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el voyez si vous n'y trouverez par les caractères vivante de ces deux natures.
— Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple?
— * Incompréhensibh *.
* Tout ce qui est incompréhensible ne laisse passas d'être* : le nombre infini; un espace infini égal au fini.
IS6 — Incroyable que Dieu s'unisse à nous '. — Cette considération n'est tirée que de la vue de notre bassesse. Mais si vous l'avez bien sincère, suivez-la aussi loin que moi , et reconnaissez que nous sommes en • effet si bas, que nous sommes par nous-mêmes incapables f de connaître si sa miséricorde ne peutps^s nousassf rendre capables de lui. Car je voudrais savoir d'où cet animal, qui se reconnaît si faible, aie droit de mesurer la miséricorde de Dieu, et d'y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. 11 sait si peu ce que c'est que Dieu, qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même ; et, tout troublé de la vue de son propre état, il ose dire que Dieu ne peut pas le rendre capable de sa communication ! Mais je voudrais lui demander si Dieu demande autre chose de lui, sinon qu'il l'aime en le connaissant; et pourquoi il croit que Dieu ne peut se rendre connaissable et aimable à lui, puisqu'il est naturellement ^
> Le mot incompréhensible résume évidemment' une objection.
* Cette proposition se retrouve isolément jetée pag« 47 du M8. autog.
' Même observation pour cette phrase : « incroyable -que Dieu s*u- Hisse à nous, » que pour le mot ineomprihensihle, •
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capable d'auiour el de connaissance. 11 est sans doute qu'il connaît au moins qu'il est, et qu'il aime quelque chose. Donc s'il voit quelque chose dans les ténèbres ou il est et s'il trouve quelque sujet d'amour parmi les choses de la terre, pourquoi, si Dieu lui donne quelques rayons de son essence, ne sera-t-il pas capable de le connaître et de l'aimer en la manière qu'il lui plaira se communiquer à nous? 11 y a donc sans doute une présomption insupportable dans ces sortes de raisonnements, quoiqu'ils paraissent fondés sur une humilité apparente, qui n'est ni sincère, ni raisonnable, si elle ne nous fait confesser que ne sachant de nous-mêmes qui nous sommes nous ne pouvons l'apprendre que de Dieu.
S90 — Je n'entends pas que vous soumettiez votre créance à moi sans raison , et ne prétends pas vous assujettir avec tyrannie. Je ne prétends pas aussi vous rendre raison de toutes choses; et pour accorder ces contrariétés j'entends vous faire voir clairement, par des preuves convaincantes, des marques divines en moi, qui vous convainquent de ce que je suis e{ m'attirent autorité par des merveilles et des preuves que vous ne puissiez refuser; et qu'ensuite vous croyiez sûrement les choses que je vous enseigne, quand vous n'y trouverez autre sujet de les réfuser, sinon que vous ne pouvez par vous-mêmes connaître si elles sont ou non.
235 Dieu a voulu racheter les hommes, et ouvrir le salut sae à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s'en rendent si indignes, qu'il est juste que Dieu refuse à quelques-uns, à cause de leur endurcissement, ce qu'il
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accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due. SMl eût voulu surmonter Tobstinatbn des plus endurcis, ilTeût pu en se découvrant si manifestement à eux qu'ils n'eussent pu douter de la vérité de son essence, comme il paraîtra au dernier jour, avec un tel éclat de foudres et un tel renversement de la nature que les morts ressucités et les plus aveugles le verront.
Ce n'est pas en cette sorte qu'il a voulu paraître dans son avènement de douceur ; parce que tant d'hommes se rendant indignes de sa clémence, il a voulu les laisser dans la privation du bien qu'ils ne veulent pas K II n'était donc pas juste qu'il parût d'une manière manifestement divine et absolument capable de convaincre tous les hommes; mais il n'était pas juste aussi qu'il vînt d'une manière si cachée, qu'il ne pût élre reconnu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement connaissable à ceux-là; et ainsi, voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent de tout leur cœur et caché à ceux qui le fuient de tout leur cœur, il * tempère sa connaissance ^ en sorte qu'il a donné des marques de soi visibles à ceux qui le cherchent, et obscures à ceux qui ne le cherchent pas.
Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire.
' D*abord : « qu'ils ne veulent pas rechercher. » ^ La fin de Talinéa depuis tempère esl sur une petite feuille, i^^ige 57, en t6(e de laquelle ou lit : à P. IL pour demain. 2.
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XVII/ A P. i{. '. Commencement après avoir expliqué Vincompréhennlnlité.
478 Les grandeurs et les misères de rhomme sont telle- si7 ment visibles, qu'il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu'il y a quelque grand principe de grandeur en l'homme et qu'il y a un grand principe de misère.
177 II faut donc qu'elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés.
Il faut que pour rendre Thouime heureux elle lui montre qu'il y a un Dieu; qu'on est obligé de l'aimer; que notre vraie félicité est d'être en lui, et notre unique mal d'être séparé de lui ; qu'elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l'aimer; et qu'ainsi nos devoirs nous obligeant d'aimer Dieu, et nos concupisceqces nous en détournant, nous somqies pleins d'injustice. Il faut qu'elle nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien ; il faut qu'elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances et les moyens d'obtenir ces remèdes. Qu'on examine
• A. P. R. signifie sans doute A Port-Royal, — Celle indlcalipn, qui se retrouve encore sur deux autres fragments, pourrait faire supposer que les solitaires avaient entre eux des conférences où chacun prenait la parole sur un sujet donné de religioa ou de philosophie morale, et que Pascal avait écrit ces pages pour une de ces conférences. Ne serait-ce pas une partie du discours dans lequel il développa un jour, à la piière de quelques amis, le plan de son grand ouvrage? Etienne Perier et Dubois de Lacour, qui nous ont conservé Tanalyse de ce discours» nous apprennent que Pascal, dans cette occasion, parla pendant trois heures avec une éloquence admirable.
