qui le peut comprendre? » Addition de P. R
petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes. Que divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces, et ses conceptions; et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours. Il pensera peut-être, que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je veux lui peindre non seulement l'univers visible, mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir* de l'immensité de la nature, dans l'enceinte de cet atome imperceptible*. Qu'il y voie une infinité de mondes^, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible ; dans cette terre des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné, trouvant encore dans les autres le même chose, sans fin et sans repos. Qu'il se perde dans ces merveilles aussi étonnantes par leur petitesse, que les autres par leur étendue. Car, qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard de la dernière petitesse* où l'on ne peut arriver ?
Qui se considérera de la sorte, s'effraiera sans doute, de
i mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir de
l'immensité de, etc. » ; F. : l'immensité qu'on peut concevoir de, etc. »
2. «... cet aitome imperceptible. »; F. : « ce raccourci d'atome. » Cousin {Des Pensées, etc.) avait pris dans une des copies « ce raccourci d'abime ». L'éd. F. a rétabli la vraie leçon.
3. «... une infinité de mondes. » ; F. : «... d'univers. > H. reconnaît que la correction de P. R. était nécessaire, attendu qu'il n'y a proprement qu'un univers.
4 à l'égard de la dernière petitesse, etc. » ; F. : «... à l'égard
du néant, etc. ».
se voir comme suspendu ' dans la raaisse que la nature lui a donnée entre ces deux abîmes de l'inflni et du néant, dont il est également éloigné*. Il tremblera dans la vue de ces merveilles, et je crois que sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence, qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin, qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un n»jant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Il est infiniment éloigné des deux extrêmes; et son être n'est pas moins distant du néant ^ d'où il est tiré, que de l'infini où il est englouti.
Son inteUigence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que son corps dans l'étendue de la nature ; et tout ce qu'elle peut faire est d'apercevoir* quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel d'en connaître ni le principe ni la fin. Toutes choses sont sorties du néant, et portées jusqu'à l'infini. Qui peut suivre ces étonnantes démarches ? L'auteur de ces merveilles les comprend; nul autre ne le peut faire ^.
Cet état, qui tient le milieu entre les extrêmes, se trouve en toutes nos puissances.
Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous assourdit; trop de lumière nous éblouit; trop de distance et trop de proximité empêchent la vue ; trop de longueur, et
i. «... s'effraiera sans doute de se voir comme sv^<-pendu dans la masse qne, etc. ? : F. .- «... s'effraiera de soi-mêm^ et se considérant soutenu dans la masse que, etc. »