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et r Arménien, associés comme le lion et le lynx, son pourvoyeur, se conduisent d'une Façon tout à fait inverse : c'est en public qu'ils vivent pour acheter et vendre; leurs marchés sont ouverts et Fermés sous les yeux et aux oreilles de tous, mais c'est dans leurs demeures et retranchés derrière les murailles et les portes du harem ou du gynécée qu'ils cher— chent les jouissances égoïstes de la vie. Il y a une part équivalente de bien et de mal dans cette conduite opposée des Européens et des Asiatiques.
Les Grées, qui sont beaucoup plus portés que les autres habitants de l'Asie à adopter nos mœurs et à imiter nos usages, ont un casinasemblable an cercle des Francs. Ces deux lieux de réunion, comnietous les établissements de ce genre, ont dès salles de bal , des tables de jeu et des billards.
Deux journaux, publiés à Smyrne et bien accueillis au dehors, sont une assez bonne preuve que cette ville offre des ressources en hommes instruits , et une variété d'intelligences assez grande pour ne pas laisser regretter trop l'Europe à ceux qui en ont connu la vie de société.
Cependant, comme en toutes colonies nombreuses et mêlées, il y a ici un choix de personnes à faire. A côté des hommes honorables, qui sont le noyau, de la bonne société de Smyrne , on voit un petit monde brouillon et agioteur qui fait la guerre à la bourse, et dans lequel un groupe, plus remuant que les autres, se compose de gens de toutes nations, qui, sans titres et au détriment de ceux qui ont la ga-
raniie du savoir, se font appeler gravement docteurs et exercent la médecine à l'envi, contre le premier venu, et surtout contre lespachas les plus riches et les plus imprudents.
Après les galeries et les ruelles des bazars^ les autres lieux publics fréquentés par les Orientaux sont les cafés et les bains.
Le breuvage noir aromatique de TÂrabie est recherché par les habitants de l'Asie Mineure* L'art de corrompre cette boisson délicieuse avec des pou* dres ne s'est pas encore introduit chez eux, et l'amertume de la chicorée et le charbon du pois chiche n'y disputent pas encore au café la préférence qu'il a perdue en Europe devant les qualités économiques du poison plus noir et plus amer de ses rivaux.
Les voyageurs s'accordent à dire qu'on boit de meilleur café en Orient qu'en Europe, et cela est vrai. Ce n est pas que les Antilles n'envoient leur café dans les ports de l'Anatolie aussi bien que dans les autres ports de la Méditerranée , mais la préparation de sa chaude liqueur y est peutêtre mieux entendue en général. Le grain, conservé cru, ne se rôtit qu'au moment même de l'employer, et, au lieu de le moudre, on le réduit en poudre impalpable dans un mortier, ce qui permet d'abréger le temps de l'infusion, d'économiser, par là, Tarome qui se dissipe pendant l'ébullition et de recueillir tout celui qui est perdu dans la poudre grossière qui sort de nos moulins à café.
11 a été un temps où celte liqueur, tout inotTen-
sive qu elle est à la raison de rhomme, était sévère-^ ment défendue en Turquie/aunom de la loi religieuse; mais le reHM^hement des mœurs et la décadence de Tempire, qui s'annoncent par d'autres symptômes plus graves que celui-ci, autorisent maintenant Tusage exces^f qui s'en fait. Quelques bigots, musulmans très-austères, résistent ^euls à Tèxemple et s'abstiennent.
Au reste, la parcimonie avec laquelle on offre le café rend l'abus de cette boisson moins dangereux qu'on ne peut le craindre.
Le tabac, dont l'usage n'est pas moins général que celui du café, est un plaisir que les Orientaux associent à l'autre. Etre assis nonchalamment sur lin matelas, le poidsdu corps abandonnéet reposant sur plusieurs coussins, à l'abri de toute importuni té, regarder distractivement et sansdistinguer, entend redemême, attirer doucement la vapetir du tabac, la rouler en tourbillon dans la bouche et puis la répandre comme un nuage autour de soi, alors amener mollement un bras qui appuie la coupe du café sur les lërres , respirer lentement son parfum , humer goutte à goutte sa bouillante liqueur, cela s'appelle ici jouir de la plénitude de la viesensuelle, ou, comme disent les Turcs, faire le keif, et il y a du matin au soir, dans les cafés de Smyrne, des gens qui les emplissent et qui ne font que cela.
La décoration principale dé ces lieux est une fontaine dont le jet d'eau, par un bruit monotone, dispose admirablement à l'absorption, qui fait le charme
de la vie musulmane. Le cahvédji sert à l'un la tasse de porcelaine à pied métallique ciselé, qui contient le nectar de Moka^ emplit la pipe d*un autre et porte deâ charbons ardents et des verres d'eau gratuit!» à tout venant. Quelquefois un conteur attroupe les habitués du lieu ; tantôt des jongleurs font preuve d'adressé^ d'autres fois de jolis enfants exécutent des danses animées. Aux jours d'été ^ des tapis re* couvrent les banquettes extérieures^ et l'assemblée silencieuse se groupe sur les estrades.
