ce point où tous tendent, j; F. : où tons visent
4. « ... vieillards... »; F. : « ... vieu^... » Cette substitution admise, P. R. aurait dû remplacer jeunes par jeunes gens.
ignorants ; sains, malades; de tous pays, de tous temps, de tous âges, et de toutes conditions.
Une épreuve si longue, si continuelle, et si uniforme devrait bien nous convaincre de l'impuissance où nous sommes, d'arriver au bien par nos efforts. Mais l'exemple ne nous instruit point. Il n'est jamais si parfaitement semblable, qu'il n'y ait quelque délicate différence ; et c'est de là que nous attendons que notre espérance ne sera pas déçue en cette occasion comme en l'autre. Ainsi le présent ne nous sati.sfaisant jamais, l'espérance nous pipe *, et de malheur en malheur nous mène jusqu'à la mort qui en est le comble éternel.
C'est une chose étrange ^, qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait été capable de tenir la place de la fin et du bonheur de l'homme, astres, éléments, plantes, animaux, insectes, maladies, guerre, vices, crimes, etc. L'homme étant déchu de son état naturel, il n'y a rien à quoi il n'ait été capable de se porter. Depuis qu'il a perdu le vrai bien, tout également peut lui paraître tel, jusqu'à sa destruction propre, toute contraire qu'elle est à la raison ^ et à la nature tout ensemble.
Les uns ont cherché la félicité dans l'autorité, les autres dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les
i. « ... l'espérance nous pipe... »; F. : a ... Veœpérience, etc. » « qui en est le comble éternel v ; F. : « qui en est un comble éternel. » Cette altération est vivement critiquée par H., qui va jusqu'à trouver qu'elle rend la pensée à peine intelligible (?)
2. B C'est une chose étrange, etc. » Dans F. , ce passage commence ainsi : t Lui seul (le passage précédent fmit par Dieu) est son véritable bien, et depuis qu'il l'a quitté c'est une chose étrange qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait été capable de lui en tenir la place, astres, ciel, terre, éléments, plantes, choux, poireaux, animaux, insectes, veaux, serpents, fièvre, peste, guerre, famine, vices, adultère, inceste, etc. »
3. ( ... toute contraire qu'elle est à la raison, etc. »; F. : quoique si contraire quelle est à Dieu, à la raison, etc. j»
voluptés. Ces trois concupiscences ont fait trois sectes, et ceux qu'on appelle Philosophes * n'ont fait effectivement que suivre une des trois. Ceux qui en ont le plus approché ont considéré qu'il est nécessaire cpie le bien universel que tous les hommes désirent, et où tous doivent avoir part^, ne soit dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui étant partagées affligent plus leur possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous pussent le posséder à la fois sans diminution et sans envie, et que personne ne le pût perdre contre son gré. Ils l'ont compris ^, mais ils ne l'ont pu trouver; et au lieu d'un bien solide et effectif, ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une vertu fantastique.
Notre instinct nous fait sentir qu'il faut chercher notre bonheur dans nous. Nos passions nous poussent au dehors, quand même les objets ne s'offriraient pas pour les exciter. Les objets du dehors nous tentent d'eux-mêmes, et nous appellent, quand même nous n'y pensons pas. Ainsi les Philosophes ont beau dire : Rentrez en vous-mêmes, vous y trouverez votre bien ; on ne les croit pas ; et ceux qui les croient sont les plus vides et les plus sots. Car qu'y a-t-il de plus ridicule * et de plus vain que ce que proposent les Stoïciens, et de plus faux que tous leurs raisonnements?
Ils concluent qu'on peut toujours ce qu'on peut quelquefois, et que puisque le désir de la gloire fait bien faire quel-
1. f ... et ceux qu'on appelle Philosopes n'ont fait efTectivement que, etc. »; F. m ...et les philosophes n'ont fait autre c?ioseqne, etc. »
2 i ... et où tous doivent avoir part, addition de P. R.
2. t ns Vont compris, etc. » Cette fin d'al. est une addition de P. R
4 (r Car qu'y Or-t-il de plus ridicvÀe, etc. », addition de P. R.
que chose à ceux qu'il possède, les autres le pourront bien aussi. Ce sont des mouvements fiévreux que la santé ne peut imiter.
î La guerre intérieure de la raison contre les passions a faut que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les unes ont voulu renoncer aux passions, et devenir Dieux. Les autres ont voulu renoncer à la raison, et devenir bêtes*. Mais ils ne l'ont pu ni les uns ni les autres ; et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et l'injustice des passions, et trouble le repos de ceux qui s'y abandonnent : et les passions sont toujours vivantes dans ceux mêmes qui veulent y renoncer.
Voilà ce que peut l'homme ^ par lui-même et par ses propres efforts à l'égard du vrai et du bien. Nous avons une impuissance à prouver, invincible à ^,out le Dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité, i :svincible à tout le Pyrrhonisme. Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu'incertitude. Nous cherchons le bonheur, et ne trouvons que misère 3. Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur, et sommes incapables et de certitude * et de bonheur. Ce désir nous est laissé, tant pour nous punir, que pour nous faire sentir, d'où nous sommes tombés.
î Si l'homme n'est fait pour Dieu, pourquoi n'est-il heureux qu'en Dieu? Si l'homme est fait pour Dieu, pourquoi est-il si contraire à Dieu ?
1 . « ... et devenir bêtes » ; F. : . . . bêtes brutes (Des Barreav^). » On connaît cet épicurien célèbre.
2. a Voilà ce que peut l'homme, etc. » Cette première phrase est une addition de P. R., nécessaire comme transition.
