‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 11 sur 72 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Toutes les belles paroles sont susceptibles de plus d'une signification, Quand un beau mot présente un sens plus beau que eelui de Tauleur, il faut l'adopter.

Il faut que les mots se détachent bien du papier; c'est-à-dire qu'ils s'attachent facilement à l'attention, à la mémoire; qu'ils soient commodes à citer et à déplacer.

Les mots liquides et coulants sont les plus beaux cl les meilleurs, si l'on considère le langage comme une musique; mais si on le considère comme une peinture , il y a des mois rades qui sont fort bons , car ils fonl trait.

Les hommes qui n'ont que des pensées communes et de plates cervelles, ne doivent employer que les mois les premiers venus. Les expressions brillantes sont Le naturel de ceux qui ont la mémoire ornée , le coeur ému , l*es prit éclairé et l'œil perçant.

Un seul beau son est plus beau qu'un long parler.

Les plus beaux sons , les plus beaux mots sont absolus , et ont entre eux des intervalles naturels qu'il fout observer en les prononçant. Quand on les presse et qu'on les joint , on les rend semblables à ces globules diaphanes, qui s'aplatissent aussitôt qu'ils se louchent, perdent leur transparence , en se collant les uns aux autres, et ne forment plus qu'un corps pâteux , quand ils sont ainsi réduits en masse.

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