Donc ils sont figures. », addition de P. R
bons ; que lours sacriflces sont abominables ; que Dieo n'en a point demandé.
Il est dit au contraire que la loi durera éternellement ; que cette alliance sera éternelle ; que le sacrifice sera étemel ; que le sceptre ne sortira jamais d'avec eux, puisqu'il n'en doit point sortir que le Roi éternel n'arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure ? Non : mais que c'est réalité ou figure. Mais les premiers excluant la réalité marquent que ce n'est que figure.
Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité : tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure.
5 Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figures, il faut voir si les Prophètes en parlant de ces choses y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu'ils ne vissent que cette ancienne alliance ; ou s'ils y voyaient quelque autre chose dont elles fussent la peinture ; car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu'examiner ce qu'ils disent.
Quand ils disent qu'elle sera éternelle, entendent-ils parler de l'alliance de laquelle ils disent qu'elle sera changée? et de même des sacrifices, etc.
^ Les Prophètes ont dit clairement qu'Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternelle ; et ils ont dit que l'on n'entendrait point leur sens, et qu'il était voilé.
5 Le chiffre a deux sens. Quand on surprend une lettre importante où l'on trouve un sens clair, et où il est dit néanmoins que le sens en est voilé et obscurci ; qu'il est caché en sorte qu'on verra cette lettre, sans la voir, et qu'on l'entendra sans l'entendre ; que doit-on penser sinon que c'est un chiffre à double sens ; et d'autant plus qu'on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? Combien
doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre, et nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu'ils en prennent sont tout à fciit naturels et clairs ? C'est ce qu'a fait Jésus-Christ et les Apôtres. Ils ont levé le sceau, ils ont rompu le voile, et découvert l'esprit. Ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l'homme sont ses passions ; que le Rédempteur serait spirituel ; qu'il y aurait deux avènements, l'un de misère, pour abaisser l'homme superbe, l'autre de gloire, pour élever l'homme humilié ; que Jésds-Christ sera Dieu et h-omme.
î Jésus-Christ n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient eux-mêmes, et qu'ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux, et pécheurs ; qu'il fallait qu'il les délivrât, éclairât, béatifiât, et guérit*; que cela se ferait en se haïssant soi-même, et en le suivant par la misère et la mort de la croix.
î La lettre tue : tout arrivait en figures : il fallait que le Christ souffrit : un Dieu humilié : circoncision du cœur : vrai jeûne : vrai sacriûce : vrai temple : double loi : double table de la loi : double temple : double captivité : voilà le chiffre qu'il nous a donné-.
Il nous a appris enfin que toutes ces choses n'étaient que figures, et ce que c'est que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, vrai pain du Ciel, etc.
î Dans ces promesses-là chacun trouve ce qu'il a dans le fond de son cœur, les biens temporels, ou les biens spirituels ; Dieu, ou les créatures ; mais avec cette différence, que ceux qui y cherchent les créatures les y trouvent, mais
1. t ... béatifiât et guérît. . . « Les éditions modernes ont transposé ces deux mots, la guénson précédant la béatitude.
2. t Voilà le chiffre qu'il nous a donné. » ; F.: € ... que saint Paul nous donne. *
13i PENSEES SUR LA RELIGION
avec plusieurs contradictions, avec la défense de les animer, avec ordre de n'adorer que Dieu% et de n'aimer que lui : au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent, et sans aucune contradiction, et avec commandement de n'aimer que lui.
5 Les sources des contrariétés de l'Écriture sont un l)i ■' humilie jusqu'à la mort de la Croix, un Messie triomphai! î de la mort par sa mort, deux natures en Jésus-Christ, deux avènements, deux états de la nature de l'homme.
5 Comme on ne peut bien faire le caractère d'une personne ^ qu'en accordant toutes les contrariétés, et qu'il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes, sans concilier les contraires ; aussi pour entendre le sens d'un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.
