‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. JoubertChapitre 3 sur 53 · TITRE PR^:EIMÏN\II{E (D · texte numérisé non relu

TITRE PR^:EIMÏN\II{E (D

l'ai TF:1 R PEFM PAU I.LI-MÈME.

.Fai (loniié mes ileiirs et mon friiil : je ii<' suis plus qu'un trône retentissant ; mnis rjiiieonque s'assied à mon ombre ol m'entend , devient plus sage.

Je ressemble en beaueoup de ehoses au papillon : comme lui j'aime la lumièie ; comme

(1) La plupart (les Pensées avaient élé, pour une nonvi-lli' ctlilioii, disposées dans un meilleur ordre et sous nn nombre do (ihvs moins consiiicrabic par les soins du premier éditeur. Nous suivons religieusement son travail. Les Pensées inédites sont indiquées pai' un astérisque.

lui j'y brûle ma vie ; comme lui j'ai besoin , pour déployer mes ailes, que dans la société il fasse beau autour de moi , et que mon esprit s'y sente environné et comme pénétré d'une douce température , celle de l'indulgence ; j'ai l'esprit et le caractère frileux.

J'ai besoin que les regards de la faveur luisent sur moi. C'est de moi qu'il est viai de dire : « Qui plaît est roi, qui ne plaît plus n'est « rien. » Je vais où l'on me désire pour le moins aussi volontiers qu'oîi je me plais.

J'ai de la peine à quitter Paris , parce qu'il faut me séparer de mes amis , et de la peine à quitter la campagne , parce qu'il faut me séparer de moi .

J'ai la tète fort aimante elle cœur tèlu. Tout ce que j'admire m'est cher, el tout ce qui m'est cher ne peut me devenir indifférent.

Philanlhropic et rcpcnlir est ma devise.

J'aime peu la prudence si elle n'est morale. J'ai mauvaise opinion du lion depuis que je sais que son pas est oblique.

Quand mes amis sont borgnes , je les regarde de prolil.

Je ne veux ni d'un esprit sans lumière, ni d'un esprit sans bandeau. Il faut savoir bravement s'aveugler pour le bonheur de la vie.

Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines , je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et de ce que le buisson porte des fleurs.

Il n'y a point de bon ton sans un peu de mépris des autres. Or, il m'est impossible de mé' priser un inconnu.

Les tournures propres à la confidence me sont familières , mais non pas celles qui sont propres à la familiarité.

* Je n'ai jamais appris à parler mal, à injurier et à maudire.

J'imite la colombe': souvent je jette un brin d'herbe à la fourmi qui se noie.

Quand je ramasse des coquillages et que j'y

iroiivtî lies [►elles , j'exhais les perles el je jette les roquillages.

S^il fallait ehoi sir, j'aimerais mieux la mollesse qui laisse aux hommes le teiups de (levt> iiir meilleurs, que la sévéjitéqui les rend pires^ et la précipitation qui n'attend pas le repentir.

J'aime encore mieux ceux (pii rendent le vice aimable que ceux qui dégradent la vertu.

Quand je casse les vitres , je veux qu'on soit tenté de me les payer.

La peine de la dispute en excède de bien loin l'utilité. Toute contestation rend l'esprit sourd , el quand on est sourd , je suis muet.

.le n'appelle pas laison celte l'aison brutale (]ui écrase de son poids ce qui est saint et ce qui est sacré; cette raison maligne qui se réjouit (les erreurs (juand elle peut les découvrir; celte raison ifisensible et dédaigneuse qui insulte à la crédulité.

" La l)oJit('Mrauliui uic lail aiHanl d<' plaisir ijuc la uiijMinc

Mes découvertes , et chacun a les siennes , m'ont ramené aux préjugés.

Mon âme habile un lieu par où les passions ont passé : je les ai toutes connues.

J'ai passé le fleuve d'oubli.

Le chemin de la vérité ! j'y ai fait un long détour ; aussi le pays où vous vous égarez ni'est bien connu.

La révolution a chassé mon esprit du monde réel en me le rendant trop horrible.

Mais, en effet, quel est mon art? quel est le nom qui le distingue des autres? quelle fin se propose-t-il ? que fait-il naître et exister? que prétends-je et que veux-je en l'exerçant ? Estce d'écrire en général et de m'assurer d'être lu, seule ambition de tant de gens? est-ce là tout ce que je veux? ne suis-je qu'un polymaihiste, ou ai-je une classe d'idées qui soit facile à assigner et dont on puisse déterminer la nature et le caractère, le mérite et l'utilité? C'est ce qu'il faut examiner attentivement , longuement et juscju'à ce que je le sache.