Le désœuvrement et la nécessité de se conformer au précepte important de la pureté corporelle, qui prescrit les ablutions en une multitude de cas, sont cause que les Turcs fréquentent beaucoup les bains. Ces établissements sont nombreux; ils consistent tous en plusieurs salles qui se suivent, et par les* quelles on passe graduellement de la température de Tair extérieur à celle qui convient aux bains.
La première salle est toujours vaste et forme un cercle ; sa voûte est percée d'un grand trou ouvert en toutes saisons, pour donner de la lumière et de l'air frais. Au-dessous de cette ouverture est construit un bassin de marbre rempli |l'unè eau vive et limpide. C'est là qu'à des jours et à 4ies temps réglés différemment pour les deux sexes les baigneurs revêtent le costume du bain* et qu'au retour ils trouvent un lit préparé pour les recevoir.
Les salles suivantes sont exactement closes; l'air qu'on y retient, pour éviter la dissipation de la chaleur, ne se renouvelle qu'imparfaitement par les por-
(es battantes couvertes de feutre, que les allants et venants sont forcés d'ouvrir. La lumière du ciel n'y pénètre pas mieux tt, lorsqu'on ne la supplée pas par la flamme vacillante de quelques lampions^ la faible lueur qui doit éclairer les salles descend de leurs voûtes à travers de grosses lentilles qui rafiaiblisscnC et à travers les brouillards du bain/ où elle achève de s'éteindre.
La première impression de cet air chaud^ humide et immobile est suffocante ; cependant on s'y habitue.
Les bains n'offrent pas, comme les nôtres, des cuves pleines d'eau dans lesquelles on plonge; ils ont seulement des salles chauffées par la voûte d'ua four construit sous leur pavé de marbre, salies où l'on se réunit, et où chacun, à sa guise, s'assied, se promène dans le brouillard, enveloppé de plusieurs serviettes, l'une roulée en turban sur le front, et les autres jetées sur les épaules et autour des reins. A la température élevée de ces lieux, la peau ne tarde pas à devenir souple et moite^ et à se couvrir d'une transpiration générale abondante. A cet instant, les domestiques préposés au service invitent le baigneur à s'étendre horizontalement sur les dalles, et ils s'en saisissent pour presser tous ses muscles tour à tour^ tordre ses bras et ses jambes, étendre et forcer les liens de* toutes ses articulations, faire craquer tous ses os ^ et mouvoir enfin toutes les pièces mobiles du squelette.
Le massage est une opération agréable mais énervante. J'ai vu des musulmans, qui en sont plus
partisans que moi , la faire pratiquer en se faisant piétiner tout le corps, et notamment le ventre, r(» qui est en Turquie un remède contre la colique d(' beaucoup de réputation.
En suite de cette préparation, des frotteurs se garnissent la main d'un sac de crin et nettoient le corps en exerçant sur toute sa surface des frictions rudes qui rubéfient la peau : la netteté est parfaite quand on peut les supporter jusqu'à la tin. Pour terminer la longue série des opérations de cette toilette, il ne reste qu*à effectuer un lavage au savon et à faire des aspei^sions abondantes avec de Teau qui se puise dans une coupe voisine, où elle est versée à volonté par des robinets chauds et froids.
Smyrne offrait, au temps où j'ai vu cette ville, le spectacle de sa plus grande activité; des caravanes nombreuses y apportaient journellement du raisin et des figues. Autrefois, les chrétiens et les juifs étaient les seuls à boire du vin, et la plus grande partie du raisin récolté en Asie était séchée ou transformée en confiture, appelée pekmez, qui est une sorte de raisiné ou de moût cuit et épaissi par la concentration qu'il subit au feu. Mais, aujourd'hui, un grand nombre de Turcs boivent du viu, et la plupart lui préfèrent même Veau-de-vie, et la plus forte, dont ils font usage à grands verres sans sourciller. Les figues, dont on fait d'abondantes récoltes autour de Smyrne, proviennent aussi de bien loin en Asie, et elles sont apportées sèches dans de grands sacs; les négociants qui les achètent les font pré-
parer par des hommes et des femmes qu'on voit réunis en grand nombre dans les cours de leurs maisons. L'opération que ces gens exéci^tent est simple et rapide : chaque figue est prise à son tour, malaxée avec les doigts trempés dans l'eau de mer et aplatie, puis renfermée et comprimée avec des feuilles de laurier dans des boites prêtes à être expédiées pour l'Europe.
