L^AMOUR
La nature ne songe qu'au maintien de l'espèce ; et pour la perpétuer, elle n*a que faire de notre sottise. Qu'étant ivre, je m'adresse à une servante de cabaret ou à une fille, le but de la nature peut être aussi bien rempli que si j'eusse obtenu Clarisse après deux ans de soins; au lieu que ma raison me sauverait de la servante, de la fille et de Clarisse même peut-être. A ne consulter que la raison, quel est l'homme qui voudrait être père et se préparer tant de soucis pour un long avenir? Quelle femme, pour une épilepsie de quelques minutes, se donnerait une maladie d'une année entière? La nature, en nous dérobant à notre raison, assure mieux son empire : et voilà pourquoi elle a mis de niveau sur ce point Zénobie et sa fille de basse-cour, Marc Aurèle et son palefrenier. » Chamfort.
L'amour, sujet jusqu'alors réservé aux romanciers et aux poètes. InsufiQsancedes philosophes qui en ont traité. Il faut l'étudier dans la vie réelle.
Son rôle, son importance, intérêt universel qu'il inspire.
Tout amour vulgaire ou éthéré a sa source dans l'instinctsexuel. Son but est la procréation d'un certain enfant déterminé ; il fixe ainsi la génération future.
La nature de l'instinct est d'agir dans l'intérêt de l'espèce aux dépens de l'individu. L'instinct abuse l'être égoïste d'une illusion décevante pour arriver à ses fins. Il guide , dans l'amour, le choix de l'homme et de la femme vers les qualités physiques et morales les plus propres à assurer la reproduction, le maintien ou le redressement du type intégral de l'espèce humaine, sans aucun égard po-ur le bonheur des personnes.
De ce conflit entre le génie de l'espèce et les génies protecteurs des individus viennent le sublime et le pathétique de l'amour. Issue tragique de l'amour malheureux, déceptions de l'amour satisfait.
Les amants sont des traîtres qui en perpétuant la vie perpétuent la douleur.
Daphnis et Ghloé, dialogue.
Sérieux de la volupté.
(I) W. II, p. 607.
0 VOUS, sages, à la science haute et profonde, qui avez médité et (iui savez où, quand et comment tout s'unit dans la nature, pourquoi tous ces amours, ces baisers ; vous, sages sublimes, dites-le-moi ! Mettez à la torture votre esprit subtil et dites-moi où, quand et comment, il m'arriva d'aimer, pourquoi il m'arriva d'aimer ? BiJRGER.
On est pjénéralement habitué à voir les poètes occupés à peindre l'amour. La peinture de l'amour est le sujet principal de toutes les œuvres dramatiques, tragiques ou comiques, romantiques ou classiques, dans les Indes aussi bien qu'en Europe : il est aussi de tous les sujets le plus fécond pour la poésie lyrique comme pour la poésie épique ; sans parler des innombrables quantités de romans, qui, depuis des siècles, se produisent chaque année dans tous les pays civilisés d'Europe aussi réguliers que les fruits des saisons. Tons ces ouvrages ne sont au fond que des descriptions variées et plus ou moins développées de cette passion. Les peintures les plus parfaites, Roméo et Juliette, la nouvelle Fïéloïse, Werther, ont acquis une gloire immortelle. Dire avec La Rochefoucauld qu'il en est de l'amour passionné comme des spectres dont tout le monde parle, mais que personne n'a vus; pu bien contester avec Lichtenberg, dans son Essai sur la puissance de l'amour, la réalité de cette passion et nier qu'elle soit conforme à la nature, c'est là une grande erreur. Car il est impossible de concevoir comme un sentiment étranger ou contraire à la nature humaine, comme une pure fantaisie en l'air ce que lo génie des poètes ne se lasse pas de peindre, ni l'humanité d'accueillir avec une sympathie
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inébranlable ; puisque sans vérité, il n'y a point d*art achevé.
Rien n'est beau que le vrai ; le vrai seul est aimabU,