J'aurai lèvé le Ijeaii, ( oiiime ils disenl (ju'iis lèvent le bonheur. Mais le mien est un lève meilleur, car la mort même et son aspect , loin (l'en troubler la continuité, lui donnent plus d'étendue. Ce songe , qui se mêle à toutes les veilles , à tous les sang-froids , et qui se fortifie de toutes les réflexions, aucune absence, aucune perte ne peuvent en causer l'interruption d'une manière irréparable.

Je suis propre à semer, mais non pas à bâtir et à fonder.

Le ciel n'a mis dans mon intelligence que des rayons , et ne m'a donné pour éloquence que de beaux mots. Je n'ai de force que pour m'élever, et pour vertu qu'une certaine incorruptibilité.

Je suis, comme Montaigne, impropre au discours continu.

J'ai souvent louché du bout dca, lèvres la ( oupc oii était rabondance; mais c'est une eau qui m'a toujours fui.

Je suis <(>mine nii«' bai pr «'olienne, qui rend

8<J (luelqiies beaux sons , mais qui n'exécute aucun air. Aucun vent constant n'a soufflé sur moi.

Je passe ma vie à chasser aux papillons, tenant pour bonnes les idées qui se trouvent conformes aux communes , et les autres seulement pour miennes.

Comme Dédale , je me forge des ailes ; je les compose peu à peu , en y attachant une plume chaque jour.

Mon esprit aime à voyager dans des espaces ouverts, et à se jouer dans des flots de lumière, où il n'aperçoit rien , mais où il est pénétré de joie et de clarté. Et que suis-je..., qu'un atome dans un rayon?

Mes cffluvions sont les rêves d'une ombre.

Je ressemble au peuplier, cet arbre qui a toujours l'air jeune, même quand il est vieux.

Je rends grâce au ciel de ce qu'il a fail de mon esprit une chose légère , et qui est propre à s'élever en haul.

Madame Victorine de Chàlenay disait de moi que j'avais l'air d'une âme qui a rencontré par liasai'd un corps, et qui s'en tire comme elle peut. Je ne puis disconvenir que ce mot ne soit juste.

J'aime, comme l'alonette, à me promener loin et au-dessus de mon nid.

Dans mes habitations, je veux qu'il se mêle loujours beaucoup de ciel et peu de terre. Mon nid sera d'oiseau, car mes pensées et mes paroles ont des ailes.

Oh ! qu'il est difficile d'être à la fois ingénieux et sensé ! J'ai été privé longtemps des idées qui convenaient h mon esprit, ou du langage (pii convenait à ces idées. Longtemps j'ai suppoilé les tourments d'une fécondité qui ne peut pas se faire jour.

' Il faut à mon espi-it des entraves, comme aux i)ie(ls de ce Léger du conte des Fées, (juand il voulait atteindre.

Je n'aime la philosophie, el surtout la mé'la-

ni physique, ni quadiiipède ni bipède; je la veux ailée et ehanlanle.

Vous allez h la vérité par la poésie, et j'arrive à la poésie par la véiilé.

On peut avoir du tact de bonne heure et du goût fort tard ; c'est ce qui m'est arrivé.

J'aime peu de tableaux, peu d'opéras, peu de statues, peu de poëmes, et cependant j'aime ])eaucoup les arts.

Ah ! si je pouvais m'exprimer par la musique, par la danse, par la peinture, comme je m'exprime par la parole, combien j'aurais d'idées que je n'ai pas, et combien de sentiments qui me seront toujours inconnus !

Tout ce qui me paraît faux n'existe pas pour moi. C'est pour mon esprit du néant qui ne lui olfie aucune prise. Aussi ne sauiais-je le combattre ni le réfuter, si ce n'est en l'assimilanl il quelque chose d'existant, et en raisonnant par quelque voie de comparaison.

Les clartés ordinaires ne me suflisenl plus

quand le sens des mots n'est pas aussi clair que leur son , c'est-à-dire quand ils n'olTrent pas à ma pensée des objets aussi transparents par eux-mêmes que les termes qui les dénomment.

J'ai fort étroite cette partie de la tête destinée à recevoir les choses qui ne sont pas claires.

Pourquoi me fatigué-je tant à parler? C'est que , lorsque je parle , une partie de mes fibres se met en exercice , tandis que l'autre demeure dans l'affaissement ; celle qui agit supporte seule le poids de l'action , dont elle est bientôt accablée ; il y a en même temps distribution inégale de forces et inégale distribution d'activité. De là, fatigue totale, lorsque ce qui était fort est fatigué ; car alors la faiblesse est partout.

Quand je luis... je me consume.

Je ne puis faire bien qu'avec lenteur et avec une extrême fatigue. Derrière ma faiblesse il y a de la force ; la faiblesse est dans l'instrument. Derrière la force de beaucoup de gens , il y a delà raiblosse. KUc est dans le cœur, dans la

raison, dans le trop peu de tranche bonne volonté.