Les chameaux sont Tunique moyen de transport des marchandises ; leurs files, précédées d'un petit âne conducteur, qui sert de monture au dévéhdji ou chamelier, se croisent tout le jour et vont se réunir sur les places consacrées aux marchés. La dignité vraiment singulière de ces animaux, leur taille, le volume de leur corps, joint à celui du fardeau qu'ils portent , le son de la cloche qui pend à leur cou, et le cri sauvage qu'ils jettent dans les maisons, tout cela, mêlé à quelques traits de nos sociétés occidentales et au:f traits plus nombreux d'une société étrangère, offre à l'Européen un coup d'œil plein du charme de la nouveauté et tout à fait pittoresque. Sur les marchés, ce sont d'autres scènes, plus variées et plus vives. Quelques centaines de chameaux agenouillés sur plusieurs lignes dessinent des rues improvisées, où les acheteurs, les marchands et les courtiers se poursuivent. Entre ees murs vivants, mais immobiles, les fruits de toute l'Asie amoncelés sont yiàités et marchandés par la foule, offerts et vendus par les uns , enlevés et transportés ailleurs par les autres. Ici, c'est un payement qui s'effectue^
et les disques de cuivre blanchis^ qu'on appelle grouchs, passant de main en main et s'éleva nt en piles ; là, c'est uije vente qui va se conclure : elle excite un bruit à étiourdir, lorsque les intéressés sont près de s'entendre, et un tumulte qui s'accroît de moment en moment jusqu'à ce qu'ils soient tout à fait d'accord. Les affaires se traitent ici comme on conduit chez nous une sédition, avec des éclats de voix confus, et des trépignements delà part des témoins, qui s'attroupent d'ordinaire, quand la vente est considérable ; ce sont des démonstrations animées et des mouvements de mains entre quatre personnes au moins, qui s'empoignent l'une l'autre et toutes ensemble, et dont le corps est secoué avec une violence à faire craindre qu'elles ne s'arrachent mutuellement les bras.
En détoui^nant les yeux de ces groupes, on voit, sur des plans voisins de la même scène, une variété étonnante de détails qui s'y rattachent. Un sakka , ou porteur d'eau, s'arrête près de la foule, et, sans déranger l'attitude de son corps, qui est courbé sous le poids, la main droite appuyée sur l'orifice du grand sac de cuir cousu qui charge ses reins, il jette un regard sur la multitude, et le cou tendu et le visage relevé vers le ciel, ajoute les effets de son turban, de sa barbe et de sa physionomie mâle à l'effet des autres parties du tableau. Plus loin, c'est un riche vieillard, suivi de ses domestiques comme un sénateur rçmain l'était de ses cliehts i l'un porte sapipie, uii autre ses babouches; ui^ troisième est
son secrëtaire; chacun a une fonction autour de sa personne. S'il s'arrête, les'passants^qui respectent ici le pouvoir de la richesse plus que les autres pouvoirs, s'éloignent de lui par égard; s'il marche, ses valets fendent la foule et se font faire place à l'aide de quelques violences, dont personne ne songe à se plaindre : on n'en est pas ici à mettre en question la valeur des privilèges , et on les tient encore pour choses saintes et respectables, dont il serait sacrilège de faire l'examen.
Au milieu de cette place encombrée, on voit quel> quefois un tchiaouch, vêtu du costume brillant de l'ancienne milice des janissaires, effrayer la foule par les mouvements de son cheval qui caracole, mais qui, docile à la main qui le manœuvre avec adresse, s'arrête et n'offense personne; des désœuvrés circulent lentement et jouent avec les grains d'un chapelet; des vendeurs, portant sur la tête des plateaux de bois légers, offrent le mahlébi, sorte de blancmanger, le caïmak, qui est une crème cuite, et les rafraîchissements de la saison. Sur les étalages de quelques boutiques voisines, on voit les pistaches d'Âlep, ou de Smyrne même, rapprochées des autres fruits secs ou fraisdeFÂsie, et, devant des monceaux de glace et de neige glacée, les marchands de sorbets étalant des boissons bleuies ou vermeilles^ dont les vives couleurs plaisent aux Turcs.
£nfin, dans les maisons qui forment l'enceinte de la place, deux hommes demi-nus et aux formes athlétiques soulèvent avec effort un lourd pilon^
sous lequel le grain du café s'écrase , tandis que le barbier, qui réunit chaque jour chez lui les gens de sa clientèle^ rase la tète de Tun^ épile les sourcils d'un autrCy inspecte la barbe de celui-ci, fait office de chirurgien pour celui-là , et pratique des scarifications, applique des ventouses , guérit du mauvais œil et dît le mot pour rire.
Loin du quartier des Francs et loin des bazars, le silence du cloitre régne dans les rues , ou, si parfois un bruit se fait entendre dans la solitude de cette partie reculée de la ville, c'est le retentissement du pas nonchalant d'un eunuque ou le frôlement du voile d'une femme, qui passe silencieuse comme une ombre. Rarement une voix descend des fenêtres grillées et tristes dont la vue serre le cœur, dispofé qu'on est à croire qu'en arriére de toutes grilles, murs et verrous, les plus jolis boudoirs des odalisques ne sont que des prisons odieuses.
