‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 112 sur 134 · VIII. * L'autorité · texte numérisé non relu

VIII. * L'autorité

* Tant s'en faut que d'avoir ouï dire une chose ^75 soit la règle de votre créance, que vous ne devez rien croire sans vous mettre en l'état comme si jamais vous ne l'aviez ouïe.

* Clest le consentement de vous à vous*même et la voix constante de votre raison et non des autres qui vous doit faire croire.

* Le croire est si important.

* Cent contradictions seraient vraies^

* Si l'antiquité était la règle de la ciréance, les anciens étaient donc sans règle.

* Si le consentement général. ... Si les hommes étaient péris.

* Fausse humilité, orguéiL

* Levez le rideau.

* Vous avez beau faire, si faut-il ou croire, ou nier ou douter.

* N'aurons-nous donc pas de règle?

* Nous jugeons des animaux qu'ils font bien ce

qu'ils font, n'y aura-t-îl point une règle pour juger des hommes?

* Nier, croire et douter bien sont à l'homme ce que le courir est au cheval.

{En marge ;) * Punition de ceux qui pèchent, erreur.

265 11 y a deux manières de persuader les vérités de i9 notre religion : l'une par la force de la raison, l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première. On ne dit pas : 11 faut croire cela, car l'Écriture qui le dit est divine; mais on dit qu'il le faut croire par telle et telle raison, qui sont de faibles arguments la raison étant flexible à tout '.

271 IX. Ceux à qui Dieu a doniié la religion par sentiment de cœur sont bien heureux et bien persuadés. Mais pour ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur imprime lui-même dans le cœur; sans quoi la foi est inutile pour le salut.

Dieu, pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire, et pour nous rendre la difficulté de notre être inintelligible, nous en a caché le nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que'nous étions incapables d'y arriver : de sorte que ce n'est pas par les agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la

* Montaigne a dil, liv. 11, chap. 29 : « Notre raison est flexible à toutes sortes d^images. »

DE LA RELIGION GBRliTIENNB. 355

raison , que nous pouvons véritablement nous connaître '.

X. * Notre religion est sage et folle. Sage, parce qu'elle w* est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophéties, etc. Folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c'est la croix : ne evacuata sit crux. Et ainsi S^ Paul qui est venu en sagesse et signes, dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes, car il venait pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et signes.

251 XI. — Il y a bien de la différence entre n'être pas pour Jésus-Cbrist, et le dire ; ou n'être pas pour Jésus- Christ, et feindre d'en être. Les uns peuvent faire des miracles, non les autres; car il est clair des uns qu'ils sont contre la vérité, non des autres ; et ainsi les miracles sont plus clairs.

— * C'est une chose si visible qu'il faut aimer un seul Dieu, qu'il ne faut pas de miracles pour le prouver.

— * Bel état de l'Eglise quand elle n'est plus soutenue que de Dieu !

XII. * Les vrais chrétiens obéissent aux folies néan- si moins ; non pas qu'ils respectent les folies, mais l'ordre

■ Ce paragraphe ne se trouve ni dans le MS. ni dans la Copie. Il a «lé publié dans la première édition.

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