J'ai trop de cervelle pour ma tête ; elle ne peut pas jouer à l'aise dans son étui.

J'ai beaucoup de formes d'idées , mais trop peu de formes de phrases.

En toutes choses , il me semble que les idées intermédiaires me manquent , ou m'ennuient trop.

J'ai voulu me passer des mots et les ai dédaignés : les mots se vengent par la difficulté.

S'il est un homme tourmenté par la maudite ambition de mettre tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase, et cette phrase dans un mot, c'est moi.

De certaines parties naissent naturellement trop finies en moi pour que je puisse me dispenser de finir de même tout ce qui doit les accompagner. Je sais trop ce que je vais dire, avant d'iVrire.

l/alU'ntion esl soulomic, «lans les vers, pail'aniuseinonl de roicillc. La pioso n'a pas (c secours; poiirrail-ellc l'avoir? J'essaie; mais je crois que non .

Je voudrais liier tous mes effets du sens des mots, comme vous les tirez de leur son; de leur choix , comme vous de leur multitude; d<' leur isolement lui-même, comme vous de leurs harmonies; désiiant pourtant aussi qu'il y ait entre eux de l'harmonie, mais une harmonie de nature et de convenance, non d'industrie, de pur mélange ou (reiichaînement.

Ignorants , qui ne connaissez que vos clavi^cins ou vos orgues, et pour qui les applaudissements sont nécessaires , comme un accompagnement sans lequel vos accords seraient incomplets , je ne puis pas vous imiter. Je jou(^ de la lyre antique, non de celle de Timothée, mais de la lyre à tiois ou à cinq cordes , de la lyre d'Oiphée , cette lyre qui cause autant de plaisir à celui qui la tient qu'à ceux qui le regardenl, car il est contenu dans son air, il esl i'oici' à s'<Vou(er ; il s'entend , il se juge, il s<' cliarinf liii-niéiiic.

On (lira que jr parle avec sublilih*. (i'esi iiuelquefois lo seul moyen de péiHlralion que l'esprit ait on son pouvoir , soit pai' la nature (le la v(''rit('' où il veut atteindiv, soit pai- celle (les opinions ou des ignorances au ttavers desquelles il est réduit à s'ouvrir piMiiblement un«^ issue.

.l'ainK^ à voir deux vf'rités à la lois. Toule bonne comparaison donne à l'i^sprit cet avantage.

* J'ai toujoui'sune image à lendre, une image et une pensée, deux choses pour une ei double ti'avail pour moi.

Ce n'est pas ma phrase (jue je polis, mais mon idée. Je m'arrête juscju'à ce (pie la goutte de lumi('re dont j'ai b(3Soin soit formée et tombe de ma plume.

Je voudrais monnayei' la sagesse, c'esl-àdirc la frapper en maximes , en proverbes, eu sentences faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je d(''crier et bannir du langage des honnnes, < omme une monnaie altér(''e, les mots dont ils abusent et «pii les trom|)eut !

Je voiulrais faire j>asser le sens exquis dans le sens roniniun , ou rendre eounnuu le sens exquis.

J'avais besoin de l'âge pour apprendre (e que je voulais savoir , et j'aurais besoin de la jeunesse pour bien dire ee que je sais.

Le ciel n'avait donné de la force à mon esprit que pour un temps , et ce temps est passé.

Les hommes sont comptables de leurs actions; mais moi, c'est de mes pensées que j'aurai à rendre compte. Elles ne servent pas seulement de fondement à mon ouvrage, mais à ma vie.

Mes idées! c'est la maison pour les loger qui me coiite à bâtir.

Le ver à soie fde ses coques , et je (Ile les miennes; mais on ne les dévidera pas. Comme il plaira à Dieu !

TITUK PREMIER.

DE DIEU , DE LA CREATION , DE L ÉTEKMTE , DE LA PIETIC DE LA «EI.IGION , DES LIVRES SAINTS ET DES PRKTItES.

Dieu est tellement grand et tellement vaste , que, pour le comprendre, il faut le diviser.

Dans cette opération d'imaginer Dieu, le premier moyen est la figure humaine, le dernier terme la lumière , et , dans la lumière , la splendeur. Je ne sais si l'imagination peut aller plus loin ; mais l'esprit poursuit quand elle s'arrête ; l'étendue se présente à lui , la toutepuissance, l'infinité.... Cercle ravissant à décrire et qui recommence toujours. On le quitte, on le reprend; on s'y plonge, on en sort. Qu'importe que tout le monde l'achève? Notre devoir, notre bonheur sont d'y tenir et non de le tracer.

ni.

On connaîl Dieu par la piété, seule modification de notre âme par laquelle il soit mis à notre portée et puisse se montrer à nous.

