‹ PenséesChapitre 41 sur 73 · dont il est égalem,ent éloigné. » Addition de P. R · texte numérisé non relu

dont il est égalem,ent éloigné. » Addition de P. R

3- «... et son être n'est pas moins distant du néant, etc. »; F. : «... également incapable de voir le néant, etc. »

4. «... et tout ce qu'elle d'intelligence) peut faire est d'apercevoir, etc. » ; F. : « que ferait-il (l'homme) sinon d'apercevoir, etc. ».

5. «... nul autre ne le peut, etc. i ; F. : •... tout autre ne le peut, etc. »

PENSEES SUR L'HOiOiE 191

trop de brièveté 1 obscurcissent un discours; trop de plaisir incommode; trop de consonnances déplaisent^. Nous ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid. Les qualités excessires nous sont ennemies, et non pas sensibles. Nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit; trop et trop peu de nourriture troublent ses actions^: trop et trop peu d'instruction l'abêtissent. Les choses extrêmes sont pour nous, comme si elles n'étaient pas, et nous ne sommes point à leur égard. Elles nous échappent, ou nous à elles.

Voilà notre état véritable. C'est ce qui resserre nos connaissances* en de certaines bornes que nous ne passons pas, incapables de savoir tout, et d'ignorer tout absolument. Nous sommes sur un milieu vaste '5, toujours incertains et

1. Après f... trop de longnenr et trop de brièveté », il y a dans le texte primitif .- « trop de vérité nous étonne -. fen sais qui ne peuvent comprendre que qui de zéro ôte quatre reste zéro. Les premiers principes ont trop d' évidence pour nous. >

2. Après ■ € trop de consonnances déplaisent », le texte primitif aionte : t dans la musique ; et trop de bienfaits irritent -. nous voulons avoir de quoi surpayer la dette -. Bénéficia eo usque lœta sunt dum videntur exsolvi posse ; ubi multum antevenere, pro gratia odtum redditur (Tacite). »

3. a Trop et trop peu de nourriture troublent ses actions », addition de P. R., à moins qu'on n"y voie un arrangement de cette pensée qu'on trouve plus loin dans l'éd. F. : t Trop et trop peu de vin ; ne lui en donnez pas, il ne peut trouver la vérité ; donnezlui en trcp de même. » Un peu plus loin, le mot « Vabêtissent » est également de P R. Dans F. il y a un point après « trop et trop peu d'instruction. »

4. « C'est ce qui resserre nos connaissances... incapables de savoir tout, etc. » : F. : f C'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument. »

5 « Nous sommes sur un milieu, etc. » La fin de ce passage a été très modifiée par P. R. Voici le texte F. •• « Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un bout vers Vautre. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir ; il branle et nous au.itte, et si nous le suivo^is, il échappe

flottants entre l'ignorance et la connaissance; et si nous pensons aller plus avant, notre objet branle, et échappe nos prises; il se dérobe, et fuit d'une fuite éternelle : rien ne le peut arrêter. C'est notre condition naturelle, et toutefois la plus contraire à notre inclination. Nous brûlons du désir d'approfondir tout, et d'édifier une tour qui s'élève jusqu'à l'infini. Mais tout notre édifice craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes.

à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite étemelle. Rien ne s'arrête poui^ nous. C'est l'état qui nous est naturel, et toutefois le plus contraire à notre inclination. Nous brûlons du désir de trouver une assiette ferme et une dernière base eonstmite pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini, mais tout notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes. >

XXUI

Grandeur de V homme.

Je puis bien concevoir un homme sans mains, sans pieds; et je le concerrais même sans tête, si l'expérience ne m'apprenait que c'est par là qu'il pense. C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne le peut concevoir*.

5 Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous ? Est-ce la main ? est-ce le bras ? est-ce la chair? est-ce le sang ? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel.

5 L'homme est si grand que sa grandeur- paraît même en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. Il est vrai que c'est être misérable, que de se connaître misérable ; mais c'est aussi être grand, que de connaître qu'on est misérable. Ainsi toutes ses misères prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand Seigneur, misères d'un Roi dépossédé.

5 Qui se trouve malheureux de n'être pas Roi, sinon un Roi dépossédé? Trouvait-on Paul-Émile malheureux de n'être plus consul? Au contraire tout le monde trouvait qu'il était heureux de l'avoir été ; parce que sa condition n'était pas de l'être toujours. Mais on trouvait Persée si malheureux

l. Cet alinéa est la paraphrase du texte primitif, que voici : « Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tète, car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds; mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée. Ce serait une pierre ou une brute. »

S. • L'homme est si grand que sa grandeur, etc. » ; F. : t La grcMr dew de Vhomme est grande, en oe qu'il se connaît, etc. »

de n'être plus Roi, parce que sa condition était de l'être toujours, qu'on trouvait étrange * qu'il pût supporter la vie. Qui se trouve malueureux de n'avoir qu'une bouche ? Et qui ne se trouve malheureux de n'avoir qu'un œil! On ne s'est peut-être jamais avisé* de s'affliger de n'avoir pas trois yeux ; mais on est inconsolable de n'en avoir qu'un •*.