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sar cela toutes les religions du monde, et qu'on voie s'il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse.
Sera-ce les philosophes, qui nous proposent pour tout bien les biens qui sont en nous? Est-ce là le vrai bien? Ont- ils trouvé le remède à nos maux? Est-ce avoir guéri la présomption de l'homme que de l'avoir mis à régal de Dieu? Ceux qui nous ont égalés aux bétes, et les mahométans qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, même dans Fétemité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences? m Quelle religion nous enseignera donc à guérir l'orgueil et la concupiscence? Quelle religion enfin nous enseignera notre .bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, la cause de ces faiblesses, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d'obtenir ces remèdes ^? Toutes les autres religions ne Tout pu. Voyons ce que fera la Sagesse de Dieu.
N'attendez pas, dit-elle, ni vérité ni consolation des 179 hommes. Je suis celle qui vous ai formés, et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes. Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état où je vous ai formés. J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait; je l'ai rempli de lumière et d'intelligence; je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L'œil de l'homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n'était pas alors dans les ténèbres qui Taveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l'affligent. Mais il n'a pu soutenir tantsi^ de gloire sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-même et indépendant de moi\
* Dans ie MS. : « ceteméde. » .
secours. Il s*est soustrait de ma doniinalion» et s*égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en luimême. Je Tai abandonné à lui, et révoltant les créatures qui lui étaient soumises, je les lui ai rendues ennemies : en sorte qu aujourd'hui Thomme est devenu semblable aux bétes, et dans un tel éloignemeut de moi qu*à peine lui reste-t-il une lumière confuse de son auteur : tant toutes ses connaissances ont élé éteintes ou troublées I Les sens indépendants de la raison, et souvent maîtres de la raison, Tont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou Taffligent ou le tentent; et dominent sur lui, ou en le soumettant par leur force, ou en le cl^armant par leurs douceurs, ce qui est une domination plus terrible et plus impérieuse.
Voilà Tétat où les hommes sont aujourd'hui. Il leur reste quelque instinct impuissant du bonheur de leur première nature, et ils sont plongés dans les misères de leur aveuglement et de leur concupiscence qui est devenue leur seconde nature.
De ce principe que je vous ouvre, vous pouvez reconnaître la cause de tant de contrariétés qui ont étonné tous les hommes, et qui les ont partagés en de si divers sentiments. Observez maintenant tous les mouvements de grandeur et de gloire que l'épreuve de tant de misères ne peut étouffer, et voyez s'il ne faut pas que la cause eu soit en une autre nature.
235 XVIII. Il est donc vrai^que tout instruit rhomine de sa condition, mais il le faut bien entendre; car il n'est
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pas vrai que tout découvre Dieu, et il n*est pas vrai que tout cache Dieu. Mais il est vrai tout ensemble qu'il se cache à ceux qui le tentent et qu'il se découvre à ceux qui le cherchent, parce que les hommes sont tout ensemble indignes de Dieu et capables de Dieu; indignes par leur corruption, capables par leur première nature'.
* Que conclurons-nous donc de toutes nos obscurités, sinon notre indignité ^?
XIX. * Objection des athées: — Mais nous n'avons 45 nulle lumière.
524 XX. S'il n'y avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait pas sa corruption; s'il n'y avait point de lumière, rhomme n'espérerait point de remède. Ainsi il est non-seulement juste mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaîlre Dieu çans connaître sa misère et de connaître sa misère sans connaîlre Dieu ^.
m S'il n'avait jamais rien paru de Dieu, cette privation éternelle serait équivoque et pourrait aussi bien se rapporter à l'absence de toute divinité ou à l'indignité où seraient les hommes de le connaître. Mais de ce qu'il paraît quelquefois, et non pas toujours, cela ôle
* Dans la Copie seulement.
' Idem. — * Id.
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Téquivoque. S*il parait une fois, il est toujours; et ainsi on n*en peut eonclure sinon qu'il y a un Dieu et que les hommes en sont indignes ^
S04 XXI. Si Ton veut dire que l'homme est trop peu pour vt mériter la communication avec Dieu, il faut être bien grand pour en juger. (Barré,)
* L'homme n'est pas digne de Dieu: mais il n'est «7 pas incapable d'en être rendu digne.
Il est indigne de Dieu de se joindre à Thomme misérable; mais il n'est pas indigne de Dieu de le tirer de sa misère.
238 XXII. Que si la miséricorde de Dieu est si fçrande qu'il nous instruit salutairement, même lorsqu'il se cache, quelle lumière n'en devons-nous pas attendre lorsqu'il se découvre^?
XXni.* Reconnaissez donc la vérité de la religion dans l'obscurité même de la religion, dans le peu de lumière que nous en avons, dans l'indifférence que nous avons de la connaître ^.