Nous croyons toujours que Dieu est semblable à nous-mêmes : les indulgents l'annoncent indulgent ; les haineux le pi'êchent terrible.

Tout ce qui est très-spirituel , et où l'àme a vraiment part, ramène à Dieu, à la piété. L'àme ne peut se mouvoir , s'éveiller , ouvrir les yeux, sans sentir Dieu. On sent Dieu avec l'âme, comme on sent l'air avec le corps.

' Oserai-je le dire? On connaît Dieu facilement, pourvu qu'on ne se contraigne pas à le définii".

On ne compiend la terre que lorsqu'on a connu le ciel. Sans le monde religieux , le monde sensible offre une énignie désolante.

Mil.

Tout ce qui pirsenle à l'homme un speriac le dont il ne peut déterminer ni la cause ni les bornes , le conduit à l'idée de Dieu , c'est-àdire de celui qui est infini.

Le Dieu de la métaphysique n'est qu'une idée; mais le Dieu des religions, le Créateuidu ciel et de la terre, le Juge souverain des ^ actions et des pensées , est une force.

L'univers obéit à Dieu, connue le corps ol)éit à l'àme qui le remplit.

Le monde a été lait comme la toile de l'araignée : Dieu l'a tiré de son sein, et sa volonté l'a filé, l'a déroulé et l'a tendu, (^e que nous nommons le néant , est sa plénitude invisible ; sa puissance est un peloton, mais un peloton substantiel , contenant un tout inépuisaljje, qui se dévide à chaque instant, en demeurant toujours entier. Pour créer le monde, un grain de matière a suffi ; car tout ce que nous voyons,

loo celle masse qui jious eltiaie, ii'esl rien ((iriiii grain que l'Kteiiiel a ei'éi' et mis en (eiivre. Par sa ductilité, par les creux qu'il enferme et l'art de l'ouvrier, il offre , dans les décorations qui en sont sorties , une sorte d'immensité. Tout nous paraît plein , loul est vide, ou, pour mieux diie, tout est creux. Les éléments euxmêmes sont cieux; Dieu seul est plein. Mais ce grain de matière , où étail-il ? 11 était dans le sein de Dieu , comme il y est présentement.

« Kien ne se fait de rien », disent-ils; mais la souveraine puissance de Dieu n'est pas rien ; elle est la source de la malièi-e aussi bien que celle de l'esprit.

Le monde est monde par la forme ; i)ai' \c fond il n'est rien qu'un atome. En retiiant son souille à lui , le créateur pourrait en désenfler le volume et le détruire aisément. L'univers , dans cette hypothèse, n'aurait ni débris ni ruines ; il deviendrait ce qu'il était avant le temps, un grain de métal aplati, un atome dans le vide, bien moins encore, un néant.

En niellanl sans cesse la matière devant nos yeux , on nous empêche de la voii*. Vainement on vante Touvrier en nous étalant les merveilles de son ouvrage ; la masse olïïisque , l'objet distrait, et le but , sans cesse indiqué, est sans cesse impossible à voir.

Dieu multiplie rintelligence, qui se comnuinique comme le l'eu , à l'infini. Allumez mille flambeaux à un flambeau , sa flamme demeure toujours la même.

Dieu n'aurait-il fait la vie humaine que pour en contempler lo couis, en considérer les cascades, le jeu et les variétés, ou pour se donner le spectacle de mains toujours en mouvement , qui se transmettent un flambeau? Non, Dieu ne fait rien que pour l'éternité.

Ngtre innnurlaiilr nous est révélée d'une vrvélation iiniéect infuse dans noire esprit. Dieu

lui-même, en le ciéant, y dépose eetle parole, y grave cette vérité, dont les traits et le son <lemeuicnt indestructibles. Mais, en ceci , Dieu nous parle tout bas et nous illumine en secret. Il faut, pour l'entendre , du silence intérieur; il faut , pour apercevoir sa lumière , fermer nos sens et ne regarder que dans nous.

Notre àme est toujours pleinement vivante ; elle l'est dans l'infirme, dans l'évanoui, dans le mourant ; elle Test plus encore après la mort.

Il n'est permis de parler aux hommes de la destruction que pour les faiie songer à la durée, et de la mort que pour les faire songer à la vie; car la mort court à la vie , et la destruclion se précipite dans la durée.

Notre chair n'est que notre pulpe ; nos os , nos membranes, nos neifs, ne sont que la charpente du noyau où nous sommes eufernK'S, comme en un étui. C'est pai* exColiations que l'enveloppe corporelle se dissipe ; mai^ l'amande qu'elle contient , ITln' invisible qu'elle

enseiTe, deineiiie indeslrucliblo. l.e lonilM'au nous dévore , mais ne nous absorbe pas ; nous sommes consumés, non détruits.

