ceux qui ont fait un choix »;«... pris un choix
6. « ... car vous ne savez pas s'ils ont tort, et s'ils ont mal choisi »; F. : « car vous n'en savez rien. »
7. « ... et celui qui prend croix et celui qui prend pile ont tous deux tort » ; F. .- « Car, eticore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute. »
8. « ... et ne pa/rier point çiue Dieu est, c'est parier, etc. », addition de P. R.
et la perte en prenant le parti de croire que Dieu est'. Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Pariez donc qu'il est sans hésiter. Oui, il faut gager. Mais je gage peut-être trop. Voyons : puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, quand vous n'auriez que deux vies à gagner pour une, vous pourriez encore gager. Et s'il y en avait dix à gagner*, vous seriez imprudent de ne pas hasarder votre vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une inflnité de vies infiniment heureuses à gagner avec pareil hasard de perte et de gain; et ce que vous jouez est si peu de chose, et de si peu de durée qu'il y a de la folie à le ménager en cette occasion.
Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera, et qu'il est certain qu'on hasarde; et que l'infinie distance qui est entre la certitude de ce qu'on expose et l'incertitude de ce que l'on gagnera égale le bien fini qu'on expose certainement à l'infini qui est incertain. Cela n'est pas ainsi : tout joueur hasarde avec certitude pour gagner arec incertitude ; et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainement le fini, sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on expose, et l'incertitude du gain : cela est faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre. Mais l'incertitude de gagner est pro-
1. € Pesons ie gain et la perte, en prenant le parti de croire, etc. » D'après le P. André (édition de 1783), le point paraît mieux convenir après Pesons le gain et la perle. C'est la proposition générale d'où l'auteur vient au cas particulier : En prenant le parti de croire, etc. (dans F. en prenant croix que Dieu est.)
2. • ... s'il y en avait dix à gagner » ; F. : i trois ». La fin de cet alinéa a été arrangée par P. R. Elle est, dit Cousin {Des Pensées, etc., p. 267^ le résumé des longs développements dans lesquels était entré Pascal.
portionnée à la certitude de ce qu'on hasarde selon la proportion des hasards de gain et de perte : et de là vient que s'il y a autant de hasards d'un côté que de l'autre, le parti est à jouer égal contre égal ; et alors la certitude de ce qu'on expose est égale à l'incertitude du gain, tant s'en faut qu'elle en soit infiniment distante. Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il n'y a que le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif, et si les hommes sont capables de quelques vérités ils le doivent être de cellelà<.
Je le confesse, je l'avoue. Mais encore n'y aurait-il point de moyen de voir un peu plus clair^? Oui, par le moyen de l'Ecriture 3, et par toutes les autres preuves de la Religion, qui sont infinies.
Ceux qui espèrent leur salut, direz-vous, sont heureux en cela. Mais ils ont pour contrepoids la crainte de l'enfer.
Mais qui a plus sujet de craindre l'enfer, ou celui qui est dans l'ignorapce s'il y a un enfer, et dans la certitude de damnation s'il y en a; ou celui qui est dans une certaine persuasion* qu'il y a un enfer, et dans l'espérance d'être sauvé s'il est ?
Quiconque n'ayant plus que huit jours à vivre ne jugerait
i. • ... ils le doivent être de celle-là » ; F. : « ... celle-là Vest >. D'après une dissertation de M. Lescœur {De l'ouvrage de Pascal contre les athées. Dijon, 1850), citée par Sainte-Beuve (Port-Roijal, t. 111), cette règle des partis, incidemment touchée par Pascal, aurait été pour lui toute une méthode dont l'importance n'a pas été suffisamment étudiée. Voir également un paragraphe du chap. xxviii ; id., chap. XXXI.
2. « ... n'y aurait-il point de moyen de voir un peu plus clair » ; F. : « de voir le dessous du jeu. »
3. • . . . oui, par le moyen de l'Écriture et par toutes les autres preuves, etc. » ; F. : < ... oui, l'Écriture et le reste. »
4. « ... une certaine persuasion » est là pour une persuasion certaine.
loi PENSEES SUR LA RELIGION
pas que le parti est de croire que tout cela n'est pas un coup de hasard, aurait entièrement perdu l'esprit*. Or, si les paissions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose.
Quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, sincère, véritable. A la vérité vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices. Mais n'en aurezvous point d'autres? Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie ; et qu'à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de néant dans ce que vous hasardez, que vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine et infinie, et que vous n'avez rien donné pour l'obtenir 2.
Vous dites que^ vous êtes fait de telle sorte que vous ne sauriez croire. Apprenez au moins votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez. Travaillez donc à vous convaincre, non pas par l'augmentation'' des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin : vous voulez vous guérir de l'infidélité, et aous en demandez les remèdes : apprenez-les de ceux qui ont été tels que vous, et qui n'ont présentement
i. La fin de la première phrase, « ... aurait entièrement perdu, l'esprit », est une addition de P. R. qui était nécessaire. Pascal ayant négligé de conclure. Du reste, la vivacité du tour est dans le goût da maître.
2. ... et que vous n'avez rien donne pour l'obtenir » ; F. : «... pour laquelle vous n'avez rien donné. »