D^ARRIVER A LA FOI. HS
Celte dernière supposition est la nôtre.
(En marge :) * Cœur. Instinct. Principes.
275 Par les partis, vous devez vous mettre en peine de «s rechercher la vérité : car si vous mourez sans adorer le vrai principe vous êtes' perdu. Mais, dites -vous, s'il avait voulu que je l'adorasse, il m'aurait laissé des signes de sa volonté. Aussi a-t-il fait; mais vous les négligez. Cherchez-les donc ; cela le vaut bien.
^ S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne<3o devrait rien faire pour la religion ; car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait- on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles! Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain; et qu'il y a plus de certitude à la religion que non pas que nous voyions le jour de demain : car il •n'est pas certain que nous voyions demain, mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est pas certain qu'elle soit; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas? Or, quand on travaille pour demain et pour l'incertain, on agit avec raison.
* Car on doit travailler pour l'incertain par la règle des partis qui est démontrée '.
* Immédiatement après ce paragraphe, vient dans le MS. > phrase
suivante: « St-Augustin a vu qu'on travaille pour rincerlain »
Voy. Pensées diverses, CXXVIII.
* Que me promettez-vous enfin, sinon dix ans d'a-fô mour-propre à bien essayer de plaire sans y réussir, outre les peines? Car dix ans c'est le parti '.
«64 Ohj. Ceux qui espèrent leur salut sont heureux iss en cela, mais ils ont pour contrepoids la crainte de Tenfer.
Rép, Qui a plus de sujet de craindre Tenfer ou celui qui est dans Tignorance s'il y a un enfer et dans la certitude de damnation s'il y en a ; ou celui qui est dans une certaine persuasion qu'il y a un enfer et dans l'espérance d'être sauvé, s'il est?
s Car il ne faut pas se méconnaître : nous sommes 125 automate ^ autant qu'esprit, et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses
' Cette phrase inintelligible est, dans le MS., écrite sans orthographe et par une main fort inhabile.
* On retrouve dans celte expression le souvenir et la trace des conversations qu'on avait à Port-Royal sur les opinions de Descartes, concernant les animaux qu'il considérait comme des automates. Ce système qui consistait k ne voir dans les animaux que de pures machines sans &me et même sans sentiment de douleur et de plaisir, était fort goulé à Port-Royal. Fontaine, tom. II de ses Mémoires, nous apprend que : « On disait que les bêtes étaient des horloges; que ces « cris qu'elles faisaient quand on les frappait n'étaient que le bruit « d'un petit ressort qui avait été remué, etc. »
Pascal, suivant sa nièce M"» Perier, était du sentiment de Descartes sur l'automate, et Baillet dit aussi : • Celte opinion des automates « était ce que M. Pascal estimait le plus dans la philosophie de « M. Descartes. » ( Vie de Descartes. — Tom. I", p. 52. )
d'arriver a la foi. ^75
démontrées 1 Les preuves ne convainquent que Fesprit. La coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues; elle incline Tautomate qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense. Qui a démontré qu'il sera demain jour, et que nous mourrons? et qu'y a-t-il de plus cru? C'est donc la coutume qui nous en persuade; c'est elle qui fait tant de chrétiens; c'est elle qui fait les Turcs, les païQUs, les métiers, les soldats, etc. *. Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l'esprit a vu où est la vérité, afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance qui nous échappe à toute heure; car d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaire. Il faut acquérir une créance plus facile, qui est celle de l'habitude qui sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance ^, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l'automate est incliné à croire le contraire, ce n'est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces; l'esprit, parles raisons qu'il suffit d'avoir vues une fois en sa vie; et l'automate par la coutume et en ne lui permettant pas de s'incliner au contraire. — * Inclina cor meum, Deus *.
' En marge est écrit : « Il y a la foi reçue dans le baptême, de plus aux chrétiens qu'aux païens. »
* Dans la même phrase, Pascal écrit indifféremment créance et croyance.
• Cette méthode d'agir sur Tespril par l'automate, c'est-à-dire d'arriver à la foi par les pratiques extérieures n'est pas nouvelle et se trouve recommandée par les maîtres de la théologie morale. Suivant nous, c'est ce que Pascal appelle ailleurs préparer la machine.
391 — La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues sur tant de principes lesquels il faut qu*ils soient toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit et s'égare, manque d'avoir tous ses principes présents. Le sentiment n'agit pas ainsi; il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment; autrement elle sera toujours vacillante.
189 Ceux qui croient sans avoir lu les Testaments, c'est 48i . parce qu'ils ont une disposition intérieure toute sainte, et que ce qu'ils entendent dire de notre religion y est conforme. Ils sentent qu'un Dieu les a faits. Ils ne veulent aimer que Dieu; ils ue veulent haïr qu'euxmêmes. Ils sentent qu'ils n'en ont pas la force d'euxmêmes; qu'ils sont incapables d'aller à Dieu; et que, si Dieu ne vient à eux, ils ne peuvent avoir aucune communication avec lui. Et ils entendent dire dans notre religion qu'il ne faut aimer que Dieu, et ne haïr que soi-même; mais qu'étant tous corrompus et incapables de Dieu, Dieu s'est fait homme pour s'unir à nous. Il n'en faut pas davantage pour persuader des hommes qui ont cette disposition dans le cœur, et qui ont cette connaissance de leur devoir et de leur incapacité.