Le courroux de Dieu est d'un moment ; la miséricorde divine est éternelle.

La crainte de Dieu nous est aussi nécessaire pour nous maintenir dans le bien, que la crainte de la mort pour nous retenir dans la vie.

Dieu aime aulanl chaque homme que tout le genre humain. Le poids et le nombre ne sont rien à ses yeux. Éternel, infini, il n'a que des amours immenses.

Le ciel ne nous doit que ce qu'il nous donne, et il nousdonne souvent ce qu'il ne nous doit pas.

Rien dans le monde moral n'est perdu, comme dans le monde matériel rien n'est anéanti. Toutes nos pensées et tous nos sentiments ne sont ici-bas que le commencemoni

lOi

(le sentiments et de pensées (|ui seroni ;ichevés ailleurs.

Où vont nos idées? Elles vont dans la mémoire de Dieu.

Dieu, en les créant, parle aux âmes et anx natures, et leur donne des instructions doni elles oublient le sens, mais dont Timpression demeure. De cette parole et de ce rayon ainsi déposés , il nous reste , dans les plus grands obscurcissements de l'àme et dans les plus ij;randes inattentions de l'esprit, une espèce de bourdonnement et de crépuscule qui ne cessent jamais, et nous troublent tôt ou tard dans nos dissipations extérieures.

Dieu mettra-t-il les belles pensées au rang des belles actions? Ceux (]ui les ont cherch(''es, qui s'y plaisent et s'y attachent, auiont-ils une récompense? Le philosophe et le politique se- I oul-ils payés de leurs plans , ( (nnuie l'homun^ de bien ser.'i pay<'' de ses bt>nnes œuvres? \'A \rs lrav;in\ ulilrs onl-ils un ni('iile,;m\ \(MI\

(le Dieu , coniiiic les buiuies imeuis? IVul-èlie hien ; mais le premier prix n'est pas assuré comme le second , et ne sera pas le même ; Dieu n'en a pas mis dans nos âmes l'espérance et la certitude ; d'autres motifs nous déterminent. Pourtant , je me représente fort bien Bossuet , Fénelon , Platon , portant leurs ouvrages devant Dieu ; même Pascal et La Bruyère , même Vauvenargue et La Fontaine, car leurs œuvres peignent leur âme, et peuvent leur èlre comptées dans le ciel. Mais 1 me semble (|ue J.-J. Rousseau et Montesquieu n'auraient osé y présenter les leurs : ils n'y ont mis que leur esprit, leur humeur et leurs efforts. Quant à Voltaire, les siennes le peignent aussi, et elles lui seront comptées, je pense, mais à sa < harge.

Dieu a égard aux siècles. 11 paidimiie aux uns leurs grossièretés , aux autres leurs raffinements. Mal connu par ceux-là , méconnu par ceux-ci , il met à notre décharge , dans ses balances équitables, les superstitions et \os incré»dulités des époques où nous vivons. Nous vivons dans un tenqis malade : il le voit. ISotre intelligence es( bless<''e : il nous pard(>nn<'ia ,

si nous lui donnons tout entier ce qui peu! nous rester de sain.

Il faut aller au eiel ; là sont dans leurs types toutes les choses, toutes les vérités, tous les plaisirs , dont nous n'avons ici-bas que les ombres. Telle est la suprême beauté de ce monde, que bien nommer ce qui s'y trouve , ou même le désigner avec exactitude , suffirait pour former un beau style et pour faire un beau livre.

Au delà du monde et de la vie , il n'y a plus de tâtonnement. Il n'y a qu'inspection, et toul ( e qu'on regarde est vérité.

Il me semble que dans cet avenir lointain d'une autre vie, ceux-là seront les plus heureux qui n'auront pas eu dans leur durée un seul momeni qu'ils ne i)uissent se l'appeler avec })laisir. Là haut , comme ici-bas, nos souvenirs seront une part importante de nos biens et de nos maux.

XXXÏII.

Le ciel est pcHir (eux (|ui y pcnst'Ul.

La piété est une sagesse sublime , qui suipasse toutes les autres , une espèce de génie , qui donne des ailes à l'esprit. Nul n'est sage s'il n'est pieux.

La piété est une espèce de pudeur. Elle nous fait baisser la pensée , comme la pudeur nous fait baisser les yeux, devant tout ce qui est défendu.

La piété est au cœur ce que la poésie est à l'imagination, ce qu'une belle méiaphysique est à l'esprit ; elle exerce toute l'étendue de notre sensibilité. C'est un sentiment par lequel l'àme reçoit une telle modification, qu'elle a par lui sa rondeur absolue et toute la perfection dont sa nature est susceptible.

La piété est le seul moyen d'échap[)er à la sécheresse que le travail de la réllexion porte inévitablement dans les sources de nos sensibilités.

XXXVIH.

