ou une moniagne », addition de P. R
3. « L'art de bouleverser, etc. » ; F. : « L'art à.^ fronder, bouleverser, etc. »
4. < ... ^onT y faire remarquer le défaut d'autorité et de justice » ; F. : « pour marquer leur défaut de justice. »
5. i ... le peuple prête l'oreille, etc. » ; F. ajoute ; » aisément ».
pouvoir* faire avec justice tout ce qui n'est pas sans exemple.
î Le plus grand Philosophe du monde, sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher^ à son ordinaire, s'il y a au dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer. Je ne veux pas en rapporter tous les effets. Qui ne sait qu'il y en a à qui^ la vue des chats, des rats, l'écrasement d'un charbon emportent la raison hors des gonds?
5 Ne diriez-Yous pas que ce Magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime, et qu'il juge des choses par leur nature, sans s'arrêter aux vaines circonstances qui ne blessent que l'imagination des faibles ? Voyez-le entrer* dans la place oii il doit rendre la justice. Le voilà prêt à ouir avec une gravité exemplaire. Si l'Avocat vient à paraître, et que la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, et si le hasard
1. «... les hommes croient pouvoir... » ; F. : «... quelquefois... »
2. « ... sur une planche plus large qu'il ne ia.\xt pour marcher à son ordinaire... » Les mots soulignés ajoutés par P. R. »
3. «... qui ne sait qu'il y en a à qui, etc. » Le texte primitif généralise par trop : « ... qui ne sait que la vue des chats... emportent la raison hors des gonds ? »
■i. Dans ce passage, P. R. a, par un sentiment de réserve, substitué le prétoire à l'église et la plaidoirie au sermon. Au lieu de : « Voyezle entrer dans la place où il doit rendre la justice, etc. », il y a dans F. : Voyez-le entrer dans un sermon où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la solidité de la raison par l'ardeur de la charité. Le voilà prêt à l'ouir avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, si le hasard l'a encore barbouillé de surcroît, quelques grandes vérités qu'il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur. »
l'a encore barbouillé, je parie la perte de la gravité du Magistrat.
^ L'esprit du plus grand homme* du monde n'est pas ^i indépendant qu'il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre- qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées : il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez pas s'il ne raisonne pas bien à présent : une mouche bourdonne à ses oreilles, c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec, et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les Royaumes.
î Nous avons un autre principe d'erreur, savoir les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. El si les grandes l'altèrent sensiblement, je ne doute point ({ue les petites n'y fassent impression à proportion.
Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever agréablement les yeux ^. L'affection ou la haine changent la justice*. En effet, combien un Avocat bien payé par avance trouve-t-il plus juste la cau.'ie qu'il plaide? Mais, par une autre bizarrerie de l'esprit humain^.
i. c L'esprit du plus gf^and homme, etc. » ; F. : L'esprit de ce souverain juge du inonde, etc. »
2. « ... par le tnoindre tintamarre, etc. » ; F. : par le premier tintamarre, etc. » A la lin de cet al. il y a dans le texte primitif : « Le plaisant Dieu que voilà ! 0 ridicoloslssimo eroc ! »
3. « ... un mer\'oilleux instrument pour nous crever agréablement les yeux » ; F. : « pour nous crever les yeux agréab'.ement. » P. R. a voulu éviter la rime ; il est sûr qu'il l'a fait, et il est moins sûr qu'il ait enlevé beaucoup de son effet, comme le veut H., à cette alliance originale de mots.
4. « ... l'affection ou la haine changent la justice. » F. ajoute .- « de face n .
5. 0 Mais par une autre biza/rrerie de l'esprit humain », transition ajoutée par P. R.
j'en sais qui pour ne pas tomber dans cet amour-propre ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents.
5 La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop émoussés pour y toucher exactement. S'ils y arrivent, ils en écachent la pointe, et appuient tout au tour, plus sur le faux que sur le vrai.
î Les impressions anciennes ne sont pas seules capables de nous abuser. Les charmes de la nouveauté ont le même pouvoir. De là viennent toutes les disputes des hommes, qui se reprochent ou de suivre les fausses impressions de leur enfance, ou de courir témérairement après les nouvelles.
Qui tient le juste milieu ? Qu'il paraisse et qu'il le prouve. Il n'y a principe, quelque naturel qu'il puisse être, même depuis l'enfance, qu'on ne fasse passer pour une fausse impression soit de l'instruction, soit des sens. Parce, dit-on, que vous avez cru dès l'enfance qu'un coffre était vide lorsque vous n'y voyiez rien, vous avez cru le vide possible : c'est une illusion forte de vos sens, fortifiée par la coutume, qu'il faut que la science corrige. Et les autres disent au contraire : parce qu'on vous a dit dans l'école qu'il n'y a point de vide, on a corrompu votre sens commun, qui le comprenait si nettement avant cette mauvaise impression, qu'il faut corriger en recourant à votre première nature. Qui a donc trompé, les sens ou l'instruction?
î Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien; et le titre par lequel ils le possèdent* n'est dans son
1. t ... et le titre par lequel ils le possèdent, etc. » ; F. : < ... et ils ne sauraient avoir de titre pour montrer qu'ils le possèdent par justice, car ils n'ont que la fantaisie âes hommes, ni force pour, etc. »
origine que la fantaisie de ceux qui ont fait les lois. Ils n'ont aussi aucune force pour le posséder sûrement : mille accidents' le leur ravissent. Il en est de même de la science : la maladie nous l'ôte.
5 L'homme n'est donc qu'un sujet plein d'erreurs ineffaçables sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité : tout l'abuse. Les deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu'ils manquent souvent^ de sincérité, s'abusent réciproquement l'un l'autre. Les sens abusent la raison par de fausses apparences ; et cette même piperie qu'ils lui apportent, ils la reçoivent d'elle à leur tour : elle s'en revanche. Les passions de l'âme troublent les sens, et leur font des impressions fâcheuses^. Ils mentent et se trompent à l'envi.
î Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Dans les enfants, ceux qu'ils ont reçu de la coutume de leurs pères, comme la chaisse dans les animaux.
Une différente coutume donnera d'autres principes naturels. Cela se voit par expérience. Et s'il y en a d'ineffaçables à la coutume, il y en a aussi de la coutume ineffaçables à la nature*. Cela dépend de la disposition.
1. « ... mille accidents le leur ravissent », addition de R. P.
2. c ... outre qu'ils manquent souvent, etc. » ; F.: « ... qu'ils manquent chacun, etc. »