LXXXVIII
* Ayons le cœur haut et l'esprit modeste.
La vanité qui consiste dans le désir de plaire ou de se rendre agréable aux autres, est une demi-vertu ; car c'est évidemment une demibumilité et une demi-charité.
Il y a, dans les hauteurs de l'âme, une région où l'encens qui s'exbale de la louange
peut parvenir , mais où l'orgueil ne peut atteindre.
Une vanité innocente et qui se repaît de légères fumées , peut être un défaut délicat et convenable à notre nature, surtout à celle du poëte; mais l'orgueil est ennemi de la bonté.
La vanité n'entend raison que lorsqu'elle est contente.
11 est bon d'ouvrir la veine à la vanité, de peur que l'homme ne la garde en soi trop entière, et n'en devienne surmené. Il lui Amt des écoulements , pour ainsi dire , journaliers.
L'amour-propre satisfait est toujours tendre. L'orgueil lui-même a ses tendresses.
Les caractères fiers aiment ceux qu'ils servent.
Les orgueilleux me semblent avoir, comme les nains, la taille d'un enfant et la contenance d'un homme.
L'ambition est impitoyable : tout mérite qui ne la sert pas , est méprisable à ses yeux.
Les valets mentent souvent par respect et par crainte seulement.
L'admiration est un soulagement pour l'attention , un terme qu'elle se prescrit pour son plaisir et son repos.
Il est un besoin d'admirer ordinaire à certaines femmes dans les siècles lettrés , et qui est une altération du besoin d'aimer.
Il est une admiration qui est fille du savoir.
eu.
On donne une idée de la divinité par l'adoration , de la puissance par la soumission , et du mérite par le respect.
cm.
Le respect se rend à l'empire qu'on a sur soi-même ou qu'on exerce sur les autres. C'est un sentiment commandé et prélevé comme un tribut.
Il faut tâcher, autant qu'on peut, de ne mé- [)riser personne.