Il l'aul aux femmes une piété plutôt tendre (jue raisonnée , et aux hommes une grave plutôt que tendre piété.

La piété nous attache à ee qu'il y a de plus puissant , qui est Dieu , et à ce qu'il y a de plus faible , comme les enfants , les vieillards , les pauvres, les inlirmes, les malheureux et les affligés. Sans elle, la vieillesse choque les yeux ; les infirmités repoussent; l'imbécillité rebute. Avec elle, on ne voit dans la vieillesse que le grand âge, dans les infirmités que la souiVrance, dans l'imbécillité que le malheur ; on n'éprouve ({ue le respect , la compassion et le désir de soulager.

La charil(' c^st une espèce de piété. Les dégoûts se laisent tellcnienl devant elle, (pTon peut diie que, j)onr les j)ieu\ , Joules les aflliclions ont de rallrail.

La rrligioii l'ail an panvrc iiumuc iiii dovoii

«l't'lrc lilxral, ii(>l)l«*, t^^MK'iciix , iiiagiiiliqu»* par la charilô.

Dieu n'a pas seulement mis dans l'homme l'amour de soi , mais aussi l'amour des autres. Le pourquoi de la plupart de nos qualités, c'est qu'on est bon, c'est qu'on est homme, c'est qu'on est l'ouvrage de Dieu.

Aimer Dieu, et se faire aimer de lui , aimer nos semblables et nous faire aimer d'eux : voilà la morale et la religion ; dans l'une et dans l'aulie, l'amour est tout : fin, principe et moyen.

Dieu veut que nous aimions même ses ennemis.

Il faut rendre les hommes insatiables de Dieu : c'est une faim dont ils seront malheureusement assez distraits par les passions et les affaires.

Penser à Dieu est une action.

HO

Il faut aimer de Dieu ses dons et ses refus, aimer ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas.

Dieu aime l'àme , et comme il y a un attrait qui porte l'àme à Dieu, il y en a un, si j'ose ainsi parler, qui porte Dieu à l'âme. Il fait de l'àme ses délices.

Nous sommes éclairés parce que Dieu luit sur nous, et nous sommes droits parce qu'il nous touche. Dieu nous éclaire comme lumière; il nous redresse comme règle. Cette l'ègle , non discernée, mais sentie , sert de point de comparaison à nos jugements dans tout ce qui doit être estimé par une autre voie que celle des sens. •

Dieu ! et de là toutes les veitus , tous les devoirs. S'il en est où l'idée de Dieu ne soit mêlée, il s'y trouve toujours quelque défaut ou quel- «jue excès; il y mancpie ou le nombre, ou le poids, ou la mesure, toutes choses dont l'exactitude est divine.

Nous no voyons bien nos devoii's qu'on Dieu. C'est le seul fond sur lequel ils soient toujours lisibles à l'esprit.

LU

11 n'y a d'heureux que les bons , les sages et les saints; mais les saints le sont plus que tous les autres , tant la nature humaine est faite pour la sainteté.

LUI

I^e juste , le beau , le bon , le sage est ee qui est conforme aux idées que Dieu a du juste , du beau, du sage et du bon. Otez Dieu delà haute philosophie , il n'y a plus aucune clarté ; il en est la lumière et le soleil : c'est lui qui illumine tout : In lumine tuo videbimus lumen.

Rendons-nous agréables à Dieu ; on le peut en tout temps , en tout lieu , en tout état de décadence. L'estime de Dieu, si l'on peut s'expiimer ainsi , est plus facile à obtenir que l'estime dos hommes, parce que Dieu nous tient compte de nos effoils.

KV.

Il faiiC <<»(l(Mau ciel et rësisloi- aux hoiniix's.

Nous nous jugeons suivant le jugement des hommes , au lieu de nous juger suivant le jugement du ciel. Dieu est le seul miroir dans lequel on puisse se connaître ; dans tous les antres on nc^ fait que se voir.

Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire en Dieu.

lA'lII.

Ceux-là s(nds veillent, ô mon Dieu , qui pensent à vous et qui vous aiment. Tous les autres sont endormis; ils font des rêves et s'attachent à des fantômes. Vous seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occuper de vous son cœur et son esprit, de faire toutes choses pour vous, de n'être mu ([ue par vous. Mais l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle félicité? S'il en était cajKible, il aurait sa perfeclion.

Ll\.

l/oubli (les choS(\s (le la Icir»', cl l'iiilenlion

aux choses Ju ciel ; rexeniplion de toute ardeur, de tout souci , de tout trou!)le et de tout effort ; la plénitude de la vie , sans aucune agitalion; les délices du sentiment, sans le travail delà pensée ; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation ; en un mot, la spiritualité pure , au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années.