Ces tendres prisonnières, à qui je portais un si vif intérêt par un mélange de motifs charitables et de motifs mondains, parce que je craignais qu'elles ne fussent bien malheureuses et parce que j'aimais à croire qu'elles étaient toutes bien belles, ont cependant un sort qui, en général, n'est rien moins qu'insupportable : les raisons décisives qui le prouvent sont que l'éducation de la famille et l'instruction religieuse, dont l'empire est si puissant sur les âmes, les préparent à la condition qu'elles doivent subir, et que cette condition, qui n'est pas dans nos mœurs et qui serait affreuse pour une Française,
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n'est pas dépourvue des attentions délicates qui font plaisir, ni des preuves d'attacliement, qui sont le premier lien de la famille. Qu'importe ce qu'il a plu aux hommes d'écrire dans les lois qu'ils ont Faites ? Qu'importe aux femmes, qui doivent en ignorer toute leur vie, qu'on ait limité leur action sociale en rabaissant leur intelligence, qu'on n'exerce pas, et qu'on ait dégradé leur vie en lui retirant les libertés qu'elles ne sont même pas appelées à soupçonner? Qu'importent ces restrictions dans la part des biens de ce monde, que les hommes leur ont arbitrairement désignée, si les lois naturelles triomphent de tous ces obstacles , et si leur bonté, leur douceur, leur patience, leur sensibilité et toutes leurs autres vertus obligent la vanité des hommes à reconnaître à propos les supériorités qui sont en elles et la puissance incontestable que ces qualités leur donnent?
Plein de curiosité pour tout ce qui pouvait m'instruire sur les mœurs et les usages de TOrient , j'ai fait beaucoup de tentatives, mais toujours inutiles, pour visiter des harems, espérant de surprendre un secret à la vie mystérieuse de ces lieux. J'ai dû renoncer à cet espoir pour le moment ; au reste, tout ce qui m'en a été dit par plusieurs dames européennes des mieux informées confirme les détails déjà connus et témoigne que notre imagination embellit plus que nature le sanctuaire de la beauté turque et la vie du maitre, qui seul a le droit d'y pénétrer.
Je m'étais fait présenter à des marchands juifs et chrétiens qui passaient pour être des plus riches. La distribution et l'ameublement de leurs demeures ne différaient pas assez des nôtres pour exciter beaucoup mon attention ; tout notre luxe d'Europe, que mes hôtes mettaient le plus grand empressement à faire passer sous mes yeux^ était, au contraire, ce que je recherchais le moins; mais je les excusais de se méprendre sun le but de ma curiosité : ce qu'ils faisaient était, d'ailleurs^ une manière de flatterie et une démonstration naïve de l'influence qu'exerce l'Europe; c'était un hommage rendu librement au génie de la civilisation; mais bientôt je retrouvai l'Asie dans les usages. La pipe et le café me furent présentés, par le fils même de la maison, avec une modestie de manières qui n'avait rien de servile , et peu après vint un plateau d'argent chargé de confitures, que sa soeur, jeune et jolie personne, m'offrit, en baissant de beaux yeux embarrassés, avec une timidité dont j'aimaiç jusqu'à la gaucherie naturelle.
Cette pipe était formée d'un long tuyau de cerisier, qu'ornait un morceau d'ambre jaune, arrondi et poli, et enrichi d'un anneau d'or où plusieurs pierres précieuses étaient enchâssées. Ce morceau d'ambre, où les lèvres s'appuient pour aspirer la fumée du tabac, termine un bout de la pipe ; l'autre extrémité du tube de cerisier est taillée en pointe et reçue dans une cassolette de terre, appelée noix, qui est pétrie d'une argile fine et puis moulée : cette
noix de pipe, large et peu profonde, contient fort peu de tabac, et encore les fumeurs délicats n'attendent-ils jamais qu'il soit tout consumé pour en demander d'aulre. âu reste, ce n'est pas à moi, qui ignore les voluptés d'une habitude qui me semble d'une saleté révoltante, de décrire les attentions infinies qu'elles exigent et qu'on leur donne ici.
Le café nous était servi sans sucre, épais et chargé de marc, dans de fort petites tasses de porcelaine blanche et de forme toute ronde ; pour les assujettir, on les avait posées sur des pieds d'argent ouvragés avec goût et avec une grande délicatesse de dessins. Les confitures étaient des conserves de roses, dont on prenait une cuillerée dans le compotier même.
Les maisons sont généralement basses et n'ont qu'un étage, au plus, au-dessus du rez-de-chaussée. En toutes celles dont la décoration ancienne a été conservée, on voit une salle principale, nommée salamlik , où le maître du logis reçoit les visites qui lui sont faites; elle a, d'ordinaire, la forme d'un grand rectangle percé de beaucoup de fenêtres fort larges, dont les vitraux sont petits comme ceux de nos églises gothiques, et où plusieurs niches sont ménagées , dans lesquelles on entrepose des pipes, des vases à fleurs, des papiers, et plus rarement des livres, qui sont très-rares chez tout le monde. Le parquet est souvent relevé de quelques pouces dans une partie de sa surface. Âu pied de la marche, les visiteurs de qualité abandonnent leurs sandales ou babouches, et les valets laissent les leurs sur le seuil
(le la porte. Des peintures plus ou moins bizarres, exécutées sans étude du dessin, et des sculptures capricieuses dans les boiseries concourent à la décoration, que coniplétent deux meubles : un large divan circulaire, pourvu de coussins et appuyé contre les murs, et un tapis recouvrant toute la surface du parquet.
