l'intention probable de Pascal, devait être suivie d'un point d'interrogation, le titre de son chapitre). Cette considération n'est tirée que de la vue de notre noblesse, s A la suite, P. R. a remplacé par la troisième personne « s'ils l'ont bien sincère » la forme plus directe du texte primitif: * ... si vous l'avez, etc. > Plus loin : « je voudrais bien savoir d'où cette créature, etc. » ; F. : « ... d'où cet animal, etc. »
C)i PENSEES SÛR LA RELIGION
il est sans doute * qu'il connaît au moins qu'il est et qu'il aime quelque chose. Donc, s'il voit quelque chose dans les ténèbres où il est, et s'il trouve quelque sujet d'amour parmi les choses de la terre, pourquoi, si Dieu lui donne quelques rayons de son essence, ne sera-t-il pas capable de le connaître et de l'aimer en la manière qu'il lui plaira de se communiquer à lui ? Il y a donc, sans doute, une présomption insupportable dans ces sortes de raisonnements, quoiqu'ils paraissent fondés sur une humilité apparente qui n'est ni sincère ni raisonnable, si elle nous fait confesser que ne sachant de nous-même qui nous sommes,, nous ne pouvons l'apprendre que de Dieu.
4. « Car il est sans doute qu'il, etc. », pour * il n'est pas dont b|it'il, etc. »
Soumission et usage de la raison.
La dernière démarche de la raison, c'est de connaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle est bien faible si elle ne va jusque-là.
f II faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, se soumettre où il faut. Qui ne fait ainsi n'entend pas la force de la raison. Il y en a qui pèchent * contre ces trois principes, ou, en assurant tout comme démonstratif, manque de se connaître en démonstration; ou, en doutant de tout, manque de savoir où il faut se soumettre ; ou, en se soumettant en tout, manque de savoir où il faut juger.
î Si on soumet tout à la raison, notre Religion n'aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre Religion sera absurde et ridicule.
î La raison, dit saint Augustin, ne se soumettrait jamais si elle ne jugeait qu'il y a des occasions où elle se doit soumettre. Il est donc juste qu'elle se soumette quand elle juge qu'elle se doit soumettre, et qu'elle ne se soumette^ pas quand elle juge avec fondement qu'elle ne le doit pas faire : mais il faut prendre garde à ne se pas tromper.
• La piété est différente de la superstition. Pousser la
1. « Il y en a qui pèchent, etc. » ; F. : qui foMlent, etc. »
2. Depuis « ... et qu'elle ne se soumette pas, etc. », la fin de crt alinéa est de P. R.
piété ^ jusqu'à la superstition c'est la détruire. Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous reprochent que d'exiger cette soumission dans les choses qui ne sont pas matière de soumission.
î II n'y a rien de si conforme à la raison que le désaveu de la raison dans les choses qui sont de foi. Et rien de si contraire à la raison que le désaveu de la raison dans les choses qui ne sont pas de foi". Ce sont deux excès également dangereux, d'exclure la raison, de n'admettre que la raison.
î La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais jamais le contraire. Elle est au-dessus et non pas contre.
i. « Pousser la piété, etc. » ; F. : « soutenir la piété, etc. » P. R. a ^ dû compléter le sens de cet alinéa, qui dans F. s'arrête après « ... c'est faire ce ou'ils nous reprochent. »
2. « ... dan^ les cf^oses qui so7it de foi >, addition de P. R. A la suite : « Ce sont deux excès également dangereux, etc. » Les mots soulignés ajoutés par P. R.
Foi sans raisonnement.
Si j'avais vu un miracle, disent quelques gens, je me convertirais. Ils ne parleraient* pas ainsi s'ils savaient ce que c'est que conversion. Ils s'imaginent* qu'il ne faut pour cela que reconnaître qu'il y a un Dieu, et que l'adoration consiste à lui tenir de certains discours tels à peu près que les païens en faisaient à leurs idoles. La conversion véritable consiste à s'anéantir devant cet Etre souverain qu'on a irrité tant de fois, et qui peut nous perdre légitimement à toute heure ; à reconnaître qu'on ne peut rien sans lui, et qu'on n'a rien mérité de lui que sa disgrâce. Elle consiste à connaître qu'il y a une opposition invincible entr^ Dieu et nous, et que sans un médiateur il ne peut y avoir de commerce.
^ Ne vous étonnez pas de voir des personnes simples croire sans raisonnement. Dieu leur donne l'amour de sa justice et la haine d'eux-mêmes. Il incline leur cœur à croire. On ne croira jamais d'une créance utile et de foi si Dieu n'incline le cœur, et on croira dès qu'il l'inclinera. Et
4. « ... ils ne parleraient pas ainsi, etc. » ; F. : « Comment assurent-ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent î »
i. Us s'imaginent qn'il îk; faut pour cela, etc. » ; F. : « Ils s'imaginent que cette conversion consiste en une adoration qui se fait de Dieu comme un commerce et une conversation telle qu'ils se la figurent. » Plus loin : t Être sov,verain » ; F. : a universel. »
c'est ce que David connaissait bien lorsqu'il disait : Inclina cor meum, Dcus, in testimonia tua^.
^ Ceux qui croient sans avoir examiné les preuves de la Religion*, c'est parce qu'ils ont une disposition intérieure toute sainte, et que ce qu'ils entendent dire de notre Religion y est conforme. Ils sentent qu'un Dieu les a faits. Ils ne veulent aimer que lui. Ils ne veulent haïr qu'eux-mêmes. Us sentent qu'ils n'en ont pas la force ; qu'ils sont incapables d'aller à Dieu ; et que si Dieu ne vient à eux, ils ne peuvent avoir aucune communication avec lui. Et ils entendent dire dans notre Religion qu'il ne faut aimer que Dieu, et ne haïr que soi-même ; mais qu'étant tous corrompus et incapables de Dieu, Dieu s'est fait homme pour s'unir à nous, 11 n'en faut pas davantage pour persuader des hommes qui ont cette disposition dans le cœur, et cette connaissamce de leur devoir et de leur incapacité.
î Ceux que nous voyons Chrétiens sans la connaissance des prophéties et des preuves, ne laissent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont cette connaissance. Ils en jugent par le cœur, comme les autres en jugent par l'esprit. C'est Dieu lui-même qui les incline à croire, et ainsi ils sont très ] efficacement persuadés.
J'avouebien qu'un de ces Chrétiens qui croient sans preuves n'aura peut-être pas de quoi convaincre un infidèle qui en dira autant de soi. Mais ceux qui savent les preuves de la Religion prouveront sans difficulté que ce fidèle est véritablement inspiré de Dieu, quoiqu'il ne pût le prouver luimême.