Ainsi pour entendre l'Écriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il ne suffit pas d'en avoir un qui convienne à plusieurs pages accordants ; mais il faut en avoir un qui concilie ^ les passages mêmes contraires.
i. « ... de n'adorer que Dieu et de n'aimer que lui. »; F. ajouter « ce qui n'est qu'une même chose ». Au premier abord, cela paraît se rapporter a adorer et aimer-, mais, ainsi qne H. le fait remarquer dans une note (t. II, p. C), cela veut dire que l'ordre de n'aimer que Dieu est la même chose que la défense d'aimer les créatures. P. R. a-t-il jugé que le sens fut douteux? A-t-il, au contraire, trouvé inutile de préciser davantage î
2. « Comme on ne peut bien faire le caractère, etc. » ; F. : « On ne peut bien faire une bonne pfii/sionomie, etc. ». S'agit-il ici d'un portrait moral ou matériel? Si ce dernier sens doit prévaloir (ce qui est l'opinion de H.), la correction de P. R. serait mauvaise; mais il est permis de douter qu'il s'agisse d'autre chose que d'un portrait moral, ce qui était, dès avant La Bruyère, une des récréations de la société polie du xvn' siècle. On ne comprendrait guère, d'ailleurs, comment, en prenant le sens de H., on peut, dans le rendu d'une physionomie, « accorder toutes les contrariétés », ce qui suppose un travail d'analyse. Le mot qualités qui vient après peut-il davantage s'entendre dans le sens d'uu portrait matériel î
3. « ... il faut en avoir un qui concilie... »; F. :« ... qui accorde... » P. R. a jugé sans doute que ce dernier mot revenait trop souvent.
rENSÉES SUR LA RELIGION î35
Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l'Écriture, ni des Prophètes. Ils avaient effectivement trop bon sens^. Il faut donc en chercher \m qui accorde toutes les contrariétés.
Le yéritable sens n'est donc peis celui des Juifs. Mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.
Les Juifs ne sauraient accorder la cassation de la Royauté et Principauté prédite par Ozéfe avec la prophétie de Jacob.
Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume pour réalités, on ne peut accorder tous les passages d'un même auteur, ni d'un même livre, ni quelquefois d'un même chapitre. Ce qui marque assez quel était le sens de l'auteur.
î II n'était point permis de sacrifier hors de JérusaJem, qui était le iieu que le Seigneur avait choisi, ni même de manger ailleurs les décimes.
î Ozée a prédit qu'ils seraient sans Roi, sans Prince, sans sacrifice, et sans Idoles. Ce qui est accompli aujourd'hui, ne pouvant faire de sacrifice légitime hors de Jérusodem.
î Quand la parole de Dieu qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement. Sede a dextris meis. Cela est faux littéralement dit, cela est vrai spirituellement. En ces expressions il est parlé de Dieu à la manière des hommes ; et cela ne signifie autre chose sinon que l'intention que les hommes ont en faisant asseoir à leur droite, Dieu l'aura aussi. C'est donc une marque de l'intention de Dieu, et non de sa manière de l'exécuter.
Ainsi quand il est dit : Dieu a reçu l'odeur de vos parfums, et vous donnera en récompense une terre fertile et abondante ; c'est-à-dire, que la même intention qu'aurait
i. € Ils avaient e/Tectivement (c'est-à-dire en fait) trop bon sens. »; F.: f assurément. »
un homme qui agréant vos parfums vous donnerait en récompense une terre abondante, Dieu l'aura pour vous, parce que vous avez eu pour lui la même intention qu'un homme a pour celui à qui il donne des parfums.
5 L'unique objet de l'Écriture est la charité. Tout ce qui ne va point à l'unique but en est la figure ; car puisqu'il n'y a qu'un but, tout ce qui n'y va point en mots propres est figure.
Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité, pour satisfaire notre faiblesse qui recherche la diversité, par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique néces saire. Car une seule chose est lîécessaire, et nous aimons la diversité, et Dieu satisfait à l'un et à l'autre par ces diversités qui mènent à ce seul nécessaire.
5 Les Rabbins prennent pour figures les mamelles de l'Épouse, et tout ce qui n'exprime pas l'unique but qu'ils ont des biens temporels.
f II y en a qui voient bien qu'il n'y a pas d'autre ennemi de l'homme que la concupiscence qui le détourne de Dieu, ni d'autre bien que Dieu, et non pas une terre fertile. Ceux qui croient que le bien de l'homme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens ; qu'ils s'en saoulent, et qu'ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder, et d'ennemis que ceux qui les en détournent, qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent*, il y a un libérateur pour eux; il y a un Dieu pour eux. Un Messie a été promis pour délivrer des enne-
1. f ... qu'ils se consolent. > ; V. ajoute: « Je leur annonce une heureuse nouvelle. » A la suite: « 11 y a un libérateur pour eux. » ; ¥.: * Je leur montrerai qu'il y a un Dieu pour eux. Je ne le ferai pas voir aujc autres. Je ferai voir qu'un Messie, etc. »
mis; et il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non pas des ennemis.
î Quand Darid prédit que le Messie délirrera son peuple de ses ennemis, on peut croire charnellement que ce sera des Égyptiens, et alors je ne saurais montrer que la prophétie soit accomplie. Mais on peut bien croire aussi que ce sera des iniquités. Car dan? la vérité les Égyptiens ne sont pas des ennemis, mais les iniquités le sont. Ce mot d'ennemis est donc équivoque.
Mais s'il dit à l'homme, comme il fait, qu'il délivrera son peuple de ses péchés, aussi bien qu'Isaïe et les autres, l'équivoque est ôtée, et le sens double des ennemis réduit au sens simple d'iniquités ; car s'il avait dans l'esprit Jes péchés, il les pouvait bien dénoter par ennemis ; mais s'il pensait aux ennemis, il ne les pouvait pas désigner par iniquités.
Or Moïse, David, et Isaïe usaient des mêmes termes. Qui dira donc qu'ils n'avaient pas même sens, et que le sens de David qui est manifestement d'iniquités lorsqu'il parlait d'ennemis, ne fût pas le même que celui de Moïse en parlant d'ennemis ?
Daniel (chap. ix) prie pour la délivrance du peuple de la captivité de leurs ennemis ; mais il pensait aux péchés ; et pour le montrer, il dit que Gabriel lui vint dire qu'il était exaucé, et qu'il n'y avait que 70 semaines à attendre, après quoi le peuple serait délivré d'iniquité, le péché prendrait fin, et le libérateur le Saint des Saints amènerait la justice éternelle, non la légale, mais l'éternelle.
Dès qu'une fois on a ouvert ce secret il est impossible de ne le pas voir. Qu'on lise l'ancien ^ Testament en cette vue,
i. Dans ce passage, comme en d'autres endroits, P. R. a sobsistaé ancien à vieil Testament.
et qu'on Toie si les sacriflces étaient vrais, si la parenl<' d'Abraham était la vraie cause de l'amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu du repos. Non. Donc c'étaient des figures. Qu'on voie de même toutes les cérémonies ordonnées, et tous les commandements qui ne sont pas de la charité ; on verra que c'en sont les ligures.
Jésus-Christ
La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.
Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur des gens d'esprit est invisible aux riches, aux Rois, aux conquérants *, et à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse qui rient de Dieu^ est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres de différents genres.
Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leurs victoires, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles, qui n'ont nul rapport avec celle qu'ils cherchent. Us sont vus des esprits, non des yeux; mais c'est assez.
Les Saints ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leurs victoires 3, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, qui ne sont pas de leur ordre* et qui n'ajoutent ni n'ôtent à la grandeur qu'ils désirent. Ils sont vus de Dieu et des Anges, et non des corps ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.