libido dominandi. » I. Joan., II
terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent. Heureux ceux qui étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés, mais immobileraent afl"ermis; no^ pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre, dont ils ne se relèvent jamais avant la lumière, mais après s'y être reposés en paix, tendent la main à celui qui les doit relever, pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem, où ils n'auront plus à craindre les attaques de l'orgueil*, et qui pleurent cependant, non pas de voir écouler toutes les choses périssables-, mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, après laquelle ils soupirent sans cesse dans la longueur de leur exil-''.
î Un miracle, dit-on, affermirait ma créance. On parle ainsi quand on ne le voit pas. Les raisons qui, étant vues de loin, semblent borner notre vue, ne la bornent plus quand on y est arrivé*. On commence à voir au delà. Rien n'arrête la volubilité de notre esprit. Il n'y a point, dit-on, de règle qui n'ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par où elle manque. 11 suffit qu'elle ne soit pas absolument universelle, pour nous donner prétexte^ d'appliquer l'exception au sujet présent, et de dire : cela n'est pas toujours vrai, donc il y a des cas où cela
i. i ... où ils n'auront plus à craindre les attaques de l'orgueil. » ; F. : a ... OÙ l'orgueil ne pourra plus les combattre et les abattre. »
2. «... toutes les choses périssables. » ; F. ajoute : « Qtte les torrents entraînent. »
3. « ... après laquelle ils soupirent sans cesse. » ; F. : dont ils se souviennent sans cesse. »
4. « ...ne la bornent plus, etc. », addition de P. R. Le texte primitif de cette phrase se terminait par des points après « semblent borner notre vue. »
5. t ... pour nous donner prétea;te... » ; F. : «... pour nous donner sujet. . . »
n'est pas. Il ne reste plus qu'à montrer que celui-ci en est, et il faut être bien maladroit* si on n'y trouve quelque jour.
5 La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire qa« Jésus-Christ, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit venu que pour mettre la figure de la charité et pour en ôter la réalité qui était auparavant, cela est horrible.
5 Le cœur a ses raison» que la raison ne connaît point. \ On le sent en mille choses*. C'est le cœur qui sent Dieu, et ; non la raison. Voilà ce que c'est que la foi parfaite', Diea sensible au cœur*.
î La science des choses extérieures ne nous^ consolera pas de l'ignorance de la morale au temps de l'affliction ; mais la science des mœurs nous consolera toujours de l'ignorance des choses extérieures*.
1. « ... et t7 faut être bien maladroit si, etc. > ; F. : « ... ^Xc'est i quoi on est bien maladroit ou bien malheureux si, etc. »
2. « On le sent en mille choses » ; F. : t On ic sait, etc. >
3. • Voilà ce que c'est que la foi parfaite... » Ce dernier mot a été ajouté par P. R., et au dernier moment, car il nous est donné par Verrata de l'édition de 1670. »
4. • Dieu sensible au cœur. » ; P. ajoute : t non à la raison ». P. R. a eu un vif sentiment de l'éloquerce en supprimant ces derniers mots. C'est par une inspiration semblable qu'il a également allégé le texte primitif d'une longue ptirase incidente. Ce trait : « Dieu sensible au cœur* a été cité par M'* deSévigné, qui renvoie il » M. Pascal », et c'est donc a tort que M. l'abbé Maynard (Pascal, sa vie, etc.. t. Il, p. ai] avance que M"* de Sévigné n'a jamais cité les Pensées. H. fait rcmarijuer que jusqu'à l'édition Hacliette des Lettres, cette citation avait été étrangement déligurée. On faisait îlire à M"* de Sévigné : « Vous en avez fait un sacrilice bien sensible au cœur », au lieu de : « Vous en avez fait un sacrilice. Dieu, etc. »
5. Dans ce passage, P. R. a substitué le nous an me du texte primitif. « ... au temps de ^'affliction, etc. » ; F. : « au temps d'alflietion, etc. »
6. < ... l'ignorance des ehoses exlérieares. . . » F. .- « ... des sciencet extérieures... »
5 L'homme est ainsi fait, qu'à force de lui dire qu'il e« un sot, il le croi*; et à force de se le dire à soi-même, on si le lait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure qu'il importe de bien régler, corrumpunt bonos more/i colloquia prava^. 11 faut se tenir en silence autant qu'on peut et ne s'entretenir* que de Dieu; et ainsi, on se le persuade à soi-même.