î Nous avons une si grande idée de l'âme de l'homme, que nous ne pouvons soufl'rir d'en être méprisés, et de n'être pas dans l'estime d'une àme ; et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime.

Si d'un côté cette fausse gloire* que les hommes cherchent est une grande marque de leur misère, et de leur bassesse, c'en est une aussi de leur excellence. Car quelque possession qu'il ait sur la terre, de quelque santé et commodité essentielle qu'il jouisse^, il n'est pas satisfait s'il n'est dans l'estime des hommes. Il estime si grande la raison de l'homme, que quelque avantage qu'il ait dans le monde, il se croit malheureux s'il n'est placé aussi avantageusement dans la raison de l'homme. C'est la plus belle place du monde : rien ne le peut détourner de ce désir ; et c'est la qualité la plus ineffaçable du tœ\ir de l'homme. Jusque-là*^

i. t ... qu'on trouvait étrange qu'il put supporter, etc. » ; F. : • ... de ce qu'il supportait, etc. »

2. « On ne s'est peut-être jamais avisé de s'affliger, etc. » De même dans le texte F, ; l'éd. H. donne : » On ne s'est peut-être jamais affligé, etc. »

3 . . . mais on est inconsolable de n'en avoir qu'un, t ; F. : i ... de n'en point avoir. »

4. « Si d'un côté cette fausse gloire, etc. > ; F. : « La plus grande bassesse de l'homme est la recherche de la gloire, mais c'est cela même qui est la plus grande marciue de son excellence, car, etc. »

5 ... de quelque santé... qu'il jouisse *-, P. : ... quelque santé qu'il ait. »

6 . . . Jusque-là que ceux qui méprisent, etc. » ; F. : « ..et ceux (jui méprisent, etc. »

PENSEES SUR L'HOMME 19i

que ceux qui méprisent le plus les hommes et qui les égalent aux bêtes, en veulent encore être admirés, et se contredisent à eux-mêmes par leur propre sentiment ; leur nature, qui est plus forte que toute leur raison *, les convainquant plus fortement de la grandeur de l'homme, que la raison ne les convainc de sa bassesse.

î L'homme n'est qu'un roseau le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffît peur le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue ; parce qu'il sait qu'il meurt; et lavantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien^.

Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il nous faut relever, non de l'espace et de la durée-'. Travaillons donc à bien penser. Voilà le principe de la morale.

î II est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre.

• Que l'homme donc s'estime son prix. Qu'U s'aime ; car

1. « ... leur nature, qui est plus forte que toute leur raison... » F. : « . . . plus forte que tout. »

2. P. R. a trouvé ce passage achevé dans le texte primitif : aussi s'est-il gardé de le modifier. Reste que, selon H., il l'a mal ponctué. D'après lui, il faudrait lire in f. «... parce qu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien. »; H. trouve que cette courte phrase qui termine le passage est tout à fait dans la manière de Pascal. Soit .- mais n'y a-t-il pas une grande éloquence aussi dans cette répétition en un même membre de phrase : «... et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. »

3. « . . . non de l'espace et de la durée. » ; F. ajoute : « que nous ne saurions remplir. •

il a en lui une nature capable de bien ; mais qu'il n'aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu'il se méprise ; parce que cette capacité est vide , mais qu'il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle. Qu'il se haïsse ; qu'il s'aime : il a en lui la capacité de connaître la vérité, et d'êire heureux ; mais il n'a point de vérité ou constante ou satisfaisante. Je voudrais donc porter l'homme à désirer d'en trouver, à être prêt et dégagé de passions pour la suivre où il la trouvera; et sachant combien sa connaissance s'est obscurcie par les passions, je voudrais qu'il haïsse en soi la concupiscence qui la détermine d'elle-même, afin qu'elle ne l'aveuglât point en faisant son choix, et qu'elle ne l'arrêtât point quand il aura choisi.

Yanité de l'homme.

Nous ne nous contentons pais de la rie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons vivre dans l'idée les autres d'une vie imaginaire ; et nous nous efforçons pour :ela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir etconserver cet être imaginaire, et négligeons le véritable. Et si nous avons ou la tranquillité, ou la générosité, ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être d'imagination : nous les détacherions plutôt de no]is pour les y joindre ; et nous serions volontiers poltrons, pour acquérir la réputation d'être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être, de n'être pas satisfaits de l'un sans l'autre, et de renoncer souvent à l'un pour l'autre. Car qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme.

5 La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime.

f L'orgueil contrepèse toutes nos misères. Car, ou il les cache, ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître.

• L'orgueil nous tient d'une possession si naturelle au milieu de nos misères et de nos erreurs, que nous perdons même la vie avec joie pourvu qu'on en parle.

î La vanité est si ancrée dans le cœur de Ihomme, qu'un goujat, un marmiton*, un crocheteur se vante, et veut avoir ses admirateurs. Et les philosophes mêmes en veulent. Ceux

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