J'ai été introduit prés du gouverneur de Smyme par son médecin. M***, Européen d'origine et homme de mérite, qui a joint à plusieurs bontés pour moi la complaisance de me servir d'interprète. Mes études en langue turque n'étaient pas encore assez avancées pour comprendre une conversation variée et rapide, et, pour la première fois» je commençai à regretter beaucoup que la difficulté de la parole mit une si grande distance entre deux hommes qui parlent et qui entendent également bien, mais qui ne peuvent se comprendre.
Avant d'entrer, mon obligeant cicérone m'apprit que rhôtel très-vaste, mais sans apparence, occupé par le bey|;ouverneur, avait appartenu à un homme riche, à qui on avait tranché la tète, sous un certain prétexte, pour confisquer sa maison et son or. Ces mots, que le docteur, habitué à la vie d'Orient, prononça sans intention, firent, au contraire, une profonde impression sur mon esprit; il ne m'avait pas encore paru aussi clairement qu'alors que la terre d'Europe s'était enfouie sous mes pieds, et il me sembla que le bras pesant du pouvoir arbitraire venait tout à coup de s étendre aussi sur moi ; mais
j'éloignai ces fâcheuses préoccupations, et j'arrivai au pied de l'escalier, déjà distrait de toute pénible pensée. Le palier offrait l'étalage 'des savates qui appartenaient aux officiers, clients et valets du gouverneur; cette vue ne prévient pas en faveur du spectacle que donne le reste de l'hôtel, mais elle prépare au jugement qu'on doit porter sur la propreté, le goût, l'arrangement et le bon ordre observés dans tous les lieux ouverls au public de ce pays.
A ce sujet, je remarque que le public, pour qui on est trés-respectueux en Europe, où il se montre difficile, et qui aspire à posséder les meilleures choses, qui se donne des palais, des musées, des théâtres et des jardins, est, au contraire, en Turquie, traité sans façon et si humble, qu'il s'ignore luimême.
La foule des gens du bey encombrait une grande salle des pas perdus, dont les quati*e angles, retranchés par des cloisons minces, étaient consacrés à des bureaux de l'administration. Dans ce péle-méle de gens, dont le pied était nu ou couvert d'un bas court et bariolé , ou enfermé dans un chausson de cuir jaune, rouge ou noir, on remarquait des paysans du voisinage venant réclamer contre des abus, des pétitionnaires sollicitant des emplois, des officiers et des soldats de la réforme, des sergents de janissaires, et une multitude d'autres personnes ayant des costumes curieux autant que variés.
Le gouverneur, prévenu de notre visite, nous fit bientôt entrer ; il occupait une des pièces dont je
vieiis de parler, è( il y était seul. Nous le trouvâmes assis sur les gras de jambe et sur les talons, les genoux reposant sur les matelas d'un divan. H sou«rit à Tekkim-bachi qui me présentait, et il le. reçut avec une certaine dignité mêlée de bonté Familière. 11 répondit d'un signe de tète bienveillant à mon salut européen et à la salutation mixte du docteur, que je vis porter à plusieurs reprises la m^in de la bouche au front, comme le pratiquent les Orientaux; et puis il nous invita à nous asseoir, en nous désignant une place près de lui.
Alors commença une conversation banale, à laquelle je pris peu de part , laissant au docteur le soin d'expliquer qui j'étais, d où je venais, la direction et le but de mon voyage, etc.», et je profitai des lenteurs d'une conversation par interprète, pour satisfaire de mon côté la curiosité de mes yeux.
L'appartement était décoré avec la même simplicité que j'avais observée chez les plus modestes marchands. Une nalte et un lapis couvraient le plancher; une étoffe commune, ornée de franges, était jetée sur la molle banquette où nous étions assis ; des coups de pinceau , distribués sans art sur le plafond et les murs , peignaient en couleurs éclatantes des arbres à fruits, des oiseaux, des perspectives de jardins et de villes, et, pour dernier trait, une pendule, un miroir à barbe et un gros perroquet taciturne occupaient ensemble la tablette d'une console, et formaient un groupe distinct de choses tout étrau- {{éres à l'Orient.
Le maillée du logis , coiffé d'un bonnel rouge de Fez, jouait d'une main avec le chapelel servant aux musulmans à répéter les attributs d'Allah, qui sont ses quatre-vingt-dix-neuf noms arabes , et de l'autre caressait sa barbe courte et grisonnante. An lieu de la riche fourrure qui convenait si bien à la noblesse des figures ottomanes, une veste ronde emprisonnait ses bras; son large cou s'étranglait dans la forme étroite d'un gilet boutonné dans toute sa longueur, et Tembonpoint de sa petite taille était à la gène dans le moule d'un pantalon marron, quoique bouffant en deux gros globes.
