‹ PenséesChapitre 42 sur 73 · t . . . vm marmiton. .. » ; F an cui^nier · texte numérisé non relu

t . . . vm marmiton. .. » ; F an cui^nier

qui écrirent contre la gloire, reulent avoir la gloire d'avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent, veulent avoir la gloire de l'avoir lu; et moi qui écris ceci, j'ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront* l'auront aussi.

î Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, et qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève.

5 Nous sommes si présomptueux, que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains, que l'estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente.

5 La chose la plus importante à la vie c'est le choix d'un métier. Le hasard en dispose. La coutume fait les maçons, les soldats, les couvreurs. C'est un excellent couvreur, dit-on; et en parlant des soldats, ils sont bien fous, dit-on. Et les autres au contraire ; il n'y a rien de grand que la guerre, le reste des hommes sont des coquins. A force d'ouïr louer en l'enfance ces métiers, et mépriser tous les autres, on choisit; car naturellement on aime la vertu, et l'on hait l'imprudence-. Ces mots nous émeuvent: on ne pèche que dans l'application: et la force de la coutume est si grande^, que des pays entiers sont tous de maçons, d'autres tous de soldats. Sans doute que la nature n'est pas si uniforme. C'est donc la coutume qui fait cela, et qui entraîne la nature. Mais quelquefois aussi la nature la surmonte, et retient l'homme

1 « ..et peut-être que ceux qui le liront. . . » Là s'arrête le texte

primitif.

8. « .. et l'on haàt V imprudence .. . » ; F. : t ... la folie... » S « ... et la force de la coutume est si grande, etc. » ; F. : « . . • tant

est grande la force de la coutume que de ceux que la nature n'a

fait qu'hommes ont fait toutes les conditio7is des hommes, car des

pays soBt tous de maçons, etc. >

dans son instinct, malgré toute la coutume bonne ou mauvaise.

î La curiosité n'est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. On ne voyagerait pas sur la mer * pour ne jamais en rien dire, et pour le seul plaisir de voir, sans espérance de s'en entretenir^ jamais avec personne.

î On ne se soucie pas d'être estimé^ dans les villes où l'on ne fait que passer j mais quand on y doit demeurer un peu de temps on s'en soucie. Combien de temps faut-il? Un temps proportionné à notre durée vaine et chétive.

5 Peu de chose nous console, parce que peu de chose nous afflige.

•[ Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent, et comme pour le hâter*; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt. Si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous, et ne pensons point au seul qui nous appartient : et si vains, que nous songeons ^ à ceux qui ne sont point, et laissons échapper sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre Arue, parce qu'il nous afflige ; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui

1. € ... on ne voyagerait pas sur la mer, etc. » Ces mots sont précédés dans le texte primitif d'un « autrement » qui jette quelque obscurité .

2. « ... sans espérance de s'en entretenir »; F. : a d'en jamais communiquer. »

3. € ... on ne se soucie pas d'être estimé, etc. » ; F. : « Les villes par où on passe, on ne se soucie pas d'y être estimé. . . »

4. « ... nous anticipons l'avenir comme trop lent et comme pour le hâter » ; F. -. * .. . comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours. » On dirait maintenant : nous anticipons sur. . .

5. t ... si vains que nous songeons à ceux qui ne sont point et laissons échapper, etc. » ; F. : < ... que nous songeons à ceux qm ne sont plus rien et échappons, etc.

ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

Que chacun examine sa pensée. 11 la trouvera toujours occupée au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière, pour disposer l'avenir. Le présent n'est jamais notre but'. Le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre objet^. Ainsi nous ne vivons jamais; mais nous espérons de vivre; et nous disposant toujours à être heureux, il est indubitable que nous ne le serons jamais'; si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en cette vie.

î Notre imagination nous grossit si fort le temps présent à force d'y faire des réflexions continuelles, et amoindrit tellement l'éternité manque d'y faire rétlexion, que nous faisons de l'éternité un néant, et du néant une éternité. Et tout cela a ses racines si vives en nous, que toute notre raison ne nous en peut défendre.

^ Cromwel allait ravager toute la Chrétienté : la famille Royale était perdue, et la sienne à jamais puissante; sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère, Rome même allait trembler sous lui. Mais ce petit gravier qui n'était rien ailleurs*, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée, et le Roi rétabli.

1. « Le présent n'est jamais notre but. . . » ; F. : t . . . notre /tn. . . » 3. « ... le seul avenir est notre objet... »; F.; « ... notre fin... »

3. « ... il est, indubitable que nous ne le scro/w jamais »; F. : < ... il est inévitable que nous ne le soyons jamads. »

4. • . . . mais ce petit gravier qui n'était rien ailleurs, etc. » ; F. : «... mais ce petit gravier s'étant mis là, il est mort, sa famille abaissée, tout en paUx et le roi rétabli. »

Faiblesse de l'homme.

Ce qui m'étonne le plus est de voir que tout le monde n'est pas étonné de sa faiblesse. On agit sérieusement, et chacun suit sa condition; non pas parce qu'il est bon en effet de la suivre, puisque la mode en est; mais comme si chacun savait certainement où est la raison et la justice. On se trouve déçu à toute heure, et par une plaisante humilité on croit que c'est sa faute, et non pas celle de l'art qu'on se vante toujours d'avoir. Il est bon qu'il y ait beaucoup de ces gens-là au monde * ; afin de montrer que l'homme est bien capable des plus extravagantes opinions, puisqu'il est capable de croire qu'il n'est pas dans cette faiblesse naturelle et inévitable, et qu'il est au contraire dans la sagesse naturelle.

5 La faiblesse de la raison de l'homme* paraît bien davantage en ceux qui ne la connaissent pas, qu'en ceux qui la connaissent.

^ Si on est trop jeune, on ne juge pas bien. Si on^ est trop vieux, de même. Si on n'y songe pas assez* si on

1. « ... Il est bon qu'il y ait heaucoup de ces gens-là au monde, afin de, etc. » ; F. : « . . . mais il est bon qail y ait tant de ces gens-là au monde qui ne soient pas pyrrhoniens, pour la gloire des pyrrhoniens, afin de, etc. »

2. € La faiblesse de la raison de l'homme, etc. » Les mots soulignés ajoutés par P. R.

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