f Quelle différence entre un soldat et un Chartreux quant à l'obéissance ? Car ils sont également obéissants et dépendants, et dans des exercices également pénibles. Mais le soldat espère toujours devenir maître et ne le devient jamais, car les capitaines et les princes mêmes sontloujour» esclaves et dépendants.. Mais il espère toujours l'indépendance et travaille toujours à y venir, au lieu que le Chartreux fait vœu de n'être jamais indépendant. Ils ne diffèrent p£»s dans la servitude pe-pétuelle, que tous deux ont toujours, mais dans l'espérance, que l'un a toujours et que l'autre n'a pas^.
% La propre volonté ne se satisferait jamais* quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite. Mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Avec elle on ne peut être que mal content: sans elle on ne peut être que content.
î II est injuste qu'on s'attache à nous 5, quoiqu'on le fasse
1. « corrumpunt bonos ^nores colloquia pra/va t (mala d'après la Vulgate) L Cor. XV, 33.
2. «... et ne s'entretenir que de Dieu... t ; F. ajoute : « qu'on sait être la vérité. »
3. « ... et çue l'autre n'a pas » ; F. : «... et Vautre jamais. »
4. « La propre volonté ne se satisferait jamais... » ; F. : « Lft volonté propre ne se satisfera jamais. . . » A la suite : « quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite d ; F. : quand elle aurait pouvoir de tout ce qu'elle v-e.ut. » La dernière phrase de cet al. dans l'éd. F. est celle-ci : <■ Sans elle, on ne peut être malconlent, par elle on ne peut être content. »
5. Dans ce passage, P. R. a encore substitué le twus a.u je -. « Nous tromperons, etc. * ; F. : » Je tromperais, etc. >
avec plaisir et volontairement. Nous tromperons ceux à qui nous en ferons naître le désir, car nous ne sommes la fin de personne et nous n'avons pas de quoi les satisfaire : ne sommes-nous pas prêts à mourir*? Et ainsi l'objet de leur attachement mourrait. Comme nous serions capables de faire croire une fausseté, quoique nous la persuadassions doucement et qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on nous fît plaisir, de même nous sommes coupables si nous nous faisons aimer et si nous attirons les gens à s'attacher à nous. Nous devons avertir ceux qui seraient prêts à consentir au mensonge qu'ils ne le doivent pas croire, quelqu'avantage qui nous en revint. De même nous les devons avertir qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous : car il faut qu'ils passent leur vie à plaire à Dieu*, ou à le chercher.
5 C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités et dans les cérémonies ; mais c'est tire superbe de ne vouloir pas s'y soumettre.
* Toutes les Religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls Chrétiens ont été astreints à prendre leurs règles hors d'eux-mêmes et à s'informer de celles que Jéscs-Christ a laissées aux anciens pour nous être transmises^. Il y a des gens que cette contrainte lasse. Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C'est en vain que nous leur crions, comme les Prophètes faisaient*
1. « Ne sommes-nous liaspréts à mourir? » Le P. André (1783) suppose que Pascal a voulu dire « près de mourir. >
S. « ... il faut qu'ils passent leur vie à plaire à Dieu. » ; P. : • ... leur vie et leurs soUis à plaire, etc. »
3. « ... pour notes être transmises » ; F. : « pour être transmises aiuv fidèles. »
4. « ... comme les prophètes faisaient, etc. » ; F. .- « ... disaient... » L'endroit cité est de Jérémxe, Vi, 16.
autrefois aux Juifs : Allez au milieu de l'Eglise, informezvous des lois que les anciens lui ont laissées, et suivez ses sentiers. Ils répondent comme les Juifs : Nous n'y marcherons pas; nous voulons suivre les pensées^ de notre cœur et être comme les autres peuples.