Les Turcs de bon ton, les effendis, les hommes qui ont vécu à la cour connaissent fort bien l'art de la flatterie; ils savent, par mille détours adroits, deviner les faiblesses du cœur en ce genre, et puis l'attaquerparlà. Les hommes les plus éminents, pour se faire honneur d'une réputation d'amabilité, ne dédaignent pas de se conduire de la sorte à l'égard de personnes dont ils n'ont rien à craindre ni rien à espérer, et le gouverneur de Smyrne m'en fournit la preuve plus d'une fois. Il mit une intention de délicatesse, qui n'est pas éloignée de nos mœurs, à comparer Paris et Smyrne, la France et la Turquie.
Pendant l'échange un peu long de nos discours, des domestiques étaient entrés. L'un avait mis un genou à terre, et posé, à quelques pas en avant du gouverneur, une très-riche bouteille travaillée à jour et toute d'argent, de laquelle sortait un tuyau long et souple, qui, par ses tours en spirale imitant
les nœuds d'un serpent, rampait jusqu'à lui et se terminait par un bout de bois tourna. Ce meuble est le narghilé qu'on emploie à fumer un tabac piquant, dont la vapeur s'épure au contact de Teau contenue dans la bouteille, et arrive à la bouche du fumeur, après des circuits nombreux, épurée, fraîche et suave. Deux autres domestiques, dans le même temps, nous présentaient des tchibooks d'une longueur remarquable. La manœuvre usitée pour cette présentation ne manque pas d'une certaine grâce : le domestique mesure à vue les distances, et appuie contre terre la noix de la pipe; ensuite, faisant tourner en cercle le tchibouk, il approche du visage de l'invité le morceau d'ambre qui en forme le bout , et la précision du premier coup d'œil est telle que les lèvres se trouvent placées naturellement au juste contact voulu. Cette gentillesse du service du (chiboukdji (chargé des pipes) s'accompagne d'un mouvement de sa main libre, qui se porte sur la région du cœur, et qui doit y rester jusqu'à ce que la pipe soit acceptée. U est d'usage de placer sous la noix une soucoupe en métal, qui préserve les tapis du feu.
Notre conversation, toute superficielle, avait changé d'objet bien des fois, et je m'apprêtais à prendre congé , mais le docteur me contint, et m'apprit que la bienséance ne permet pas de se lever avant le moment où on peut en demander la permission à son hôte, surtout lorsqu'on visite un personnage élevé en dignité. Ce moment, pour nous,
c'était la lin des politesses dont nous étions honorés. En effet y bientôt le gouverneur appela ses gens sans parler, mais d'un simple battement des mains, et on servit, à ce signal, un plateau, portant des li-* monades, après lequel en vint un autre, chai'gë de café. Dans l'intervalle, las de compter les grains de son chapelet et de le faire tourner en fronde sur un doigt, il avait tiré de ses poches un étui d'ébéne monté en or, où était un bézoard. Il me dit que cette amulette était toujours sur lui, qu elle servait à le préserver de plusieurs influences funestes dont il fit une longue énumération, et qu'il en avalait même quelquefois la raclure, qui est, assurait-il, ti^ès-elficace dans toutes les maladies.
Lorsque nous obtînmes la permission de nous retirer, nous demandâmes l'autorisation de visiter le palais, ce qui nous fut accordé avec bonne grâce. Mais ce que nous vimes ne mérite pas une description. Le harem nous fut ouvert parce qu'il était vide, les femmes du bey étant en ce moment toutes à Constantinople; ces appartements démeublés n'offraient aucun intérêt. Je remarquai cependant la chambre à coucher du gouverneur, qui me parut peu digne du rang et de la fortune d'un haut fonctionnaire. Un divan en faisait le tour, et un lit en fer, de la forme la plus mesquine, était au centre ; les pieds plongeaient dans des vases remplis d'eau » pour en éloigner les punaises. A un ou deux clous <le la muraille étaient pendus quelques biscuits sucrés. En descendant, je visitai les bains. Chaque per-
sonne riche en fait ainsi construire chezelle^ pour \\i • sage de sa maison. L'écurie renfermait plusieurs chevaux entravés par les quatre pieds^ et qui, étant hien nourris et peu exercés , étaient devenus excessivement gras, défaut qui nuit également à leur agilité et à la beauté de leurs formes.
