‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. JoubertChapitre 37 sur 53 · LIN · texte numérisé non relu

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On répète encore longtemps , par habitude, ce que l'on ne croit plus; cai'les mauvais bruils survivent aux opinions, et le mensonge, plus

vivace que l'eiTeui'. la sème, même après l'a voir perdue.

Une des plus utiles sciences est de savoir qu'on s'est trompé, et une des plus délicieuses découvertes, de découvrir son erreur. « Capable de se détromper » : belle louange et belle (jualité!

* On peut tomber dans la contradiction par l'erreur. H est beau d'y tomber par la vérité, et alors il liiut s'y jeter à coips perdu.

Dieu fit du repentir la sagesse autant que la vertu des mortels. La rétiactation est à nos erreurs ce que la confession est à nos fautes, un devoir, un remède, une expiation. L'esprit du sage a , comme sa conscience, ses examens, ses afflictions, sa honte et ses fermes propos.

Ceux qui ne se rétractent jamais s'aiment plus que la vérit(\

Lviir.

Malheur à qui se trompe tard ! il ne se dvtrompera pas.

« î)()ulor », (lit M. de Servan, « c'est sortir « d'une erreur. » II aurait dû ajouter que c'était aussi souvent sortir d'une vérité.

* Quand l'esprit est rentré dans une vérité dont il était sorti , il ne la quitte plus.

11 y a des choses que l'homme ne peut connaître que vaguement : les grands esprits S(^ contentent d'en avoir des notions vagues ; mais cela ne suffit point aux esprits vulgaires. Accablés d'ignorances par la nature et la nécessité, ils ne veulent, dans leur dépit puéril , en supporter aucune. Il faut, pour leur repos, qu'ils se forgent ou <}u'on leur oflVe des idées tixes et déterminées sur les objets même mi toute précision est erreur. Ces esprits communs n'ont point d'ailes; ils ne peuvent se soutenir dans rien de ce qui n'est que de l'es-

pace; il leur faut des points «l'appui, des fables, des mensonges, des idoles. Mentez-leur donc, et ne les trompez pas.

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