3. « ... et ne trouvons que misère, etc. »; F. ajoute : « ... et m,ort... »
4. € ... et sommes incapables et de certitude et de, etc. »; F. : € ... et sommes incapables ni de certitude ni de, etc. Correction indispensable.
• L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et sent en lui des restes^ d'un état heureux, dont il est déchu, et qu'il ne peut retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables.
C'est la source des combats des Philosophes, dont les une ont pris à tâche d'élever l'homme en découvrant ses grandeurs, et les autres de l'abaisser en représentant ses misères. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que chaque parti se sert des raisons de l'autre pour établir son opinion -. Car la misère de l'homme se conclut de sa grandeur, et sa grandeur se conclut de sa misère. Ainsi les uns ont d'autant mieux conclu la misère, qu'ils en ont pris pour preuve la grandeur ; et les autres ont conclu la grandeur avec d'autant plus de force qu'ils l'ont tirée de la misère même. Tout ce que les uns ont pu dire pour montrer la grandeur, n'a servi que d'un argument aux autres, pour conclure la misère ; puisque c'est être d'autant plus misérable, qu'on est tombé de plus haut : et les autres au contraire Us se sont élevés les uns sur les autres ^ par un cercle sans fin, étant certain qu'à mesure que les hommes ont plus de lumière ils découvrent de plus en plus^ en l'homme de la misère et de la grandeur. En un mot l'homme connaît qu'il est misérable.
1. «... et senten lui des restes, etc. »; F. . « ... et tombé de son vrai Heu, sans le pouvoir retrouver.. > En place de ce dernier mot, l'éd. fl. donne « recouvrer. >
2. Le commencement de cet al., jusqu'à « Car la misère de l'homme se conclut de sa grandeur», est une addition de P. R., qui résume les passages qui précèdent.
3. « ... ils se sont élevés les uns sur les autres, etc. » : F. : « ils se sont portés, etc. »
1. « ... ils découvrent de plus en plus en l'homme de la misère et de la grandeur... »; F. : c ... ils trouvent et grandeur et misère... >
Il est donc misérable, puisqu'il le connaît * ; mais il est bien grand, puisqu'il connaît qu'il est misérable.
Quelle chimère est-ce donc que l'homme ? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ? * Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, amas d'incertitude ; gloire, et rebut de l'univers. S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante, et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre ' ncomp réhensibie .
<. « 11 est donc misérable, puisqu'il le connaît... »; F. : « ... puisqu'il l'est... 1
2. « ... Quel sujet de contradiction? »; F. ajoute : « Quel prodige? » A la suite : t amas d'incertitude »; F. : t cloaque d'incertititude et d'erreur. » Ce cliangement de mots est un des grands griefs de Cousin et de H. contre P. R.
Connaissance générale de r homme.
La première chose qui s'offre à l'homme, quand il se regarde, c'est son corps, c'est-à-dire une certaine portion de matière qui lui est propre. Mais pour comprendre ce qu'elle est, il faut qu'il la compare avec tout ce qui est an dessus de lui, et tout ce qui est au dessous, cifîn de reconnaître ses justes bornes *.
Qu'il ne s'arrête donc - pas à regarder simplement les objets qui l'environnent. Qu'il contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté. Qu'il considère cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle, pour éclairer l'univers. Que la terre lui paraisse comme un point ' au prix du vaste tour que cet astre décrit. Et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'un point très délicat, à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que
i. Il fallait un commencement à ce chapitre, dont le défaut est biffé dans l'original. Aussi P. R. a-t-il ajouté cet al. Telle est du moins l'opinion de F. ; Sainte-Beuve (Port-Royal, 1" éd., t. III, p. 354) pense que la phrase est bien de Pascal.
t. « Qu'il ne s'arrête donc pas, etc. » .^.ddition de P. R., nécessitée par l'ai, qui précède. On rentre dans le texte primitif aux mots « qu'il contemple, etc. » ; F. : « que l'homme contemple donc, etc. » Le même texte ajoute : « qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. »
3. «... que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste toar que cet astre décrit. » Au prix veut dire ici en comparaison de.
rimaginalion passe outre. Elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de foornir. Tout ce que nous voyons du monde * n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'approche de l'étendue de ses espaces*. Nous avons beau enfler nos conceptions^ nous n'enfantons que des atomes, au pris de la réalité des choses. C'est une sphère infinie *, dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin c'est un des plus grands caractères sensibles ^ de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que rhomme étant revenu à soi, considère ce qu'il est, au prix de ce qui est. Qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature. Et que de ce que lui paraîtra ce petit cachot ®, où il se trouve logé, c'est-à-dire ce monde visible, il apprenne à estimer la terre, les Royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? Qui le peut comprendre'? Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron, par exemple, lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus
d. « Tout ce que nous voyons du monde... » ; F. : « Tout ce monde visible... »
2. c nulle idée n'approche de l'étendue de ses espaces » ; F. .- € nulle idée n'en approciie. »
3. « nous avons beau enfler nos conceptions. » ; F ajoute : «... au. delà des espaces imaginables. »
4. « c'est une sphère infinie, etc. * On trouvera dans H (t. i p. i~) une savante dissertatio» sui les ongine» qc cette comparaison célèbre.
5. « Enfm c'est un des plus grands caractères sensibles, etc.; F. « Enfin, c'est le plus grand caractère, etc. ».
6. €... et que de ce que lui paraîtra ce petit cachot où il se trouve logé, c'est-ùr-dire ce 'monde visible, etc. » ; F. : o... et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, etc. »