Prés du palais du gouverneur est une caserne neuve de beaucoup d'apparence. Ce bel édifice, construit dans le goût européen, serait bien appro • prié à son objet, si l'objet lui-même répondait au vœu réformateur du sultan ; mais quelques poignées d'enfants sales et malingres, qu'on prendrait pour une troupe de mendiants et de gueux emprisonnés, sont un échantillon trop laid de l'armée disciplinée, pour mériler ce magnifique hôtel. La malpropreté en est excessive. Les soldats n'ont point de lits, et quelques-uns point de matelas; des tapis et des nattes, recouvrant des banquettes larges et un peu inclinées, les remplacent. Au-dessous des estrades, on voit des os, des débris de vases, des lambeaux de toile et autres ordures abandonnées, qui jettent une odeur désagréable dans les salles. Les fusils ont une longueur inégale, et la plupart sont rouilles. La bufHeterie est vieille et déchirée; les gibernes ont des formes , des grandeurs et des ornements différents. Il y a encore moins d'uniformité dans la manière dont chaque soldat est vêtu. Le bonnet rouge africain couvre toutes les têtes , et les cache jusqu'à la racine du nez. Aux uns, les cheveux tombent jusque sur les épaules, et le rasoir
ne respecte plus la barbe sacrée; aux autres, le menton garde ceC ornement, et, au contraire, le crâne, mis à nu, ne conserve que la longue houppe tartare et mongole, qui, par tradition d'usage, est restée dans l'Asie occidentale, depuis que les Turcs en ont fait la conquête. Des vestes rondes, que les mêmes ciseaux ont taillées toutes sur le même patron, sont en guenilles sur les épaules des uns, et leurs coutures baillent , ou Tétoffe grimace sur le dos des autres. Un bout de ficelle relient le pantalon de celui-ci, prés de glisser sur ses hanches plates ; trop juste pour celui-là, le même vêtement remonte au-dessus du genou quand il marche, et éclate quand il se baisse.
Les troupes qu'on appelle régulières, disciplinées et réformées , n'ont de tout cela que le nom. Les patrouilles que j'ai vues faites par elles n'avaient aucun ordre, chacun marchant comme en déroute, et portant les armes à sa guise. Plusieurs jouaient, riaient et faisaient des agaceries aux passants.
Mais il est un spectacle plus agréable que celui de ces pauvres soldats, chargés de relever la gloire de l'empire turc.
Quand on a vu briller les charmes des jolies niles grecques qui peuplent la rue des Francs et la rue des Roses, si galamment nommée, on se défendrait en vain de les revoir. On passe et on revient sans cesse devant ces longs couloirs ouverts et frais, meublés avec une simplicité élégante et pavés avec des dalles de marbre, au fond desquels on aperçoit,
entre les fruils dorés de Toranger et des bouquet» de fleurs, ou sous des treilles et des berceaux de verdure , quelqu'une de ces femmes d'une 'rare beauté, qui perpétuent la réputation de Smyrne.
Mais, frivoles autant que belles^ elles n'ont d'application qu'à la toilette, et ne font des études sérieuses que devant un miroir, où elles s'exercent à sourire, à déployer la grâce de leur cou blanc et voluptueux, et à mouvoir les yeux avec éclairs. Habituées trop tôt aux éloges, elles y sont insensibles toute leur vie ; elles ressemblent a ces déesses de marbre, dont elles ont les belles formes et le cœur, peut être, devant qui l'encens fumait sans provoquer leur reconnaissance.
Je n'ai pas ménagé la louange qui était due, et je ne saurais taire les reproches qui sont mérités. On dit que la peuplade grecque se retranchant de la grande ville de Smyrne, et vivant comme en ellemême, toutà faità part, a lesdéfauts des communautés et notamment celui des caquets avec les propos mordants des plus petites villes. Je me rendrais coupable de complicité^ si je redisais les mots malins qui échappent et circulent, et s'échangent. L'inoccupation, la rivalité et le besoin de prévenir l'effet d'un trait inévitable par un trait plus piquant ou plus hâté rendent très-actif ce commerce de petites méchancetés que la vivacité du coup de langue, la composition du visage et l'expression brève et pittoresque du Grec aiguisent merveilleusement. Je puis dire seulement à mes compatriotes que les Français ont ici la réputation d'être gais, aimables et fort portés
.1 la galanlei'ie, miiis qu'on leur reproche le déCaiil impardonnable de n'être pas éfiouseurs.
Le cosiume distinguait anciennement les per- >onnes selon les religions et les emplois ; mais ces différences sont aujourd'hui sensiblement éteintes (1). Les musulmans s'étaient attribué le jaune pour la chaussure. Les Arméniens adoptaient le rouge, et le noir était abandonné aux Juifs. Le vert oiait réservé aux fidèles qui ont visité la Mecque, et qu'un nomme badjis, et aux descendants du prophète appelés chérifs.
La coiffure des Arméniens est des plus curieuses : c'est un ballon monstrueux à un ou deux étages, dont la couleur est noire ; leurs courtiers ont un énorme chapeau pyramidal, d'un louge vif, dont la forme renversée se termine par quatre pointes. Les Grecs et les Turcs portent le bonnet de fez; celui des Juifs est noir. La couleur du cliàle qui est roidé en turban autour de la tête et la forme qu'on donne à ses plis distinguent de loin les hommes de ces différentes classes; il en est de même de la coupe des vêlements, et surtout de la démarche grave, relevée et fiére des uns, ou vive et impatiente, ou timide et humiliée des antres.
