Tome I, page
de même nature, celle-là ne suflil-elle pas pour montrer à quelles incertitudes ce genre d'exhumations livre l'esprit '?
A la suite de ce chapitre, l'édition Faugère contient des fragments étrangers aux PenséeSy tel que Vécrit trouvé dans l'habit de Pascal après sa mort et sa Profession de foi (sur la pauvreté). L'article suivant (Pensées sur Véloquenceet le style) contient beaucoup moins de passages inédits ; plusieurs ne sont que des premières ébauches de pensées achevées depuis. Par exemple, dans ce passage : c II faut qu'on n'en puisse [dire], ni il est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent, mais il est honnête homme, etc., > on reconnaît cette pensée du chap. XXIX de Port-Royal (Pensées morales) . «... Mais les vrais honnêtes gens ne veulent point d'enseigne, etc. « Le chapitre suivant (Pensées et notes relatives aux Jésuites^ aux Jansénistes et aux Provinciales) appartient plutôt, éùnsi qu'une partie du suivant (sur le Pape et l'Église)^ à l'histoire des Provinciales. Pas plus que le chapitre qui clôt le premier volume de l'édition Faugère (Conversation de Pascal), il ne devait nécess6iirement figurer dans un recueil des Pensées.
Le deuxième volume de cette édition contient, sous le titre de : Fragments d'une apologie du christianisme, ou Pensées sur la Religio7i, tout ce qui, dans les notes de Pascal, se rapporte directement à ce sujet. M. Faugère, s'inspirant du plaoi indiqué par la préface d'Etienne Périer, a divisé cette apologie en deux parties, dont la première, intitulée : Misère de Vhommc sans Dieu, ou que la nature est corrompue par la nature même, comprend en quatre chapitres tout ce qui a rapport à l'homme, c'est-à-dire le divertissement, les puissancei trompeuses, la disproportion de l'homme, sa grandeur et sa misère, et les systèmes des philosophes. La deuxième partie . Félicité de l'homme avec Dieu, ou qu'il y a un réparateur par l'Écriture, contient dix chapitres, tous traitant directement de la rehgion, de sa nécessité, de ses caractères
et àe ses preuves, sauf une partie du chap. V (Des Miracles), qui est toute -de polémique janséniste, et le chapitre dernier dans lequel J\L Faugère a réuni, «ous Je titre d'Ordre, |)Iusieurs notes de Pascal indiquant des divisions secondaires restées à l'état, de projet. En tête de ce volume, l'éditeur a mis, comme préface générale, le fragment qui dans l'édition de Porlr-Royal est intitulé : Contre Vindifférence des athées. Ce que nous avons dit du premier volume est applicable au second, et si nous ne craignions de fatiguer le lecteur, les exemples ne nous manqueraient pas; nous nous contenterons encore de quelques-uns. Ce sont des phrases énigmatiques comme celle-ci : « Parler de ceux qui ont traité de la connaissance de soi-même; des divisions de Charron qui attristent et ennuient ; de la confusion de Montagne (Montaigne) ; qu'il avait bien senti le défaut du droit de méthode, etc. » L'éditeur a été réduit à se demander en note si, dans ce fragment qui est un de ceux dictés par Pascal à une main inexpérimentée, on doit entendre, par les derniers mots, la ligne droite que suit la méthode, ou si plutôt Pascal n'a pas dicté : « ... le défaut d'une droite méthode. » Un grand nombre de passages barrés ; des pensées interrompues ; même des mots inachevés a nature ne p..., » (p. 75); des phrases que l'éditeur avoue être inintelligibles, telle que celle-ci (p. 74) : « Que me promettez-vous enfin sinon dix ans d'amour-propre à bien essayer de plaire sans y réussir, outre les peines, car dix ans c'est le parti ? » ; des brouillons de pensées qu'on trouve achevées un peu plus loin ; des citations de Montaigne, sans qu'on sache bien si Pascal voulait s'en prévaloir on les réfuter ^ ; des extraits d'auteurs anciens,
i. « 11 fallait même faire un triaige et ne point employer tous ces petits papiers écrits, dont qnelques-nns étaient de fausses pensées de Montagne que M. Pascal ne pensait pas sans doute adopter. » Extrait de l'Histoire de Port-Royal (par l'abbé Besoignej, 1762, t. VI, p. 43.
ecclésiastiques ou profanes ; de longs passages de rÉcriture en latin ou traduits littéralement, tout cela, très intéressant pour l'étude du génie de Pascal, forme néanmoins une lecture on ne peut plus pénible et plaide, à notre sens, victorieusement en faveur des éditions qui ont adopté le principe du triage. Voilà pour les suppressions : Quant aux modifications (altérations si l'on veut) du texte, on les trouvera indiquées dans nos variantes et notes. Là on pourra se convaincre que Port-Royal a rectifié plus de phrases mal construites, supprimé plus d'anachronismes et élucidé plus de pensées obscures qu'il n'a affaibli d'expressions fortes et dénaturé de conceptions originales.
Un axiome de Joseph de Maistre, rappelé par M. l'abbé Maynard* : « Tout ce qu'un homme écrit n'est pas avoué par lui, ni destiné à l'impression » en dit plus pour la justification de Port-Royal que tous les développements dans lesquels nous sommes entrés. Il est hors de doute qpie s'il avaùt vécu et pu mener à fin l'oeuvre entreprise, Pascal eût fait un choix dans les matériaux qu'il avait accumulés, et supprimé ou remplacé un certain nombre des fragments qui sont venus jusqu'à nous. Si l'on admet la légitimité, mieux que cela, la nécessité d'un pareil travail, on conviendra en même temps qu'à défaut du maître personne n'était mieux placé