XIV, iO
5. f ... qu'il avait le pouvoir de leur donner les iavlâibles, etc. »; F. : « ... qu'il était puissant de leur donner, etc. >
les Écritures, Dieu avait tellement disposé les choses, que tout serrait à le faire reconnaître. Les Juifs le prouvaient en le recevant ; car ils étaient les dépositaires des prophéties ; et ils le prouvaient aussi en ne le recevant point ; parce qu'en cela ils accomplissaient les prophéties*.
î Les Juifs avaient des miracles, des prophéties qu'ils voyaient accomplir, et la doctrine de leur loi était de n'adorer et de n'aimer qu'un Dieu ; elle était aussi perpétuelle. Ainsi elle avait toutes les marques de la vraie Religion; aussi l'était-elle. Mais il faut distinguer la doctrine des Juifs, d'avec la doctrine de la loi des Juifs. Or la doctrine des Juifs n'était pas vraie, quoiqu'elle eût les miracles, les prophéties, et la perpétuité ; parce qu'elle n'avait pas cet autre point de n'adorer et n'aimer que Dieu.
La Religion Juive doit donc être regardée différemment dans la tradition de leurs Saints 2, et dans la tradition du peuple. La morale et la félicité en sont ridicules dans la tradition du peuple ; mais elle est incomparable dans celle de leurs Saints, Le fondement en est admirable. C'est le plus ancien livre du monde et le plus authentique. Et au lieu que Mahomet pour faire subsister le sien a défendu de le dire. Moïse pour faire subsister le sien a ordonné à tout le monde de le lire.
i. La fin de cet al., à partir de : « Les Juifs le prouvaient, etc. », a été arrangée par P. R. ; F. : « S'ils des Juifs) le reçoivent, ils le prouvent par leur réception, car les dépositaires de l'attente du Messie le reçoivent ; et s'ils le renoncent, ils le prouvent par leur renonciation. » L'obscurité cesse par cette addition de P. R. : c ... parce qu'en cela ils accomplissaient les prophéties. »
2. D'après Cousin iDes Pensées, etc., p. 146), on doit lire, au lieu de « ... la tradition de leurs Saints », ceci : t la tradition des livres saints. » Les éditions F. et H. donnent en effet le mot livres; cependant, un peu plus loin, l'édition H. a conservé • ... elle est admirable dans celle de leurs Saints, » que F. dit être, en effet, la leçon du manuscrit. N'y a-t-il pas contradiction? Au même endroit: La morale et la félicité en sont ridicules, etc. », H. (t. II, p. 40j a cru, à tort, que P. R. avait supprimé cette pensée, ne voulant pa» avouer que la morale de la Rible, prise à la lettre, pût être ridicule.
f La Religion Juive est toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale, dans sa conduite, dans sa doctrine, dans ses effets, etc.
Elle a été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie ; et la vérité du Messie a été reconnue par la Religion des Juifs qui en était la figure.
Parmi les Juifs la vérité n'était qu'en figure. Dans le ciel elle est découverte. Dajis l'Église elle est couverte, et reconnue par le rapport avec la figure. La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure.
î Qui jugera de la Religion des Juifs par les grossiers las connaîtra mal. Elle est visible dans les saints livres, et danla tradition des Prophètes, qui ont assez fait voir qu'ils n'entendaient pas^ la loi à la lettre. Ainsi notre Religion est divine dans l'Évangile, les Apôtres, et la tradition ; mais elle est toute défigurée dans ceux qui la traitent mal.
î Les Juifs étaient de deux sortes. Les uns n'avaient que des affections païennes ; les autres avaient les affections Chrétiennes.
5 Le Messie, selon les Juifs charnels, [doit être un grand Prince temporel. Selon les Chrétiens charnels, il est venu nous dispenser d'aimer Dieu, et nous donner des Sacrements qui opèrent tout sans nous. Ni l'un ni l'autre n'est la Religion Chrétienne ni Juive.
5 Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens ^ ont reconnu un Messie qui les ferait aimer Dieu, et par cet amour triompher de leurs ennemis.
