‹ PenséesChapitre 49 sur 73 · Is · texte numérisé non relu

Is

l.Ibid., V, 4.

Les hommes doivent à Dieu de recevoir la Religion qu'il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne pas les induire en erreur.

Or, ils seraient induits en erreur si les faiseurs de miracles annonçaient une fausse doctrine * qui ne parût pas visiblement fausse aux lumières du sens commun, et si un plus grand faiseur de miracles n'avait déjà averti de ne les pas croire.

Ainsi, s'il y avait division dans l'Église, et que les Aryens, par exemple, qui se disaient fondés sur l'Écriture comme les Catholicpies, eussent fait des miracles, et non les Catholiques, on eût été induit en erreur. Car comme un homme qui nous annonce les secrets de Dieu n'est pas digne d'être cru sur son autorité privée, aussi un homme qui pour marque de la communication qu'il a avec Dieu ressuscite les morts, prédit l'avenir, transporte les montagnes^, guérit les maladies, mérite d'être cru, et on est impie* si on ne s'y rend, à moins qu'il ne soit démenti par quelqu'autre qui fasse encore de plus grands miracles.

Mais n'est-il pas dit que Dieu nous tente ? Et ainsi ne nous peut-il pas tenter par des miracles qui semblent porter à la fausseté 5?

Il y a bien de la différence entre tenter et induire en

1. «... si les faiseurs de miracles annonçaient une /iaz^se doctrine etc. » ; fausse Si été ajouté par P. R.

2. « Car comme un homme... n'est pas digne d'être cru sur son autorité privée, etc. » ; F. ajoute : « et que c'est pour cela que les impies en doutent. »

3. 1 ... transporte les 'montagnes... > ; F. : « les mers... »

4 «... et on est impie, etc. > (jusqu'à la fln de l'alinéa; ; F. : « ... il n'y a point d'impie qui ne s'y rende, et l'incrédulité de Pharaon et des Pharisiens est l'e/fet d'un endurcissement surnaturel. ».

5. « Cet alinéa est de P. R. : le paragraphe suivant avait besoin d'un préambule.

erreur. Dieu tente, mais il n'induit point en erreur. Tenter, c'est procurer les occasions* qui n'imposent point de nécessité. Induire en erreur, c'est mettre l'horarae dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté. C'est ce que Dieu ne peut faire, et ce qu'il ferait néanmoins s'il permettait que dans une question obscure il se fit des miracles du côlé de la fausseté.

On doit conclure de là qu'il est impossible qu'un horani'^ cachcint sa mauvaise doctrine et n'en faisant paraître qu'unv bonne, et se disant conforme à Dieu et à l'Eglise, fasse de miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut ; et encore moins que Dieu, qui connaît les cœurs, fasse des miracles en faveur d'une personne de cette sorte -.

• Il y a bien de la différence entre n'être pas pour Jésus- Christ et le dire, ou n'être pas pour Jésus-Christ et feindre d'en être. Les premiers pourraient peut-être faire des miracles, non les autres ; car il est clair des uns qu'ils font contre la vérité, non des autres ; et ainsi les miracles sont plus clairs.

Les miracles discernent donc, aux choses douteuses, entre les peuples Juif et Païen ; Juif et Chrétien ; Catho-

1. «... c'est procurer les occasions qui n'imposent point de nécessité... » ; F. : « ... c'est procurer les occasions qui n'imposent point de nécessité, si on n'aime pas Dieu, on fera une certaAne chose. »

2. Cet alinéa est textuellement dans l'édition F. (t. H, p. 223), avec une note indiquant qu'on ne le trouve ni dans le manuscrit ni dan- Ves copies. La même édition donne, à la page précédente, deux Iragments composant un tout qui ne diffère de cet alinéa que par ce commencement : « Il est impossible par le devoir de Dieu, etc. », au lieu de : a On doit conclure de là qu'il est impossible, etc. », et cette fin: € ... en faveur d'un tel », au lieu de : « en faveur d'une personne de cette sorte. » 11 est probable que ces deux fragments constituent le texte original de ce passage, dont la quasi-identité avec le paragraphe de P. R. a écliappé à F., puisqu'il a accueilli dans son édition les deux versions.

