‹ PenséesChapitre 18 sur 73 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Presque tout ce qui est contenu dans ce chapitre ne regarde qu^ certaines sortes de perso-^Mes qui n'étant pas convaincues des preuves de la Religion^ et encore moins des raisons des Athées, demeurent en un état de suspension entre la foi et l'infidélité. L'auteur prétend seulement leur montrer par leurspropres principes, et par les simples lumières de la raison, qu'ils doivent juger qu'il leur est avantageux de croire, et que ce serait le parti qu'ils devraient prendre, si ce choix dépendait de leur volonté. D'où il s'ensuit qu'au moins en attendant qu'ils aient trouvé la lumière nécessaire pour se convaincre de la vérité, ils doivent faire tout ce qui les y peut disposer, et se dégager de tous les empêchements qui les détournent de cette foi, qui sont principalement les passions et les vains amusements.

i. Avis. 11 n'est pas nécessaùre de dire que cet avis est de P. R.

L'unité jointe à l'infini ne l'augmente de rien, non plus qu'un pied à une mesure infinie. Le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant. Ainsi notre esprit devant Dieu; ainsi notre justice devant la justice divine.

Il n'y a pas si grande disproportion entre l'unité et l'infini, qu'entre notre justice et celle de Dieu ^

• Nous connaissons qu'il y a un infini, et ignorons sa nature. Comme, par exemple, nous savons qu'il est faux que les nombres soient finis. Donc il est vrai qu'il y a un infini en nombre. Mais nous ne savons ce qu'il est. Il est faux qu'il soit pair, il est faux qu'il soit impair; car en ajoutant l'unité il ne change point de nature. Ainsi on peut bien connaître qu'il y a un Dieu sans savoir ce qu'il est : et vous ne devez pas conclure qu'il n'y a point de Dieu de ce que nous ne connaissons pas parfaitement sa nature.

Je ne me servirai pas, pour vous convaincre de son existence, de la foi par laquelle nous la connaissons certainement, ni de toutes les autres preuves que nous en avons, puisque vous ne les voulez pas recevoir. Je no veux agir avec vous que par vos principes mêmes; et je prétends vous faire voir par la manière dont vous raisonnez tous les jours sur les choses de la moindre conséquence, de quelle sorte vous devez raisonner en celle-ci, et quel parti vous devez prendre dans la décision de cette importante question de l'existence

4. La rédaction primitive était : « 11 n'y a pas une si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu qu'entre l'unité et l'infini. > P. R. a retourné la phrase avec raison, du moins c'est l'opinion de Cousin (Des Pensées, etc., p. 256). H. regrette la première rédaction. Suivant lui, Pascal songeait a repondre à ceux qui ne peuvent comprendre la conduite de Dieu envers les damné.s, et son raisonnement aurait été celui-ci : « Cela n'est pas selon notre justice, mais il y a une grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, disproportion moins grande après tout que la disproportion, avouée de tous, qui existe entre l'unité et l'infini. ». Or, dit H., l'unité, c'est cùacun de nous ; l'infini, c'est Dieu.

le Dieu^ Vous dites donc que nous sommes incapables de connaître s'il y a un Dieu. Cependant il est certain que Dieu est, ou qu'il n'est pas ; il n'y a point de milieu. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison, dites-vous, n'f peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare U se joue un jeu à cette distance infinie,^ où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison vous ne pouvez assurer^ ni l'un ni l'autre ; par raison vous ne pouvez nier aucun des deux*.

Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont fait un choix ^; car vous ne savez pas s'ils ont tort, et s'ils ont mal choisi^. Non, direz-vous; mais je les blâmerai d'avoir fait non ce choix, mais un choix : et celui qui prend croix et celui qui prend pile ont tous deux tort' : le juste est de ne point parier.

Oui, mais il faut parier; cela n'est pas volontaire; vous êtes embarqué ; et ne pariez point que Dieu est, c'est parier • u'il n'est pas*. Lequel prendrez-vous donc? Pesons le gain

1. Ce paragraphe est de P. R. jusqu'à « Vous dites donc que nous sommes incapables... »

2. « 11 se joue un peu à cette distance infinie... » ; F. : « ... à l'extrémité de cette distance. »

3. i ... vous ne pouvez assurer, etc. » ; F. : a ... vous ne pouvez faire, etc. »

i. Vous ne pouvez nier aucun des deux. » ; F. : « Vous ne pouvez défendre nul des deux. »

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