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quelques années, el d'en tirer quelque chose d'utile, d'édifiant, de digne d'être offert à l'Église d'alors et aux fidèles, lia volume enlin qui puisse être montré aux amis et aux ennemis. On forme un comité d'amis; le duc de Roanni est le plus zélé pour la mémoire de son cher Pascal, mais il ne prend rien sur lui, quoiqu'on ait pu dire*, et c'est M. Arnauld, c'est M. Nicole et autres experts qui tiennent le dé. La famille Périer était bien d'avis de retrancher, de modifier le moins possible : l'intérêt de famille se trouvait d'accord en ce cas avec l'intérêt littéraire (ce qui est rare) ; mais il y avait d'autre part des considérations puissantes, invincibles : les approbateurs à satisfaire, l'archevêque à ménager, la Paix de VÉglise à respecter loyalement. C'est merveille, en vérité, qu'entre tous ces écueils, en présence de cette masse de papiers très peu lisibles, de ces pensées souvent incohérentes, souvent scabreuses, on ait, du premier coup, tiré un petit volume si net, si lumineux, si complet d'apparence, et qui, même avec une ou deux bévues (pour ne rien celer), triompha si incontestablement auprès de tous. On a beau dire, après coup, sur l'exactitude littéraire, il y avait ici une question de fidélité bien autrement grave et qui dominait tout, et cette fidélité fut respectée des premiers éditeurs. Oui, l'esprit qui présida à celte première édition fut, je ne crains pas de le proclamer (et tout ce qui s'est passé à l'occasion de la dernière vient assez hautement à l'appui), fut, dis-je, un esprit de discrétion, de respect, de ménagement et d'édification pour les lecteurs, etc. » Sainte- Beuve ajoute un peu plus loin : « J'ai peine à me figurer, je
1. Ceci est à l'adresse de Cousin qui, dans son Rapport, s'elTorct de mettre à l'abri du reproche Arnauld et les autres docteurs et de rejeter sur le duc de Roannez toutes les erreurs quf ont pu être commises.
l'avoue, l'édition d'aujourd'hui (Faugère) si excellente philologiquement, si bien telle que nous la réclamons, avec ses phrases saccadées, interrompues et ce jet de la pensée à tout moment brisé, j'ai peine à me la figurer naissant en janvier i670, en cette époque régulière, respectueuse et qui n'avait pas pour habitude de saisir et d'admirer ainsi ses grands hommes dans leur déshabillé, ses grands écrivains jusque dans leurs ratures. Ce n'eût été, à simple vue, qu'un cri universel de réprobation, un long sifflet, si on l'avait osé : t Mais, quoi ? aurait-on dit de toutes parts à « MM. Arnauld et Nicole, quoi ? se peut-il que vous ayez « permis une telle profanation du nom et de la mémoire de « votre ami ? etc. s
Tel dut être, en effet, le raisonnement des amis de Pascal, celui qui inspirait à Brienne la lettre adressée à M™' Périer et que nous avons citée plus haut. Rappelons aussi qu'il n'y avait pas seulement dans leur fait une question de convenances littéraires et religieuses. Le parti était trop sur^'eillé pour se risquer autrement qu'à bon escient ; nous avons vu Amauld toucher cette corde dans une lettre à M"" Périer. Tout se réunit donc pour innocenter Port-Royal. Il reste à examiner si son édition, bonne pour le temps, a perdu pour le nôtre toute espèce de valeur. Écartons d'abord la question du plan primitif à ressaisir, puisque tous les éditeurs ont passé à côté, et que même M. Havct, juge si compétent, a nié jusqu'à son existence. Si l'on nous accorde cette impossibilité de reconstruire les divisions du livre, que deviennent, du même coup, les reproches d'interversion de tels ou tels chapitres, de tels ou tels fragments de chapitres? Sous ce rapport, et sans entrer dans les détails de Vaccusation, que l'on veuille bien comparer l'édition de 1670 avec les éditions modernes et nous dire laquelle offre, à la lecture, le plus de suite et mérite mieux les termes, employés
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pai- Sainte-Beuve, de net et de lumineux. Quant aux autres griefe contre l'édition de Port-Royal, ils peuvent se résumer sous deux chefs principaux : suppressions et altérations. Nous demandons la permission d'en dire un mot.
Les lacunes de l'édition de Port-Royal peuvent être considérées par rapport aux éditions qui l'ont suivie, mais qui sont antérieures à la publication de M, Faugère, ou par rapport à l'édition Faugère elle-même. Nous n'entreprendrons pas de noter les différences qui existent entre l'édition de Port-Royal et celle de Bossut. Ce travail peut être fait par les lecteurs qui prendront la peine de comparer les deux textes, dont le dernier se résume, avec les additions Renouard et Lefèvre, dans le volume publié par MM. Didot en 1843 et réimprimé en 1866. Nous ferons remarquer seulement que les excuses à alléguer en faveur de Port- Royal sont de plus d'une sorte. Quelcpiefois, comme dans le chapitre II (voir l'art, iv, 2' partie, de l'édition Didot), on a éliminé un résumé qui a semblé peu utile, ou, comme dans le chapitre VII (voir l'art, m, 2* partie, même édition), un préambule qui se trouvait suppléé dans le courant du chapitre. D'autres suppressions portent sur des passages que leur concision rendait susceptibles d'une fausse interprétation. C'est cette raison qui a fait supprimer un paragraphe où Pascal paraissait douter de la justice d'après la loi naturelle, non pas seulement de la justice des homrnes, de la justice-vertu, mais de la justice gux jus est; nous
empruntons les termes d'Arnauld, qui écrivit à M"« Périer, sur ce sujet, une lettre que l'on trouvera dans le Port-Royal de Sainte-Beuve '. Une raison analogue a fait également omettre toutes les pensées relatives au miracle de la Sainte- Épine et à la polémique qui s'y rattache, pensées dont une partie, du reste, serait mieux à sa place dans les Provinciales. M. Frantin, dans son édition, s'est rendu coupable de la même omission, que M. Faugère lui a vivement reprochée ^, en ayant soin de faire remarquer que Bossut n'avait pas eu le même scrupule, quoiqu'il fut abbé (I)
Dans cet ordre d'idées, comme dans tout ce qui touche à la question de justice dont nous avons parlé, la plus grande prudence était, à tous les points de vue, commandée. De même, quelques passages où les rois et les magistrats étaient en scène oi.t été omis par Port-Royal ; mais on peut dire à sa décharge qu'il n'a fait aucun retranchement qui pût aflFaiblir l'argumentation générale. Là est sa justification, s'il en est une possible quand il s'agit d'un texte tel que celui de Pascal.
Par suite du nouvel ordre de matières adopté dans l'édition Faugère, il devient plus difficile de signaler les lacunes de Port-Royal par rapport à cette publication, en prenant pour base de comparaison les chapitres de l'édition de 1670. Nous allons cependant jeter un coup d'œil sur l'édition Faugère, non pas pour relever les passages inédits, ce que tout le monde peut faire puisqu'ils sont marqués d'un astérisque, mais en prenant quelques-uns d'entre eux, pour nous demander s'il était bien nécessaire de les tirer de l'oubli où les avaient laissés les précédents éditeurs. L'édition Faugère
i. Tome 11, 2* édition, page 2U.