1. « ... qui ont assez fait voir qu'ils n'entendaient pas, etc. •; F. : a ... qui ont assez fait entendre qu'ils n'entendaient pas, etc. ;
2. «... Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens ont ret'on?m un Messie ... •; F. .- « attendu, etc. » D'après l'édition H. (t. 1, p. 216, note du fragment 10), cet al. et le précédent ont été supprimés par P. R., qui y aurait vu une intention de polémique janséniste .- «... il est venu nous dispenser d'aimer Dieu, etc. « C'est une erreur matérielle semblable à celle que nous venons d'indiquer plus haut.
d26 PENSÉES SUR LA RELIGION
î Le voile qui est sur les livres de l'Écriture pour les Juifs, y est aussi pour les mauvais Chrétiens, et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes. Mais qu'on est hien disposé à les entendre, et à connaître Jésus-Christ quand on se hait véritablement soi-même 1
5 Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les Chrétiens et les Païens. Les Païens ne connaissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre. Les Chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n'aiment point la terre. Les Juifs et les Païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les Chrétiens connaissent le même Dieu.
5 C'est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoins au Messie* Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela prédit ; car il est dit que les jugements de Dieu leur sont confiés, mais comme un livre scellé.
5 Tandis que les Prophètes ont été pour maintenir la loi, le peuple a été négligent. Mais depuis qu'il n'y a plus eu de Prophètes, le zèle a succédé : ce qui est une providence admirable 2.
4. « pour servir de témoins au Messie. » ; F. renvoie à Isaïc, XLIll, 9; XLIV, 8.
2, Les derniers mots de cet al. : «... ce qui est wnz providence admirable >, sont une addition de P. R.
Xï
Moïse.
La création du inonde commençant à s'éloigner, Dieu a pourvu d'un historien contemporain*, et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre; afin que cette histoire fût la plus authentique du monde, et que tous les hommes pussent apprendre une chose si nécessaire à savoir, et qu'on ne peut savoir que par là.
î Moïse était habile homme. Cela est clair. Donc s'il eût eu dessein de tromper-, il l'eût fait en sorte qu'on ne l'eût pu convaincre de tromperie. II a fait tout le contraire ; car s'il eût débité des fables, il n'y eût point eu de Juif qui n'en eût pu reconnaître l'imposture.
Pourquoi, par exemple, a-t-il fait la vie des premiers hommes si longue, et si peu de générations ? 11 eût pu se cacher^ dans une multitude de générations; mais il ne le pouvait en si peu ; car ce n'est pas le nombre des années, mais la multitude des générations qui rend les choses obscures.
La vérité ne s'altère que par le changement des hommes.
1. «... Dieu a pourvu d'un historien contemporain. . » ; F.: « ... d'un historien unique contemporain. »
2. « Donc s'il eiit eu dessein, etc. » ; F. : € Si donc il se gouvernait par son esprit, il ne dirait rien nettement qui fut directement contre l'esprit. •
3. i ... il eût pu se cacher, etc. », jusqu'à... * en si peu », additioB de P. R.
Et cependant il met deux choses les plus mémorables qui se soient jamais imaginées, savoir la création, et le déluge, si proche qu'on y touche, par le peu qu'il fait de générations. De sorte quau temps* où il écrivait ces choses, ki mémoire en devait encore être toute récente dans l'esprit de tous les Juifs.
5 Sem qui a vu Lamech, qui a vu Adam, a vu au moins Abraham^; et Abraham a vu Jacob, qui a vu ceux qui ont vu Moïse. Donc le déluge et la création sont vrais. Cela conclut entre de certaines gens qui l'entendent bien.
î La longueur de la vie des Patriarches, au lieu de faire que les histoires 3 passées se perdissent, servait au contraire à les consen'er. Car ce qui fait que l'on n'est pas quelquefois assez instruit dans l'histoire de ses ancêtres, c'est qu'on n'a jamais guère vécu avec eux, et qu'ils sont morts souvent devant que l'on eût atteint l'âge de raison. Mais lorsque les hommes vivaient si longtemps, ies enfants vivaient longtemps avec leurs pères, et ainsi ils les entretenaient longtemps. Or, de quoi les eussent-ils entretenus sinon de l'histoire de leurs ancêtres, puisque toute l'histoire était réduite à celle-là, et qu'ils n'avaient ni les sciences, ni les arts* qui occupent une grande partie des discours de la vie? Aussi l'on voit qu'en ce temps-là, les peuples avaient un soin particulier de consener leurs généalogies.
1. « De sorte qu'au temps où, etc. » Toate cette dernière phrase de l'ai, paraît être de P. R.