Les dames grecques portent généralement une calotte de laine rouge ou de tricot blanc, d'où
(1 } Les premières ordonnances relatives à rel objet sonl d'Orcbnn : il prescrivit des dislinc lions dans le vêlement des oitadins, des campagnards, des croyants el des non-croyanis
lombeune mèche abondante de soie^ et que relienl une tresse de cheveux tordue autour de la (été. Une gaze, de la couleur qui convient le mieux aux intérêts de la coquetterie, selon la manière de l'entendre de chaque belle, est roulée avec la tresse, et forme un turban aussi élégant que léger. Je reproche cependant à cette coiffure d'avoir quelquefois des dimensions outrées et d'employer à profusion les faux cheveux.
On voit les jeunes filles d'Israël porter sur le haut du front des mouchoirs formant un bandeau droit. Leurs longs cheveux, séparés en une multitude de petites mèches toutes égales et tressées, que divers rubans prolongent encore, retombent en liberté sur leurs épaules. Lorsqu'elles sortent, un voile blanc, jeté sur leur tète et fixé par devant au bandeau, descend en arrière, en flottant, jusque près de terre, mais il laisse heureusement voir leurs beaux traits réguliers. Les dames juives portent une multitude d'ornements, comme colliers, bracelets et ceinture de métal ; ces bijoux se composent de petites chaînettes rapprochées ^t attachées ensemble, dont le nombre et la valeur sont quelquefois considérables.
Les Arméniennes portent aussi le voile blanc, mais elles en ramènent deux pointes sous le menton, et elles cachent avec beaucoup de soin la bouche et souvent le nez , et en général tout le détail de leur toilette.
La rigueur du voile est plus grande encore h l'égard des femmes turques : elles savent l'ajuster
<le manière à ne laisser apercevoir que les deux yeux^ ou même un seul; souvenl encore leur ûgure est protégée en entier contre les examens indiscrets, par une grande visière de crin, dont la maille permet de respirer et de voir sans être vu. Dès l'âge de huit ans, les filles turques sont soustraites aux regards des hommes, et j'ai remarqué plus d'une fois de très-jeunes enfants que leurs mères enveloppaient «avec soin dans leurs propres manteaux et affectaient de ne pas laisser voir. Était-ce crainte du mauvais œil, était-ce déjà moCif de pudeur, je ne sais. Quoi qu'il en soit , cette habitude de se voiler , prise de l>onne heure et soigneusement entretenue, donne aux femmes turques une apparence de sauvagerie qui ferait juger très-favorablement de leurs mœurs , si la chronique impitoyable n'avait des scandales à raconter.
La peste avait éclaté à Gonstantinople et en Egypte, et les grands ravages qu^elle exerçait dans ces deux endroits inspiraient une juste crainte , qui retenait à Sniyrne beaucoup de voyageurs venus d'Europe. Ce monde d'étrangers est des plus hitéressants à étudier. Comme il abonde en caractères originaux , il mérite assurément qu'un observateur assidu et habile s'attache à le connaître et recueille toutes les singularités dont il sème les routes qu'il fréquente : on apprendrait par quels travers nombreux est quelquefois compensé l'avantage d'une immense fortune ; un peintre de mœurs emploierait à propos sa plume et son crayon à dessiner dans
tin album les trails vile elFacés de ce monde mobile, qui sont perdus chaque jour pour la curiosité du public et pour la science de Thomme.
Dans le nombre des étrangers retenus à Smyrne, le liasard m'avait procuré la connaissance d'un Irlandais dont l'éducation y ies goûts et le plan de voyage me convenaient. Nous nous accordâmes pour nous rendre ensembk; h Constnntinople, à travers la campagne de Troie, et aussitôt nous fîmes chacun de notre côîé des préparatifs de départ. Le consul anglais mit un empressement extraordinaire à épargner à son compatriote mille petites contrariétés inévitables, et une prévenance charmante à lui donner des conseils utiles pour se conduire à l'égard des divers habitants de l'Asie; à lui faire obtenir des chevaux de poste, et à lui procurer un guide sûr et les passe-ports nécessaires ; nous partîmes.
Un brave homme, né à Venise, parlant l'italien , îe grec et le français également mal, mais avec beaucoup de facilité , et servant d'interprète et de
domestique à M , accompagnait nos chievaux
de bagage et marchait derrière nous. A notre tête était une sorte de poslillou , appelé ici surndjuj qui avait nom Baba. Le maitre de poste, toujours à la recommandation du consul anglais, vint en personne mettre en bonne route notre petite caravane, et nous accompagner jusqu'à un bureau d'octroi, nous évitant les embarras du déballage et les perquisitions des employés, et nous épargnant
PeDiées r-t cotes critiques, t. 1 . S