Irque, héréticpie ; calomniés, calomniateurs ; entre les trois croix*.

C'est ce que l'on a vu dans tous les combats de la vérité contre l'erreur, d'Abel contre Gain, de Moïse contre les magiciens de Pharaon, d'Élie contre les faux Prophètes, de Jés0S-Christ contre les Pharisiens, de Saint Paul contre Barjésu, des Apôtres contre les Exorcistes, des Chrétiens contre les infidèles, des Catholiques contre les hérétiques. Et c'est ce qui se verra aussi dans le combat d'Élie et Enoch contre rAntéchrist. Toujours le vrai prévaut en miracles *.

Enfin -^ jamais en la contention du vrai Dieu, ou de la vérité de la Religion, il n'est arrivé de miracle du côté de l'erreur, qu'il n'en soit aussi arrivé de plus grand du côté de la vérité.

Par cette règle, il est clair que les Juifs étaient obligés de croire Jésus-Christ. Jéscs-Christ leur était suspect, mais ses miracles étaient infiniment plus clairs que les soupçons que l'on avait contre lui. Il le fallait donc croire *.

5 Du temps de Jéscs-Christ, les uns croyaient en lui, les

1. « ... entre les trois croix. . . » : F. : t ... entre les deux croix », c'est-à-dire entre la croix de Dieu et celle des criminels. P. R. a vouln, comme le remarque H., serrer de plus près l'histoire sacrée, mais il a affaibli l'idée de discernement I choix).

2. Ce paragraphe est fait de mots jetés sans liaison snr le papier, par Pascal -. t Contestation : Ahel, Gain. Moïse, magiciens, Elie, faux -prophètes, Jéscs-Christ, Pharisiens, Saint -Paul, Barjésa, Apôtres, exorcistes. Les Chrétiens et les infidèles. Les catholiques et les hérétiques. Elie, Enoch, antéchrist, toujours le vrai, etc.

3. « Ce passage avait absolument besoin de la forme que loi a donnée P. R Le texte F. est celui-ci ; « Jamais en la contention du vrai Dieu, de la vérité de la religion, il n'est arrivé miracle du côté di; l'erreur et non de la vérité. »

4. On ne peut rattacher cet alinéa qu'au passage suivant de F. : « Quand onvoit lestniraclcs et docti-ine non suspecte tout ensemble dCun côté, il n'y a pas de difficultés, mais quand on toit les miracles et doctri)ie suspecte d^un 'm^me côté, alors il faiU voir grua est le plus clair. Jéscs-Christ était suspect »

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autres n'y croyaient pas, à cause des prophéties qui disaient que le Messie devait naître en Bethléem, au lieu qu'on croyait que Jésus-Christ était né dans Nazareth. * Mais ils devaient mieux prendre garde s'il n'était pas né en Bethléem : car ses miracles étant convaincants, ces prétendues contradictions - de sa doctrine à l'Écriture et cette obscurité ne les excusait pas, mais les aveuglait.

• Jésus-Christ guérit l'aveugle né et fit quantité de miracles au jour du sabbat : par où il aveuglait les Pharisiens, qui disaient qu'il fallait juger des miracles par la doctrine.

Mais par la même règle qu'on devait croire Jésus-Curist on ne devra point croire l'Antéchrist '.

Jésus-Christ ne parlait ni contre Dieu ni contre Moïse. L'Antéchrist et les faux Prophètes prédits par l'un et l'autre Testament parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui serait ennemi couvert, Dieu ne permettrait pas qu'il fit des miracles ouvertement.

î Moïse a prédit Jésus-Christ et ordonné de le suivre. Jésus-Christ a prédit l'Antéchrist et défendu de le suivre.