2. « Sem... a vu au moins Abraham et Abrahayn a vu Jacob. » F^es mots soulignés ont été ajoutés par P. R. Le texte primitif donne: « Sem a vu aussi Jacob. » La correction était de nécessité.
3. «... au lieu de faire que les histoires. .. » ; F. : t ... les histoires des choses passées. . . »
4. « ... qu'ils n'avaient ni ies sciences ni les arts... • P. : « ...poitxt d'études, ai de sciences, ni d'arts... >
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Figures.
11 y a des figures claires et démonstratives; mais il y en a d'autres qui semblent moins naturelles i, et qui ne prourent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Ces flgures-là seraient semblables à celles de ceux qui fondent des prophéties sur l'Apocalypse qu'ils expliquent à leur fantaisie. Mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils n'en ont point d'indubitables qui les appuient 2. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste, que quand ils prétendent ^ que les leurs sont aussi bien fondées que quelques-unes des nôtres ; car ils n'en ont pas de démonstratives-* comme nous en avons. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre.
î Jésus-Christ figuré par Joseph bien-aimé de son père.
1 t ... il y en a d'autres qui semblent moins naturelles. >; F. : «... qui semblent un peu tirées par les cheveux. » Le passage des prophéties fondées sur l'Apocalypse est un développement nécessaire du texte primitif qui est celui-ci: « Celles-là (ces figures) sont semblables aux Apocalyptiques. » L'édition H. a dû employer, pour expliquer cette phrase, les expressions mêmes de P. R.
2. € ... point d'indubitables qui les appuient. » Ces derniers mots ©nt été ajoutés par P. R.
3. « ... quand ils prétendent que... »; F. : «... quand ils montrent que. .. »
4. «... ils n'en ont pas de démonstratives comme nous en avo-)is. »; P. : « ... comme quelques-unes des nôtres.* Ces derniers mots se trouvaient déjà dans la pkrase précédente, ce qui expligvw la ïorre«tion de P. R.
envoyé du père pour voir ses frères, est rinnocent vendu par ses frères vingt deniers, et paf là devenu leur Seigneur, leur Sauveur, et le Sauveur des étrangers, et le Sauveur du monde; ce qui n'eût ooint été sans le dessein de le perdre, sans la vente et la réprobation qu'ils en firent.
î Dans la prison, Joseph innocent entre deux criminels; Jésus en la croix entre deux larrons. Joseph prédit le salut à l'un et la mort à l'autre sur les mêmes apparences; Jésds- Ghrist sauve l'un* et laisse l'autre après les mêmes crimes. Joseph ne fait que prédire; Jésos-Cdrist fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu'il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire; et celui que Jésus-Christ sauve, lui demande qu'il se souvienne de lui quand il sera dans son Royaume.
5 La Synagogue ne périssait point, parce qu'elle était la . figure de l'ÉgUse*; mais parce qu'elle n'était que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figure a subsisté jusqu'à la vérité; afin que l'Église fût toujours visible, ou dans la peinture qui la promettait, ou dans l'effet.
1. < ... J. C. satrvel'ttn et laisse Vautre, après les mêmes crimes • ; P.: « J. C. sauve les élus et damne les réprouvés sur les mêmes, crimes. »
2. «... la figure de l'Église. » Ce dernier mot a été ajouté pa P. R.
Qne la Loi était figurative.
Pour prouver tout d'un coup les deux Testaments, il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre.
5 Pour examiner les prophéties il faut les entendre. Car si l'on croit qu'elles n'ont qu'un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu. Mais si elles ont deux sens^, il est sûr qu'il sera venu en Jésus-Christ.
Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens ; si elles sont figures ou réalités ; c'est-à-dire, s'il y faut chercher quelque autre chose que ce qui paraît d'abord, ou s'il faut s'arrêter uniquement à ce premier sens qu'elles présentent.
Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'ils plaisent à Dieu, et qu'ils ne lui déplaisent point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent, et déplaisent.
Or, dans toute l'Écriture ils plaisent, et déplaisent. Donc ils sont figures^.
« Il est dit que la loi sera chasgée ; que le sacrifice sera changé ; qu'ils seront sans Rois, sans Princes, et sans sacrifices ; qu'il sera fait une nouvelle alliance ; que la loi sera renouvelée ; que les préceptes qu'ils ont reçus ne sont pas
1. «... si elles ont deux sens. » Là s'arrête le texte primitif. Le reste de l'alinéa est de P. R.