SECONDE PARTIE
* QUE L'HOMME SANS LA FOI NE PEUT CONNAITRE LE VRAI BIEN NI LA JUSTICE.
146 L Tous les hommes recherchent d'être heureux : cela 577 est sans exception. Quelques différents moyens qu'ils y emploient, ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n'y vont pas, est ce même désir qui est dans tous les deux, accompagné de différentes vues*. La volonté (ne) fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre.
Et cependant depuis un si grand nombre d'années jamais personne sans la foi n'est arrivé à ce point où tous visent continuellement. Tous se plaignent, princes, sujets; nobles, roturiers; vieux, jeunes; forts, faibles; savants, ignorants; sains, malades; de tous pays, de tous les temps ; de tous âges et de toutes conditions. -
Une épreuve si longue, si continuelle et si uniforme, devrait bien nous convaincre de notre impuissance
' Ici les mois suivanls barrés : « Je n'écris ces lignes et on ne les lit que parce qu'on y trouve plus de satisfaction »
<*7 d'arriver au bien par nos efforts : mais l'exemple (ne) nous inslruit point. Il n'est jamais si parfaitement semblable, qu'il n'y ait quelque délicate différence; et c'est de là que nous attendons que notre attente ne sera pas déçue en cette occasion comme en l'autre*. Et ainsi le présent ne nous satisfaisant jamais, l'expérience ^ nous pipe et de malheur en malheur nous mène jusqu'à la mort qui en. est un comble éternel.
«80 Qu'est-ce donc que nous crie ^ette avidité et cette impuissance, sinon qu'il y a eu autrefois dans l'homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu'il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l'environne, 578 recherchant des choses absentes le secours qu'il n'obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables ^ parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c'est-àdire que par Dieu même.
U7 Lui seul est son véritable bien ; et depuis qu'il l'a quitté c'est une chose étrange qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait été capable de lui en tenir la place, astres, ciel, terre, élément, plantes, choux, poireaux, animaux, insectes, veaux, serpents, fièvre, peste, guerre, famine, vices, adultère, inceste. Et depuis qu'il a perdu le vrai bien, tout également peut lui paraître tel, jusqu'à sa destruction propre quoique si
> D'abord : « Gomme elle Va été danê Tautre. »
a Dans la Copie de Si Germaiu le mot expérience esl remplacé de la main de Nicole par espérance qui a passé dans les éditions.
' Il semble qu'il aurait fallu dire : « mais dont elles sont toutes incapables. »
coulraîre à Dieu, à la raison et à la nature tout eosemble.
Les lias le chercbent daas l*auierité \ les autres dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les voluptés.
D'autres qui en ont en effet plus approché ont considéré qu'il est nécessaire que le bien universd que tous les hommes désirent ne soit dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui étant partagées affligent plus leur possesseur, par le manque de la partie qu'il n'a jpas, qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous pussent le posséder à la fois sans diminution et sans envie, et que personne ne le put perdre contre son gré.
* Et leur raison est que ce désir étant naturel à l'homme, puisqu'il est nécessairement dans tous, et qu'il ne peut pas ne le pas avoir, ils en concluent... '.
* II. ^ Mais peut-être que ce sujet passe la portée de la 70 raison : examinons donc ses inventions sur les choses
* D*abord : « la grandeur. >
' Phrase interrompue; la suite ne se retrouve ni dans le MS. ni dans les copies.
• Ce fragment n'est évidemment qu*une suite. Le commencement ne se retrouve ni dans le MS , ni dans la copie.^— Du reste ce fragment et celui qui suit semblent n'être, quant au fond, que la reproduction de quelques passages du cliap. de Montaigne : Apologie de Raymond de Sebonde. Les nombres qui s'y trouvent cités indiquent ï^ans doute des pages des Essaie,
de sa force. S*il y a quelque chose ou son intérêt propre ait dû la faire appliquer de son plus sérieux, c'est à la recherche de son souverain bien. Voyons donc où ces âmes fortes et clairvoyantes Tout placé, et si elles en sont d'accord. [Barré,)
* L'un dit que le souverain bien est en la vertu, Vautre le met en la volupté; Tun en la science de la nature, Vautre en la vérité : Félix qui potuit rerum cognoseere causas; l'autre en l'ignorance totale; l'autre en l'indolence; d'autres à résister aux apparences; l'autre à n'admirer rien : nihil mirari propè res una quœ possit facere et servare beatum '; et les pyrrhoniens en leur ataraxie , doute et suspension perpétuelle, et d'autres plus sages pensent trouver un peu mieux. Nous voilà bien payés. (Barre.)
Si faut-il voir, si cette belle philosophie
n'a rien acquis de certain par un travail si
long et si tendu, peut-être qu'au moins
l'âme se connaîtra soi-même. Écoutons les
régents du monde sur ce sujet. Qu'ont-ils
pensé de sa substance ? (Barré,) lois, article\ 593^ '
suivant. | ^ ., . , , , . . ,
Ont-us été plus heureux a la loger?