• Les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antéchrist, mais les miracles de l'Antéchrist sont prédits par Jésus-Christ. Et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur, mais on n'y saurait être induit * avec raison par les miracles de l'Antéchrist, Et

i. « ...au lieu qu'on croyait que J.-C. était né dans Nazareth », addition de P. R.

2.8... ces prétendues contradictions de sa doctrine à l'Ecriture et cette obscurité, etc. ^ ¥. -. * Ils devaient bien s'assurer de ces prétendues contradictions, etc. ».

3. Cet al. a été ajouté par P. R. pour servir de préambule au suivant.

4. « ... mais on n'y saurait être itiduit avec raison, etc. »> ; F. : • ... mais l'antechrist ne peut Men (c'est-à-dire ô juste titre) niduire en erreur ». La phrase suivante: « Et c'est pourquoi les miracles, etc. », est de P. R.

c'est pourquoi les miracles de l'Antéchrist ne nuisent point à ceux de Jésus-Christ. Aussi, quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antéchrist, a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles "?

5 II n'y a nulle raison de croire à l'Antéchrist qui ne soit à croire en Jésus-Christ * ; mais il y en a à croire en Jésus- Christ, qui ne sont pas à croire à l'Antéchrist.

• Les miracles ont servi à la fondation et serviront à la continuation de l'Église jusqu'à l'Antéchrist, jusqu'à la fin.

G'e^t pourquoi Dieu-, afin de conserver cette preuve à son Église, ou il a confondu les faux miracles, ou il les a prédits. Et par l'un et l'autre il s'est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard, et nous y a élevés nousmêmes.

Il en arrivera de même à l'avenir : ou Dieu ne permettra pas de faux miracles, ou il en procurera de plus grands^.

Car les miracles ont une telle force qu'il a fallu que Dieu ait averti qu'on n'y pensait point quand ils seraient contre lui, tout clair qu'il soit qu'il y a un Dieu ; sans quoi ils eussent été capables de troubler.

Et ainsi tant s'en faut que ces passages du xiii« chap. du Deutéronome, qui portent qu'il ne faut point croire ni écouter ceux qui feront des miracles et qui détourneront du service de Dieu, et celui de S. Marc : Il s'élèvera de faux Christs et de faux Prophètes qui feront des prodiges et

1. c ... mais il y en a à croire en J.-C. qui ne sont point à croire à l'Antéchrist. » ; F. : « . . . mais il y en a en J.-G. qui ne sont pas en l'autre t.

i. c Cest pourqitoi Dieu, etc. » ; F. donne simplement le dilemme : • Ou Dien a confondu... ou, etc. » L'incidence « afin de consei^er, etc. » est de P. R.

3. Cet al. paraît être également une addition de P. R., ainsi que le car qui commence l'alinéa suivant.

des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possible, les éliis mêmes *, et quelques autres semblables, fassent contre l'autorité des miracles, que ritn n'en marque davantage la force '.

5 Ce qui fait qu'on ne croit pas les vrais miracles, c'est le défaut de charité : Vous ne croyez pas, dit Jésus-Christ parlant aux Juifs, parce que vous n'êtes pas de mes brebis ^ Ce qui fait croire les faux, c'est le défaut de charité : Eo quod charitatem veritatis non receperunt ut salvi fièrent, ideo mittet illis Deus operationem erroris, ut credant mendacio *.

Lorsque j'ai considéré d'où vient qu'on ajoute tant de foi à tant d'imposteurs qui disent qu'ils ont des remèdes, jusqu'à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause est qu'il y a de vrais remèdes : car il ne serait pas possible qu'il y en eût tant de faux, et qu'on y donnât tant de créance, s'il n'y en avait de véritables. Si jamais il n'y en avait eu et que tous les maux eussent été incurables, il est impossible que les hommes se fussent imaginés qu'ils en pourraient donner, et encore plus que tant d'autres eussent donné créance à ceux qui se fussent vantés d'en avoir. De même que si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu'il n'y a aucun exemple de cela. Mais comme il y a eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des

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