‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 7 sur 134 · IX. * In omnibug requiem quœsivi · texte numérisé non relu

IX. * In omnibug requiem quœsivi

99 Si notre condition était véritablement heureuse» iU<3 ne nous faudrait pas divertir d'y penser pour nous rendre heureux '.

Ennui.

XI. * Rien n*est si insupportable à Thomme que 47 d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fonds de son âme, Tennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir.

* L'ennui qu'on a de quitter les occupations où 409 l'on s'est attaché. Un homme vit avec plaisir en son ménage; qu'il voye une femme qui lui plaise; quil joue 5 ou 6 jours avec plaisir : le voilà misérable s'il retourne à sa première occupation. Rien n'est plus ordinaire que cela.

' Page 73 du MS, on trouve la même pensée exprimée ainsi : « Si notre condition était véritablement heureuse, il ne faudrait pas nous divertir d'y penser. •

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* Agitation.

XII. * Quand un soldat se plaipt de la peine qu'il a j^ ou un laboureur, etc., qu'on les mette sans rien faire.

fa XIII. La nature nous rendant toujours malheureux ^^ en tous états, nos désirs nous figurent un état heu-, reux, parce qu'ils joignent à l'état où nous sommes les plaisirs de Tétat où nous ne sommes pas; et quand nous arriverions à ces plaisirs, nous ne serions pas heureux pour celaj parce que nous aurions d'autres désirs conformes à ce nouvel état.

* Il faut particulariser cette proposition générale....

ff9 XIV. Nous ne nous tenons jamais au temps présent. 21 Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

4{ DlVERTlSSKiieBT.

Que chacun examine ses pensées» il les trouvera toujours occupées au passé et à Tavenir. Nous ne pensons presque point au présent; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin ; le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

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