‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. JoubertChapitre 4 sur 53 · CY · texte numérisé non relu

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Parlera Dieu de ses souhaits, de ses alîaires, cela est-il permis? On peut dire que ceux qui s'en abstiennent par respect, et ceux qui le pratiquent par confiance et par simplicité, ("ont bien.

il faut demandci- la vertu à tout prix et avec instance, et la prospérité timidemeiU cl avec • ('signation. Demander, c'est recevoir, (juand on demande les vrais biens.

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Ce qui rend le culte utile, c'est sa publicité, sa manifestation extérieure, son bruit, sa pompe, son fracas et son observance universellement et visiblement insinuée dans tous les détails de la vie publique et de la vie intérieure ; c'est là seulement ce qui fait les fêtes, les temps et les véritables variétés de l'année. Aussi faut-il dire hardiment que les chants , les cloches, l'encens, le maigre, l'abstinence, etc., étaient des institutions profondément sages, et des choses utiles , importantes , nécessaires , indispensables.

11 n'y a de véritables fêtes que les fêtes religieuses. Le pauvre oflVe à Dieu, dans ces saints jours, le sacrifice de son salaire, par son repos.

Les évolutions religieuses , comme les processions, les génuflexions, les inclinations du corps et de la tête , la marche et les stations , ne sont ni de peu d'effet , ni de peu d'importance. Elles assouplissent le cœur à la piété , et courbent l'esprit vers la foi.

ex.

La religion est un feu que l'exemple entretient , et qui s'éteint , s'il n'est communiqué.

Pour être pieux, il faut qu'on se fasse petit. Les attitudes qui , en nous faisant ployer nos membres, en amoindrissent le volume ou en inclinent la hauteur, sont favorables à la piété. Aussi dit-on que la piété nous porte à nous anéanti)' devant Dieu.

Les cérémonies du catholicisme plient h la politesse.

Dieu est esprit et vérité. Il voit tout, il sait tout, il contient en lui toutes choses. Dieu est justice : il punira toutes les fautes. Dieu est bpnté : il pardonne au rcpentii*. Enfin Dieu esi miséricorde : il a pitié de tous ^los mmjx. Chaque jour il faut le prier, attacher sa pensée ,^ur cette lumière qui épure , sui- ce feu qui consume nos corruptions, sur ce n^odèle q^i nous rèj^'ie, sur cette paix qui calme nos aj^itations ,

1-27 sur ce principe de lout èlre qui ravive notre vertu. Il faut tous les jours lui offrir un sacrifice : sacrifice de notre corps, par la douleur, en la portant avec patience, comihe un de ses commandements; par le plaisir, en s'abstenant : sacrifice de notre cœur, en l'aimant plus que toutes choses, en donnant toutes choses pour lui , en subordonnant à son amour nos plus tendres attachements : sacrifice de notre esprit , en réprimant toute curiosité qui nous éloigne de lui , en letranchant de nous , pour lui, une part de notre raison, en croyant, pour l'amour de lui , ce qu'il veut que nous croyions : sacrifice de nos fortunes, en souffrant pour lui les mauvaises, et en nous privant d'une part des bonnes pour lui.

11 faut parer aux yeux des hommes les victimes qui s'offrent à Dieu.

Les glands saints peuvent être de grands pécheurs , parce qu'ils sont hommes , c'est-àdire parce qu'ils sont libres. La liberté explique toutes les fautes , tous les crimes , tous les malheurs, mais elle fait aussi tous les mérites.

Les saints qui ont eu de l'esprit me paraissent rortsupërioursauxphilosophes.Ilsont tous vécu plus heureux, plus utiles, plus exemplaires.

Les prêtressontles vrais philosophes, quoi- (ju'ils en rejettent le nom ; les vrais amis de la sagesse, de l'ordre public et secret.

ex Vin.

De bons prêtres sont les meilleurs amis que nous puissions avoir , et les meilleurs guides qui puissent nous conduire dans le chemin de la vertu et dans les sentiers delà perfection; eux seuls connaissent ou du moins eux seuls piescrivent ces derniers. Ils ont ordinairement des affections conformes à leurs doctrines, et, dans leurs doctrines, une sagesse supérieure à eux et à nous.

Pounjuoi un mauvais prédicateur même estil écouté avec plaisir par ceux qui sont pieux? (Vest qu'il leur parle de ce qu'ils aiment. Mais vous qui expliquez la religion aux hommes de

ce siècle, et leur parlez de te qu'ils ont aimé peut-êtie, ou de ce qu'ils voudraient aimer, songez qu'ils ne l'aiment pas encore, et, pour le leur faire aimer, ayez soin de bien parler.

Vous aurez beau faire , les hommes ne croient que Dieu, et celui-là seul les persuade qui croit que Dieu lui a parlé. Nul ne donne la foi , s'il n'a la foi. Les persuadés persuadent, comme les indulgents désarment.

Ainsi que le médecin fait souvent la médecine avec son tempérament , et le moraliste la morale avec son caractère, le théologien fait souvent la théologie avec son humeur.

C'est leur confiance en eux-mêmes , et la foi secrète qu'ils ont de leur infaillibilité personnelle, qui déplaisent dans quelques théologiens. On pourrait leur dire : Ne doutez jamais de votre doctrine, mais doutez quelquefois de vos démonstrations. La modestie sied bien à la dignité ; elle sied à la majesté même. Il faut porter la défiance de soi jusque dans l'exposition I. 9

(les vérités les plus sacrées et les plus iudui);lables.

C'est le sacerdoce , c'est-à-dire un état où il y avait beaucoup de méditations et de loisirs , qui donna à la littérature hébraïque son existence et sa perfection.

CXXIY.

Sans les allusions à la Bible, il n'y aurait plus, dans les bons livres écrits en notre langue, rien de familier, de naïf, de populaire.

CXXY.

La sainte Écriture est aisée à traduire dans toutes les langues , parce qu'on n'a besoin, pour y parvenir, que de mots communs, populaires, nécessaires, et qui, par conséquent, se trouvent partout.

Poui' tiaduire la Bible, il faudrait des paroles spacieuses; des constructions où rien ne fut ni trop bien joint, ni trop poli; des mots et des phrases qui eussent un air de vétusté.

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