de rendre sa joie pleine en nons. » Jea/n, XVI
nous laissons donc pas abattre à la tristesse, etne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfactions qu'elle en remplit et l'entrée, et le progrès et le couronnement. C'est une lumière si éclatante qu'elle rejaillit sur tout ce qui lui appartient. S'il y a quelque tristesse mêlée, et surtout à l'entrée, c'est de nous qu'elle vient, et non pas de la vertu ; car ce n'est pas l'effet de la piété qui commence d'être en nous, mais de
h l'impiété qui y est encore : ôtons l'impiété, et la joie sera sans mélange. Ne nous en prenons donc pas à la dévotion, Biais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction.
i 5 Le passé ne nous doit point embarrasser, puisqpie nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes. Mais l'avenir nous doit encore moins toucher, puisqu'il n'est point du tout à notre égard, et que nous n'y arriverons peut-être jamais. Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous, et dont nous devons user selon Dieu. C'est là où nos pensées^ doivent être principalement rapportées. Cependant le monde est si inquiet qu'on ne pense presque jamais à la vie présente et à l'instant où l'on vit, mais à celui où l'on vivra. De sorte qu'on est toujours en état de vivre à l'avenir, et jamais de vivre maintenant. Notre Seigneur n'a pas voulu que notre prévoyance s'étendit plus loin que le jour où nous sommes. Ce sont les bornes^ qu'il nous fait garder, et pour notre salut, et pour notre propre repos.
1. « C'est là où nos pensées doivent être principalement rapportées » ; F. : « comptées. »
2. « Ce sont les bornes qu'il noies fait garder » ; F..- « ... qu'il faut garder. » D'après Cousin {Des Pensées, etc., p. 355), le texte du manuscrit de l'Oratoire est ; « ... qu'il fait garder. »
« On se corrige quelquefois mieux par la vue du mal que par l'exemple du bien; et il est bon de s'accoutumer à profiter du mal, puisqu'il est si ordinaire, au lieu que le bien est si rare.
5 Dans le 13' chapitre de S. Marc, Jésus-Christ fait un grand discours à ses Apôtres sur son dernier avènement. Et comme tout ce qui arrive à l'Église arrive aussi à chaque Chrétien en particulier, il est certain que tout ce chapitre prédit aussi bien l'état de chaque personne qui en se convertissant détruit le vieil homme en elle, que l'état de l'univers entier qui sera détruit pour faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre, comme dit l'Écriture*. La prédiction qui y est contenue de la ruine du temple réprouvé, qui figure la ruine de l'homme réprouvé, qui est en chacun de nous, et dont il est dit qu'il ne sera laissé pierre sur pierre, marque qu'il ne doit être laissé aucune passion du ^ieil homme. Et ces effroyables guerres civiles et domestiques représentent si bien le trouble intérieur que sentent ceux qui se donnent à Dieu, qu'il n'y a rien de mieux peint, etc.
î Le Saint Esprit repose invisiblement dans les reliques de ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu, jusqu'à ce qu'il y paraisse visiblement dans la résurrection; et c'est ce qui rend les reliques des Saints si dignes de vénération. Car Dieu n'abandonne jamais les siens, non pas même dans le sépulcre, où leurs corps, quoique morts aux yeux des hommes, sont plus vivants devant Dieu, à cause que le péché n'y est plus, au lieu qu'il y réside toujours durant cette vie, au moins quant à sa racine, car les fruits du péché n'y sont pas toujours. Et cette malheureuse racine, qui en est inséparable pendant la vie, fait qu'il n'est pas permis de les
i. < ... comme dit l'Ecritare. » H. Pierre, III, 13.
honorer alors, puisqu'ils sont plutôt dignes d'être haïs. C'est pour cela que la mort est nécessaire pour mortifier entièrement cette malheureuse racine, et c'est ce qui la rend souhaitable.
î Les élus ignoreront leurs vertus et les réprouvés leur crimes * : Seigneur, diront les uns et les autres, quand vous avons-nous vu avoir faim ? etc. ^ '
5 Jésus-Christ n'a point voulu du témoignage des démons, ni de ceux qui n'avaient pas vocation, mais de Dieu et de Jean-Baptiste.
* En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois ; mais cela me fait souvenir de ma faiblesse que j'oublie à toute heure : ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tends qu'à connaître mon néant.
^ Les défauts de Montagne sont grands. Il est plein de mots sales et déshonnétes^. Cela ne vaut rien*. Ses sentiments sur l'homicide volontaire et sur la mort sont horribles. Il inspire une nonchalance du salut, sans crainte et sans repentir. Son livre n'étant point fait pour porter à la
1. « ... et les réprouvés leurs crimes « : F. : «... la grandeur de leurs crimes. » P. R. a ajouté dans cet al. « diront les uns et les autres. »