Même observation qu'a la note 1 de la page précédente
i. t .\insi tous ceux qui cherchent Dieu sans J.-G. et qui s'arrêtent dans la nature, ou ils ne trouvent aucune lumière qui \^ satisfasse, ou ils arrivent à se former un moyen de connaître Dieu et de le servir sans médiateur, e\.,par tà, ils tombent, ou dans l'athéisme, etc. n Le reste comme dans P. R.
ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse, ou qui leur soit véritablement utile. Car, ou ils n'arrivent pas jusqu'à connaître qu'il y a un Dieu ; ou, s'ils y arrivent, c'est inutilement pour eux ; parce qu'ils se forment un moyen de communiquer sans médiateur avec ce Dieu qu'ils ont connu sans médiateur. De sorte qu'ils tombent ou dans l'Athéisme, ou dans le Déisme, qui sont deux choses que la Religion Chrétienne abhorre presque également.
Il faut donc tendre uniquement à connaître Jésus-Christ *, puisque c'est par lui seul que nous pouvons prétendre connaître Dieu d'une manière qui nous soit utile.
C'est lui qui est le vrai Dieu des hommes, c'est-à-dire des misérables et des pécheurs. Il est le centre de tout, et l'objet de tout; et qui ne le connaît pas, ne connaît rien dans l'ordre du monde, ni dans soi-même. Car non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus- Christ.
Sans Jésus-Christ il faut que l'homme soit dans le vice et dans la misère ; avec Jésus-Christ l'homme est exempt de vice et de misère. En lui est tout notre bonheur, notre vertu, notre vie, notre lumière, notre espérance ; et hors de lui il n'y a que vice, misère, ténèbres, désespoir, et nous ne voyons qu'obscurité et confusion dans la nature de Dieu et. dans notre propre nature.
i. (Jusqu'à la fin du chapitre). Ici le travail de modification a été tel qu'il faut renoncer à noter les difi'érences que présentent ces trois alinéas avec les passages disséminés dans le chapitre correspondant de F. Remarquons qu'à la fin du dernier al., au lieu de \... et dans notre propre nature », il y a dans le texte primitif «... et dans la propre nature. » Pascal a-t-il eu en vue la nature qui nous est propre ou la nature à proprement parler? P. K. a tranché la question dans le premier sens.
Contrariétés étonnantes qui se trouvent dans la nature de Vhomme à l'égard de la vérité, du bonheur et de plusieurs autres choses.
Rien n'est plus étrange dans la nature de l'homme que les contrariétés que l'on y découvre à l'égard de toutes choses. Il est fait pour connaître la vérité; il la désire ardemment, il la cherche ; et cependant quand il tâche de la saisir, il s'éblouit et se confond de telle sorte, qu'il donne sujet de lui en disputer la possession. C'est ce qui a fait naître les deux sectes de Pyrrhoniens et de Dogmatistes, dont les uns ont voulu ravir à l'homme toute connaissance de la vérité, et les autres tâchent de la lui assurer ; mais chacun avec des raisons si peu vraisemblables qu'elles augmentent la confusion et l'embarras de l'homme, lorsqu'il n'a point d'autre lumière que celle qu'il trouve dans sa nature * .
Les principales raisons des Pyrrhoniens sont que nous n'avons aucune certitude de la vérité des principes, hors la foi et la révélation, sinon en ce que nous les sentons naturellement en nous. Or ce sentiment naturel n'est pas une preuve convaincante de leur vérité ; puisque n'y ayant point de certitude hors la foi, si l'homme est créé par un Dieu
1. Cet al. est de P. R. Du moins il n'est, d'après F., ni dans le manuscrit, ni dans la copie. Le texte du manuscrit aborde les raisons des Pyrrhoniens et des Dogmatistes sans indiquer le caractère et le but de ces deux philosophies, par rapport â l'homme qui cherche la vérité.
bon, ou par un démon méchant, s'il a été de tout temps*, ou s'il s'est fait par hasard, '1 est en doute si ces principes nous sont donnés ou véritables, ou faux ou incertains selon notre origine. De plus, que personne n'a d'assurance hors la foi, s'il veille, ou s'il dort ; vu que durant le sommeil on ne croit pas moins fermement veiller*, qu'en veillant effectivement. On croit voir les espaces, les figures, les mouvements ; on sent couler le temps, on le mesure ; et enfin on agit de même qu'éveillé. De sorte que la moitié de la vie se passant en sommeil par notre propre aveu, où, quoi qu'il nous en pf raisse, nous n'avons aucune idée du vrai, tous nos sentiments étant alors des illusions, qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir, comme on rêve souvent qu'on rêve ^ en entassant songes sur songes 1 Je laisse les discours que font les Pyrrhoniens contre les impressions de la coutume, de l'éducation, des mœurs, des pays, et les autres choses semblables, qui entraînent la plus grande partie des hommes qui ne dogmatisent que sur ces vains fondements*.
4 . a ... s'il a été de tout temps, ou s'il s'est fait par hasard. » Ces deux hypothèses sont remplacées dans F. par a ... ou à V aventure. »
2. « ... on ne croit pas moins fermement veiller, etc. i; F. : a ... On croit veiUer aussi fermement que nous faisons. »
3. « ... comme on rêve souvent qu'on rêve, etc. » D'après P., cela est extrait d'un al. barré par Pascal. P. R. a été très sobre de restitutions de ce genre, dont le principe est au moins contestable.