^ Il y a trois moyens de croire, la raison, la coutume et l'inspiration. La Religion Chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration. Ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume : au contraire, il faut ouvrir son esprit aux preuves par la raison* et s'y confirmer par la coutume; mais elle veut qu'on 3 s'offre par l'humiliation aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : ne evacuetur crux Christi.
5 Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par un faux principe de conscience*.
î Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les Rois, ont été esclaves du péché ; et les Chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets, sont les enfants libres.
5 Est-ce courage à un homme mourant d'aller, dans la faiblesse et dans l'agonie, affronter un Dieu tout puissant et éternel ?
î Je crois volontiers^ les histoires dont les témoins se font égorger.
1. t ... nous voulons suivre les pensées de notre cœur, et être comme, etc. »; F. : « ... mais nous suivrons les pensées de notre cœur, et ils ont dit ■ nous serons comme, etc. » I. Rois, VIIJ, 20.
2. 6 ... il faut onvn'r son esprit aux preuves par la raison. » Ces derniers mots ajoutés par P. R.
3. € ... mais elle veut qu'on s'offre par l'humiliation, etc. » ; P. : « ... mais s'offrir par, etc. >
4. « ... par un faux principe de conscience. » ; F. -.*... par con*- «ence. >
5. € Je crois volontiers, etc. t -. f. * ie ne crois qu^, et».
5 La bonne crainte rient de la foi, la fausse crainte rient du doute. La bonne crainte porte* à l'espérance, pairce qu'elle naît de la foi et qu'on espère au Dieu que l'on croit ; la mauvaise porte au désespoir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a pas de foi. Les uns craignent do le perdre, et les autres de le trouver.
î Salomon et Job ont le mieux connu la misère de l'homme^ et en ont le mieux parlé; Vun le plus heureux des hommes^, et l'autre le plus malheureux ; l'un connaissant la vanité des plaisirs par expérience, l'autre la réaUté des maux.
« Dieu n'entend pas* que nous soumettions notre croyance V, à lui sans raison et nous assujettir avec tyrannie ; mais il ne i prétend pas aussi nous rendre raison de toutes choses. Et l\ pour accorder ces contrariétés, il entend nous faire voir clairement ' des marques divines en lui qui nous convainquent de ce qu'il est, et, s'attirer autorité par des men-eilles et des preuves que nous ne puissions refuser, et qu'ensuite nous croyions sans hésiter" les choses qu'il nous enseigne, quand nous n'y trouverons d'autre raison de las refuser sinon que nous ne pouvons par nous-même connaître si elles sont ou non.
1. € La bonne crainte porte à l'espérance... la mauvaise porte au désespoir. » ; F. : « La bonne crainte j'oinie à l'espérance... la mauvaise jointe au, etc. •
2. • ... ont le mieux connu la misère de Ihomme et en ont le mieux parlé... » ; F. : « ... ont le mieux connu et le mieux parlé ds la misère de l'homme. »
3. « ... l'un le plus heureux des hommes... » : des hommes ajouté parP.R.
4. Dans le texte primitif, c'est Dieu lui-même qui parle : « Je n'entends pas que vous soumettiez, etc. »
5. « ... il entend nous faire voir clairement, etc. > ; F. ajoute : « par des preuves convaincantes. •
«. « ... nous croyions sans hésiter... » ; F. : « sûrement ».
^ Il n'y a que trois sortes de personnes : les unes qui ser- Tent Dieu, l'ayant irouvé; les autres qui s'emploient à le chercher, ne l'ayant pas encore trouvé ; et d'autres enfin qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux. Les derniers sont fous et malheureux. Ceux du miUeu sont malheureux et raisonnables.
