LXI
Il y a, dans les écrits de Cerutti, plus de vibrations que d'émotions ; on y sent le nerf plutôt que le cœur. Son élocution renferme
plus de figures que d'images, et plus de feu que de chaleur. Ses pensées ont plus de lumière que d'éclat, et presque toutes ses opinions viennent plutôt d'éblouissement que <l<clarté. Il y a enfin , dans la marche de son esprit, plus de mouvement que de progrès. En tout , cet écrivain a peu de ce qui se communique ; car on n'aime et on ne reçoit avec plaisir la vibration que par l'émotion, la ligure
que par l'image, le feu que [Kir la chaleur, el le mouvement littéraire que par le progrès.
Rivarol caresse les surfaces de la vérité;
niais il ne pénètre pas plus avant. Dans son discours préliminaire, il brode des obscurités , et couvre de ses filigranes la simplicité
des questions qu'il soulève. En admettant comme solides les abstractions de Condillac , il a pris un brouillard pour une terre.
Kivarol avait plus d'urbanité que Voltaire, (lelui-ci pensait au public, tandis que l'autre ne pensait qu'aux délicats. On peut dire qu'il avait, en littérature, plus de volupté que d'ambition.
Il n'y a pas, dans les écrits de Rivarol, une grande fermeté de pensées, mais il y a une grande fermeté de diction. Son goût et son imagination, en le retenant dans les limites de ce qui peut plaire, sauvaient son esprit de bien des écarts. Aussi son expression «Sicile Ordinairement meilleure et plus saine que ses opinions.
IAVI.
Le système de Bernardin de Saint-Pierre n'est qu'un épicuréisme extatique, nne mo-
raie gravement anacréonlique. Ceux qui partagent ce système ne ramènent pas tout à
Dieu, dans leurs mouvements religieux les plus vifs; mais ils ramènent Dieu à eux , sorte d'égoïame moral, par lequel, au lieu de se conformer à la règle, on ajuste la règle a soi.