4. Dans cet al. P. R. a un peu atténué la force prêtée par Pascal à l'argumentation des Pyrrhoniens. En parlant des « autres choses semblables qui entraînent, etc. » le texte primitif s'exprime ainsi . i ... qui, quoiqu'elles entraînent la plus grande partie des hommes communs qui ne dogmatisent que sur ces vains fondements, sont renversés par le moindre souffle des Pyrrhoniens. On n'a qu'à voir leurs livres si Von n'en est pas assez persuadé; on le deviendra bien vite et peut-être trop. *
L'unique fort des dogmatistes *, c'est qu'en parlant de bonne foi et sincèrement on ne peut douter des principes naturels. Nous connaissons, disent-ils, la vérité, non seulement par raisonnement *, mais aussi par sentiment, et par une intelligence vive et lumineuse ; et c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes. C'est en vain que le raisonnement qui n'y a point de part essaie de les combattre. Les Pyrrhoniens qui n'ont que cela pour objet y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance oà nous soyons de le prouver par la raison. Cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme, par exemple, qu'il y a espace, temps, mouvement, nombre, matière ^, est aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances d'intelligence et de sentiment qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle fonde tout son discours. Je sens qu'il y a trois dimensions dans l'espace, et que les nombres sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point
i. L'unique fort des dogmatistes, c'est qu'en parlant, etc., »; F. : « Je m'arrête à l'unique fort des dogmatistes, qui est qu'en parlant, etc. » Après cette phrase, le même texte contient le passage suivant, omis par P. R. : « ... contre quoi les Pyrrhoniens oijposent en un mot l'incertitude de notre origine qui enferme celle de notre nature; à quoi les dogmatistes sont encore à répondre depuis que le motide dure. » .A.u lieu de cette phrase, P. R. a pris dans la suite des Pensées une réfutation du Pyrrhonisme : « Nous connaissons, disent-ils (les dogmatistes), la vérité, etc. »
-1. « ... l^on seulement par raisonnement, mais aussi ^st sentiment, etc. »; F. : « Non seulement par la raison, mais encore par le cœur. » De même, dans les passages suivants, P. R. a substitué au cœur le sentiment ou l'intelligence. Cousin (Des Pensées, etc.) s'élève contre cette substitution de mots.
3. Dans l'énumération des premiers principes, le mot matière est une addition de P. R.
deux nombres carrés, dont l'un soit double de l'autre. Les principes se sentent ; les propositions se concluent ; le tout avec certitude, quoique par difTérentes voies. Et il est aussi ridicule que la raison demande au sentiment, et à l'intelligence des preuves de ces premiers principes pour y consentir, qu'il serait ridicule que l'intelligence demandât à la raison un sentiment* de toutes les propositions qu'elle démontre. Cette impuissance ne peut donc servir qu'à humilier la raison qui voudrait juger de tout ; mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment. Mais la nature nous a refusé ce bien, et elle ne nous a donné que très peu de connaissances de cette sorte : toutes les autres ne peuvent être acquises que par le raisonnement.
Voilà donc la guerre ouverte entre les hommes. Il faut que chacun prenne parti, et se range nécessairement ou au Dogmatisme, ou au Pyrrhonisme ; car qui penserait demeurer neutre serait Pyrrhonien par excellence : cette neutralité est l'essence du Pyrrhonisme ; qui n'est pas contre eux est excellemment pour eux^. Que fera donc l'homme en cet état? Doutera-t-il de tout ? Doutera-t-il s'il veille, si on le pince, si on le brûle? Doutera-t-il s'il doute? Doutera-t-il s'il est? On n'en saurait venir là : et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de Pyrrhonien effectif et parfait. La nature soutient la raison impuissante, et l'empêche d'extravaguer
1. f ... un sentiment de toutes les propositions quelle démontre » ; F. ajoute : « . . . pour vouloir les recevoir, i
2 . « Qui n'est pas contre eux est excellemment pour eux. » ; F. ajoute -. i Ils iie sont pas pour eux-mêmes ; ils sont neutres, indifférents, svispendus à tout (c'est-à-dire indécis sur tout), sans s'excepter. »
jusqu'à ce point. Dira-t-il au contraire, qu'il possède certainement la vérité, lui qui, si peu qu'on le pousse, n'en peut montrer aucun titre, et est forcé de lâcher prise?
Qui démêlera cet embrouillement? La nature confond les Pyrrhoniens, et la raison confond les Dogmatistes. Que deviendrez-vous donc, ô homme, qui cherchez votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes, ni subsister dans aucune.
Voilà ce qu'est l'homme à l'égard de la vérité '. Considérons-le maintenant à l'égard de la félicité qu'il recherche avec tant d'ardeur en toutes ses actions. Car tous les hommes désirent d'être heureux ; cela est sans exception. Quelques différents moyens qu'ils y emploient, ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que l'un va à la guerre^, et que l'autre n'y va pas, c'est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions, de tous les hommes, jusqu'à ceux qui se tuent et qui se pendent.
Et cependant depuis un si grand nombre d'années, jamais personne sans la foi n'est arrivé à ce point, où tous tendent ^ continuellement. Tous se plaignent. Princes, sujets ; nobles, roturiers ; vieillards*, jeunes ; forts, faibles; savants,
1. La première phrase de cet alinéa : « Voilà ce qu'est l'homme, etc. » et le commencement de la deuxième : « Considéro-tis-le tnairvtenant, etc. » sont des additions de P. R. Le texte primitif reprend à « Tous les hommes désirent (dans l'éd. F., réciter client), etc.
2. a Ce qui fait que l'un va à la guerre, et qxxQVautre, etc. s ; F. : 0 Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres, etc. » La correction de P. R. était nécessaire. Pascal ayant ajouté : «... ce même désir qui est dans tous les deux... »