• La raison agit avec lenteur et avec tant de mes et de principes différents qu'elle doit avoir toujours présents* qu'à toute heure elle s"assoupit ou elle s'égare, faute de les voir tous à la fois*. Il n'en est pas ainsi du siintiment. Il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc, après avoir connu la vérité^ par la raison, de tâcher de la sentir et de mettre notre foi dans le sentiment du cœur ; autrement elle sera toujours incertaine et chancelante.
î II est de l'essence de Dieu que sa justice soit infinie aussi bien que sa miséricorde*. Cependant sa justice et sa sévérité envers les réprouvés est encore moins étonnante que sa miséricorde envers les élus.
1. t ... et de principes différents qu'elle doit avoir toujours pré sents. » ; F. : € ... sur tant de principes lesquels il faut qu'ils [qui] soient toujours présents. »
2. « ... ou elle s'égare faute de les voir tous à la fois «; F. : «... et s'égare, manque d'avoir tous ses principes présents. » A la suite : « Il n'en est pas ainsi du sentiment. » ; F. : « Le sentiment n'agit pas ainsi. >
3. « Il faut donc avoir connu la vérité, etc. » (jusqu'à la fin ducljas pitre); l'éd. F. donne seulement ceci : « II faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante. »
4. Voici le texte primitif de cette pensée tel que le donne V. -. i II faut que la justice de Dici; soit énorme comme sa miséricorde. Or, la justice envers les réprouvés est moins énorme et doit moins choquer que la miséricorde envers les élus. »
Pensées Morales.
Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre eux qui sont sortis de l'ignorance naturelle et n'ont pu arriver à l'autre ont quelque teinture de cette science suffisante et font les entendus. Ceux-là troublent le monde et jugent plus mal de tout que les autres*. Le peuple et les habiles composent pour l'ordinaire* le train du monde. Les autres le méprisent et en sont méprisés.
î Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par une pensée plus relevée^. Certains zélés qui n'ont pas
1. t ... et jugent plies mal de tout que les autres » ; les mots souli' gnés ont été ajoutés par P. R.
S. « Le peuple et les habiles composent pour l'ordinaire » ; ces deux derniers mots ajoutés par P. K.
3. « ... par une pensée plus relevée » ; F. .- « ... par la pensée de derrière. » A la suite : « Certaiyis zélés qui n'ont pas grande connaissance... » ; F. : « Les dévots qui ont plus de zèle que de science.... » H. se plaint, dans ses remarques sur ce paragraplic (t. I, p. 661, que P. R. ait mis ■ t certains sëlés dévois • pour ne pas exposer le mot de dévots au mépris des gens du monde, à l'exemple de La Bruyère qui ne manque jamais de spécifier en marge qu'il s'agit de faux dévots P. R. est encore plus coupable, si culpabilité U ya, puisqu'il a même éliminé le mot dévots.
grande connaissance les méprisent, malgré cette considéra^ tion qui les fait honorer par los habiles, parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les Chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu'on a de lumière.
5 L'âme aime la main' ; et la main, si elle avait une volonté, devrait s'aimer de la même sorte que l'âme l'aime. Tout amour qui va au delà est injuste.
Qui adhxrel Domino unus spirilus est*. On s'aime parce qu'on est membre de Jésus-Christ. On aime Jésus-Curist parce qu'il est le chef du corps dont on est membre. Tout est un, l'un est en l'autre. Si les pieds et les mains avaient une volonté particulière, jamais ils ne seraient dans leur ordre qu'en soumettant cette volonté particulière à la volonté première qui gouverne le corps entier. Hors de là ils sont dans le désordre et dans le malheur. Mais en ne roulant que le bien du corps ils font leur propre bien.
5 La concupiscence et la force sont les sources de toutes nos actions purement humaines^. La concupiscence fait lej volontaires, la force les involontaires.
î D'où vient qu'un boiteux* ne nous irrite pas, et qu'un esprit boiteux nous irrite ? C'est à cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons. Sans cela nous en aurions plus de pitié que de colère.
1. i Vâme airac la main, etû. • De mémo dans F., l'édition H donne : « Le corps aime, ete^ »