SI on est trop vieux, etc. » Même observation
4. « .,. Si on n'y songe pas assez, si on y oonge trop, etc. » D'après H., tous les éditeurs ont altéré cette pensée par une mauvaise ponctuation. Suivant lui, il doit y avoir après « si on n'y songe pas assez » plusieurs points, et Pascal aurait sous-entendu -. * On ne saisit pas, on ne pénètre pas... » D'après la ponctuation ado. tée, le sens serait que l'on s'entête d'une chose si on n'y songe pas assez. 11 y a effectivement là quelque chose de choquant
y songe trop, on s'entête*, et l'on ne peut trouver la Térité.
Si l'on considère son ouvrage incontinent après l'avoir lait, on en est encore tout prévenu. Si trop longtemps après, on n'y entre plus.
n n'y a qu'un point indivisible', qui soit le véritable lieu de voir les tableaux. Les autres sont trop près, trop loins, trop hauts, trop bas. La perspective l'assigne dans l'art de la peinture. Mais dans la vérité et dans la morale qui l'assignera ?
î Cette maîtresse d'erreur^ que l'on appelle fantaisie et opinion, est d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours. Car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infaillible du mensonge. Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant de même caractère le vrai et le faux.
Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plait à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature. Elle a ses heureux et ses malheureux; ses sains, ses malades; ses riches, ses pauvres*; ses fous et ses sages : et rien ne nous dépite davantage que de voir qu'elle remplit
i. « ... on s'entête, » ; P. ajoute: « on s'en coi/Te. » (Cousin écrit s'encoiffe). La fin € ... et Von m peut trouver, etc. > est une addition de P. R.
2. « Il n'y a qu'un point indfvisible, etc. • ; F. : € Aussi les tableaux vus de trop loin et de trop près, et il n'y a qu'un point indivisible qui soit le véritable lieu, etc. » On remarquera dans cet alinéa le mot loin employé comme adjectif avec le signe du pluriel.
3. « Cette maltresse d'erreur... est d'autant plus fourbe, etc. »; F. : « Imagination (en titre). C'est cette partie décevante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de /■oitsse(<^, et d'autant plus, etc. »
*. Après « ... ses riches, ses pauvres ; », F. ajoute : « Elle fait croire, douter, nier la raison; elle suspend les sens, elle les fait sentir. » Il y a dans ce passage : « nier la raison » et plus loin : « elle les fait sentir i, une ambiguïté qui est sans doute la cause de la suppression.
PENSEES SUR L'HOxMxME 203
ses hôtes d'une satisfaction beaucoup plus pleine * et entière que la raison, les habiles par imagination se plaisant tout autrement en eus-mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire, lis regardent les gens avec empire. Ils disputent avec hardiesse et confiance, les autres avec crainte et défiance. Et cette gaîté de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des écoutants : tant les sages imaginaires ont de faveur auprès de leurs juges de même nature. Elle ne peut rendre sages les fous, mais elle les rend contents^; à l'envi de la raison, qui ne peut rendre ses amis que misérables. L'une les comble^ de gloire, l'autre les couvre de honte.
Qui dispense la réputation ? Qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux grands*, sinon l'opinion ? Combien toutes les richesses de la terre sont-elles insuffisantes sans son consentement?
1. a ... d'une satisfaction beaucoup plus pleine, etc. » ; F. .- bien autreinent pleine, etc. >
2. « ... mais elle les rend contents, etc. • D'après F., ce dernier mot a été substitué par Arnauld au mot lieurewv.
3.8 ... L'une les comôie, etc. »;F. :a ... L'une les cowi;ran( degloire, l'autre de, etc. »
4. « ... aux ouvrages, aux grands... »; F. ajoute: « au-x lois » A la suite: « ...sinon l'opinion, etc. »; F. : « ... sinon cette faculté imaginante, etc. » Dans ce chapitre le mot opinion (fantaisie et opinion dans un al.) a été substitué par P. R. au mot imagination. Cela lui a (Hé vivement reproché par Cousin et H. Ce dernier suppose que Nicole est l'auteur de la correction « ne voulant pas sans doute lyconnaître qu'il y eût dans les facultés mêmes de notre esprit une cause d'erreur. » Ce qui n'empêche pas Nicole d'avoir composé, c'est H. qui le rappelle, un traité du Prisme, ou que les différentes dispositions font juger différemynent les objets. L'altération de ia pensée de Pascal, par la substitution d'un mot à l'autre, est réelle. Tout au plus pourrait-on alléguer que P. R. a entendu par opinion la manière de voir propre à chaque esprit et le résultat du travail de l'imagination. Le fait d'avoir accolé ensemble opinion et fantaisie aiderait, à la rigueur, à cette interprétation. Admettons toutefois que la correction de P. R. ait été malheureuse : Pascal n'a-t-il pas préparé cette confusion par le renvoi qu'il a fait au livre italien : t DeUa opinione, etc. •
L'opinion dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice, et le bonheur, qui est le tout du monde. Je voudrais de bon cœur voir le livre italien, dont je ne connais que le titre, qui vaut lui seul bien des livres. Délia opinione Regina del mundo. J'y souscris sans le connaître, sauf le mcd s'il y en a.
^ On ne voit presque rien de juste ou d'injuste, qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du Pùle renversent toute la Jurispiudence. Un Méridien décide * de la vérité, ou peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice qu'une rivière ou une montagne borne-! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.
5 L'art de bouleverser' les États est d'ébranler les coutumes établies, en sondant jusque dans leur source, pour y faire Remarquer* le défaut d'autorité et de justice. 11 faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l'État, qu'une coutume injuste a abolies. C'est un jeu sur pour tout perdre. Rien ne sera juste à cette balance. Cependant le peuple prête l'oreille^ à ces discours; il secoue le joug dès qu'il le reconnaît ; et les grands en profitent à sa ruine, et à celle deces curieux examinateurs des coutumes reçues. Mais, par un défaut contraire, les hommes croient
1. « Un méridien décide, etc. » D'après F., ce passage, doil être lu ainsi : « Un méridien décide de la vérité ; en peu d'années de possession, les lois fondamentales changent, etc. » L'éditeur de 1783, le P. André, avait pressenti cette ponctuation. »