‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 7 sur 72 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Tout bruit modulé n'est pas un chant , et toutes les voix <jui exécutent de beaux airs ne chantent pas. Le chant doit produire de l'enchantement. Mais il faut pour cela une disposition d'âme et de gosier peu commune, même parmi les grands chanteurs.

La mélodie consiste en une certaine fluidité de sons coulants et doux comme le miel d'où elle ;i tiré son nom.

XLYI1I.

La musique 9 dans les dangers, élève plus haut les pensées.

L'air périodique ne convient qu'à l'expression des sentiments où l'âme aime à circuler, pour ainsi dire ,' et dont elle ne peut se séparer qu'après un long détour. Toutes les émotions qu'on n'exprime que pour les exhaler , et se rendre soi-même plus calme , n'admettent l'air périodique qu'autant qu'il est court et brisé, comme l'air fameux : Che faro senza Euridice ?

* La musique des chants de deuil semble laisser mourir les sons.

Il n'est pas toujours nécessaire, dans la musique, d'exprimer un mouvement marqué ou une «'motion distincte. Le chant lui-même peut rire l'objet du chant. S'il peint une âme en harmonie, un talent qui s'élève <il redescend par une belle échelle de sons, une existence

qui, libre de soins et Livrée à mille affections passagères et rapides , s'égaie et se joue entre la terre et le eiel , enfin une intelligence désoccupée, qui vole au hasard , comme l'abeille, s'arrête sur mille objets, sans se fixer sur aucun , caresse toutes les fleurs et bourdonne son plaisir, celte peinture en vaut une autre.

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