51 Je sens que je peuxr n'avoir point été : car le moi m consiste dans ma pensée; donc moi qui pense n'aurais
( Voy. à la fln de ce volume l'article intitulé Obdbe, où cette expression de machine est plusieurs fois reproduite. )
d'arriver a la foi. 477
point été si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé. Donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi étemel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini.
^^g Ne vous étonnez pas de voir des personnes simples M5 croire sans raisonnement. Dieu leur donne Tamour de soi et la haine d'eux-mêmes. Il incline leur cœur à croire. On ne croira jamais d'une créance utile et de foi, si Dieu n'incline le cœur; et on croira dès qu'il l'inclinera.
Et c'est ce que David connaissait bien : Inclina cor meumy Deus, in '....
3S8 II y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration ^. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume; au contraire; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y confirmer par la coutume; mais s'offrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ne evacuetur crux Christi '.
* On n'entend les prophètes que quand on voit les*oo
* in testimonia tua, Ps. GXVm. 26.
' Pascal avait mis d'abord : la révélMon.
* Ut non evacuetar crax Christi. I. Gorinth. 1. 17.
nS MOTBHS
clioseâ arrivées; ainsi les preuves de la retraite et de là discrétion, du silence, etc., ne se prouvent qu'à ceux qui les savent et les croient.
— * Joseph si intérieur dans une loi tout extérieure.
— * Les pénitences extérieures disposent à Tintérieure, comme les humiliations à Thumilité. Ainsi les". . . .
* Rom. 5. â7. Gloire exclue : par quelle loi ? Des œu-44s vres; non ; mais par la foi \ Donc la foi n*est pas en nôtre puissance comme les œuvres de la loi , et elle nous est donnée d'une autre manière.
* La foi est un don de Dieu. Ne croyez pas que «42 nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne dmnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n^y mène pas néanmoins.
,^ La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec 409 douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par les raisons et dans le cœur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l'esprit et dans le cœur par 'la force et par les menaces, ce n'est pas y mettre la religion, mais la terreur : terrorem potius quam religionem.
' La phrase n'est pas terminée.
' Voici les paroles de St Patil : « Ubi est ergo gloriatio tua ? Ex- « clasa est. Per qaam legem?Faôtoruin? Non : sed per legem fidei.» Epist. ad Rom. Gap. m. 27.
D*JkEElVEB A La FOI. ^9
2S3 Au lieu de vous plaindre de ce que Dieu s'est caché, «si vous lui rendrez grâces de ce qu*il s*est tant découvert, et vous lui rendrez grftces encore de ce qu'il ne s'est pas découvert aux sages superbes, indigues de connaître un Dieu si saint.
274 — Deux sortes de personnes (le) connaissent : ceux qui ont le cœur humilié, et qui aiment la bassesse, quelque degré d'esprit qu'ils aient, hisiût ou bas ; ou ceux qui ont assez d'esprit pour voir la vérité, quelque opposition qu'ils y aient.
S7I La religion est proportionnée à toutes sortes d'es-m prits. Les premiers s'arrêtent au seul établissement; et cette religion est telle, que son seul établissement est suffisant pour en prouver la vérité. Les autres vont jusqu'aux apôtres. Les plus instruits vont jusqu'au commencement du monde. Les anges la voient encore mieux, et de plus loin.
4g9 Ceux que nous voyons chrétiens sans la connais- «ss sance des prophéties et des preuves ne laissent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont cette connaissance : ils en jugent par le cœur, comme les autres en jugent par l'esprit. C'est Dieu lui-même qui les incline à croire ; et ainsi ils sont très-efficace1nent persuadés'.
■ Ici se trouve le paragraphe suWaot, barré : « On répondra que les infidèles diront la même chose ; mais je lépouds à cela que nous avons des preuves que Dieu Incline véritablement ceux qu'il aime à croire la religion chrétienne, et que les infidèles n'ont aucune preuve de ce qu'ils disent ; et ainsi nos propositions étant semblables dans les
J'avoue bien qu*uQ de ces chrétiems qui croient sans preuves n'aura peut-être pas de quoi convaincre un infidèle qui en dira autant de soi. Mais ceux qui savent les preuves de la religion prouveront sans difficulté que ce fidèle est véritablement inspiré de Dieu, quoiqu'il ne pût le prouver lui-même.
* Car Dieu ayant dit dans ses prophètes (qui sont indubitablement prophètes) que dans le règne de J. G. il répandrait son esprit sur les nations et que les fils, les filles et les enfants de l'Église prophétiseraient, il est sans doute que l'esprit de Dieu est sur ceux-là et qu'il n'est point sur les autres.
2^0 il est vrai qu'il y a de la peine en entrant dans la m piété; mais cette peine ne vient pas de la piété qui commence d'être en nous, mais de l'impiété qui y est encore '. Si nos sens^ne s'opposaient pas à la pénitence, et que notre corruption ne s'opposât pas à la pureté de Dieu, il n'y aurait en cela rien de pénible pour nous. Nous ne souffrons qu'à proportion que le vice qui nous est naturel résiste à la grâce surna-
termes, elles diffèrent en ce que l'une est sans aucune preuve et rautre est solidement prouvée. »
En marge, les mots suivants barrés : « Eorum qui amant. — Dieu incline le cœur de ceux qu'il aime. — Deus inclinât corda eon*m. — Celui qui l'aime. — Celui qu'il aime. »
> Celte pensée se retrouve presque dans les mêmes termes, dans la VI« lettre à M"« de Roannez et aussi dans la letlre Vni« (Voy. I«' vol. pag. 48et51 ).