La religion est la poésie du cœur ; elle a des enchantements utiles à nos mœurs ; elle nous donne et le bonheur et la vertu.

La piété n'est pas une religion , quoiqu'elle soit l'àme de toutes. On n'a pas une religion , quand on a seulement de pieuses inclinations, comme on n'a pas de patrie , quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie , et l'on n'est citoyen d'un pîiys, que lorscju'on se décide à observer et à défendre ceitaines lois, à obéir à certains magistiats, et à adopter certaines manières d'être et d'agii*. I. 8

La religion n'est ni une théologie, ni une théosophie ; elle est plus que tout cela : une discipline, une loi, un joug, un indissoluble engagement.

Sans le dogme, la morale n'est que maximes et que sentences ; avec le dogme , elle est précepte, obligation, nécessité.

Ne pourrait-on pas dire que depuis l'avénement de Jésus-Christ, Dieu a infusé dans la nature plus de lumière et plus de grâce?' Il semble, en effet, que depuis ce temps il y a eu dans le monde une connaissance plus générale de tous les devoirs, et une facilité plus l'épandue et plus commune à pratiquer les vraies vertus et toutes les grandes vertus.

Il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et de nourrice : c'est elle qui a allaité nos vertus, qui nous a montré le ciel , et qui nous a appris h marcher dans les sentiers de nos devoirs

XiAI.

La religion est pour l'un sa littérature et sa science ; elle est pour l'autre ses délices et son devoir.

* P religion ! tu donnes une lumière à l'ignorance, une vertu à la faiblesse, une aptitude à l'ineptie, un talent même à l'incapacité.

LXYIII.

Aucune doctrine ne fut jamais aussi bien proportionnée que la doctrine chrétienne à tous les besoins naturels du cœur et de l'esprit humain. La pompe et le faste qu'on reproche à l'Église ont été reiTetet sont la preuve de son incomparable excellence. Doîi sojit venues , en effet, cette puissance et ces richesses poussées à l'excès , si ce n'est de l'enchantement où elle mit le monde entier? Ravis de sa beauté, des millions d'hommes la comblèrent, de siècle en siècle, de dons, de legs, de cessions. Elle eut le don de se faire aimer, et celui de faire des heureux. C'est ce qui fit tant de prodiges; c'est de là que lui vint son pouvoir.

ne

On ne peut ni pailer contre le christianisnn3 sans colère, ni parler de lui sans amour.

Dans le christianisme , et suitoul dans le caiholicisme , les mystères sont des vérités purement spéculatives, d'où naissent, par la réunion d'un mystère à l'autre, des vérités éminemment pratiques.

La religion défend de croire au delà de ce qu'elle enseigne.

Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation , on ne croit rien fixement , fermement , invariablement.

L'opinion queleshommesont des choses divines, n'est la même ni dans tous les temps, ni dans tous les lieux ; mais il faut (|uc dans tous les lieux et dans tous les temps, il y en ait une d'arrêtée, de fixe, de sacrée et d'inattaquable.

HT

Toutes les religions fortes sont furieuses jusqu'à ce qu'elles aientrégné. Les vieilles religions ressemblent aux vins vieux , qui échauffent le cœur, mais qui n'enflamment plus la tète.

Les sectes austères sont d'abord les plus révérées ; mais les sectes mitigées ont toujours été les plus durables.

La même croyance unit plus les hommes (|ue le même savoir ; c'est sans doute parce que les croyances viennent du cœur.

LXXYIL

Il est permis de s'affliger, mais il n'est jamais permis de rire de la religion d'autrui.

11 faut attaquer la superstition par la religion, et non par la physique : c'est un terrain où elle n'est pas. Que si vous l'y amenez, en la faisant sortir d'elle-même, vous la faites sortir aussi de toute idée du ciel , et au lieu de la corriger, vous risquez de la rendre pire.

La superstition est la seule religion dont soient capables les âmes basses.

Tous ceux qui manq^uent de religion sont privés d'une vertu, et eussent-ils toutes les autres, ils ne pourraient être parfaits.

Qu'est-ce qui est le plus difl'orme , ou d'une religion sans vertu, ou de vertus sans religion ?

L'incrédulité n'est qu'une manière d'être de l'esprit ; mais l'impiété est un véritable vice du cœur. Il entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes , et du mépris pour l'aimable simplicité.

LXXXIH.

Il y a deux sortes d'athéisme : celui qui tend à se passer de l'idée de Dieu, et celui qui tend à se passer de son intervention dans les affaires humaines.

L'irréligion par ignorance est un élat de rudesse et de barbarie intérieure. L'esprit qu'aucune croyance, aucune foi n'a plié et amolli, leste sauvage et incapable d'une certaine culture et d'un certain ensemencement. Mais l'incrédulité dogmatique est un état d'irritation et d'exaltation; elle nous met en guerre perpétuelle avec nous-mêmes , notre éducation , nos habitudes, nos premières opinions; avec les autres , nos pères , nos frères , nos voisins , nos anciens maîtres ; avec l'ordre public, que nous regardons comme un désordre; avec le lemps présent , que nous croyons moins éclairé qu'il ne doit l'être ; avec le temps passé , dont nous méprisons l'ignoiance et la simplicité. L'avenir et le genre humain dans son éternité future , voilà les deux idoles et les seules idoles de l'incrédulité systématique.

La différence est grande d'accepter pour idoles Mahomet ou Luther, ou de ramper aux pieds de J.-L Rousseau et de Voltaire. On crut du moins n'obéir qu'à Dieu, en suivant Mahomet, qu'aux écritures, en écoutant Luther.

El i)eiil-élre ne faul-il pas déciiei' le penchanl ({u'a le genre humain , d'abandonner à ceux (ju'il croit amis de Dieu le soin de régler sa conscience et de déterminer son esprit. Considéré seulement sous le rapport de l'utilité sociale et présente, ce penchant est utile et conforme à l'ordre. C'est l'assujettissement aux esprits irréligieux qui seul est funeste et proprement dépravateur»

N'eût-elle aucun avantage j)our la science et l'instruction , la foi en aurait un immense pour la moralité imiverselle , en maintenant les es- [)rils inférieurs dans les sentiments de docilité et de subordination , qui sont en eux une vertu, un devoir, un moyen de repos pour leur vie, une condition indispensable à leur bonheur et à la soile de mérite qui les peut honorer.

La vertu n'est pas une chose facile; pourquoi la religion le serait-elle ?

LXXXVIll.

il y a une grande dilïéicncc oiiiic la créduliU' et la foi : l'une es( un diTaut naturel de l'espril ,

eiraiitre une vorlii; la première vieiil de iiolie extrême faiblesse ; la seconde a pour principe une douce et louable docilité, très-compatible avec la force, et qui lui est même très-favorable.

Ferme les yeux, et tu verras.

Pour arriver aux régions de la lumière , il faut passer par les nuages. Les uns s'arrêtent là ; d'autres savent passer outre.

Il faut craindre de se tromper en poésie , (|uand on ne pense pas comme les poètes, et en religion , quand on ne pense pas comme les saints.

Soyons hommes avec les hommes , et toujours enfants devant Dieu ; car nous ne sommes, en effet, que des enfants à ses yeux. La vieillesse même, devant l'éternité, n'est que le premier instant d'un matin.

Avec Dieu il ne faut être ni savant ni phil<i-

sophe, mais enCaiil, esclave, écolier, et loul au plus poëte.

11 faut être religieux avec naïveté , abandon et bonhomie , et non pas avec dignité et bon ton , gravement et mathématiquement.

La dévotion embellit l'àme, surtout l'àme des jeunes gens.

XCYl.

Ceux qui n'ont pas été dévots n'ont jamais eu l'àme assez tendre.

Quand l'humilité n'accompagne pas la dévotion, celle-ci devient inévitablement orgueil.

L'humilité est aussi convenable à l'homme devant Dieu, que la modestie à l'enfant devant les hommes.

Y aurait-il quehpic chose de supérieur à la foi... une vue, une vision? Je ne sais quel lavon éclairerait-il mieux coiiains hommes

<23 que certains autres, et, pendant le jour de la vie, Dieu se manifesterait-il à quelques-uns hors de la nuée? Mais quand cela pourrait être, qui oserait se flatter de l'avoir obtenu?

Dieu éclaire ceux qui pensent souvent à lui , et qui lèvent les yeux vers lui.

L'idée de Dieu est une lumière , une lumière qui guide, qui réjouit; la prière en est l'aliment.

Les meilleures prières sont celles qui n'ont rien de distinct, et qui participent ainsi de la simple adoration. Dieu n'écoute que les pensées et les sentiments. Les paroles intérieures sont les seules qu'il entende.

cm.

Le prie-dieu est un meuble indispensable au bon ordre; où il n'est pas, il n'y a point de pénates , point de respect.

CIY.

Faites à Dieu cette prièie : Être sans fin et

sans coininoncemeiit , vous êles ce que Thomiiie peut concevoir de meilleur. Comme un rayon de la lumière est renfermé dans tout ce qui brille, un rayon de votre bonté reluit dans tout ce qui est vertu. Tout ce que nous pouvons aimer, et tout ce qui est aimable montre une part de votre essence, une apparence de vous-même. Toutes les beaulés de la terre ne sont qu'une ombre projetée de celles qui sont dans le ciel. Rendez-nous semblables à vous, autant que notre nature giossière permettra cette ressemblance, afin que nous soyons participants de votre bonheur autant que le permet cette vie.

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