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DE LA COULEUR, DU TON ET DE L’EFFET

La couleur ajoute des ornements à la peinture; mais elle n’en est que la dame d’atour, puisqu’elle ne fait que rendre plus aimables les véritables perfections de l’art.

Il est sans exemple qu’un grand dessinateur n’ait pas eu le coloris qui convenait exactement aux caractères de son dessin. Aux yeux de beaucoup de personnes, Raphaël n’a pas coloré; il n’a pas coloré comme Rubens et Van

Dyok : parbleu, je le crois bien!

il s’en serait bien gardé.

Rubens et Van Dyck peuvent plaire au regard, mais ils le trompent; ils sont d’une mauvaise école coloriste, de l’école du mensonge. Titien, voilà la couleur vraie, voilà la nature sans exagération, sans éclat forcé ! c’est juste.

Point de couleur trop ardente; c’est antihistorique. Tombez plutôt dans le gris que dans Tardent, si vous ne pouvez faire juste, si vous ne pouvez trouver le ton tout à fait vrai.

Le ton historique laisse l’esprit tranquille. Pas plus d’ambition en cela qu’en autre chose.

Les parties essentielles du coloris ne sont pas dans l’ensemble des masses claires ou noires du tableau; elles sont plutôt dans la distinction particulière du ton de chaque objet. Par exemple, mettre un beau et brillant linge blanc sur un corps brun, olivâtre, et surtout faire discerner une couleur blonde d’une couleur froide, une couleur d’accident de celle des figures colorées par leurs teintes locales. Cette réflexion m’a été inspirée par le hasard, qui me fît voir sur la cuisse de mon OEdipe aperçu dans un miroir, une draperie blanche, si éclatante, si belle, à côté de cette couleur de chair chaude et dorée !

Les peintres se méprennent beaucoup lorsqu’ils emploient inconsidérément dans leurs tableaux trop de blanc, qu’il faut ensuite baisser et éteindre. Le blanc doit être réservé pour ces occasions de lumière, pour ces éclats qui déterminent l’effet du tableau. Titien disait qu’il serait à souhaiter que le blanc fût aussi cher que l’outremer, et Zeuxis, qui était le Titien des peintres de l'antiquité, reprenait ceux qui ignoraient combien l’excès en pareil cas est préjudiciable. Rien n’est blanc dans les corps animés, rien n’est positivement blanc; tout est relatif. A côté de ces femmes éclatantes de blancheur, mettez une feuille de papier !

Il est indubitable que l’on ne peut obtenir beaucoup d’ampleur et de chaleur dans les teintes, enfin peindre doré et gras comme les Vénitiens, sans employer comme eux des toiles à grosse impression. La preuve en est l’effet contraire produit par les portraits et les tableaux de certains peintres, Allori entre autres, qui ont peint très uni et très fini sur des enduits lisses.

Le moyen de peindre à la vénitienne me fut révélé par une esquisse de M. Lewis, peintre anglais. Cette esquisse avait été faite d’après le beau Titien de notre Musée : Jésus porté au tombeau.

L’artiste, pour arriver à imiter le maître, a peint sur une toile sans autre impression qu’une légère

teinte à la colle, comme il paraît que tous les peintres en ont usé, et, le plus souvent, en étendant cette teinte sur du coutil. Il a reconnu que, pour obtenir de la transparence et une belle chaleur de ton, il fallait tout glacer; par conséquent, peindre tous les dessous en gris plus ou moins coloré, en espèce de camaïeu monochrome :

i° Les chairs vierges en grisviolet très léger, les chairs brunes en gris plus fort, les cheveux de même.

2° Les draperies vertes en jaune, les bleues en blanc, ainsi que les rouges et les ciels.

Il faut en général peindre dur, heurté, et franchement. On peut ébaucher très légèrement, toujours dans cette même pratique;

mais, à la seconde fois, il faut heurter et beaucoup empâter.

Il faut que le tableau ainsi préparé exprime, malgré sa monotonie, un sentiment de couleur.

On doit le laisser sécher au moins un grand mois avant de le reprendre pour l’achever, et alors peindre tout en glacis, excepté les linges blancs.

On ne peut mieux imiter les beaux procédés de couleur des anciens peintres italiens qu’en usant des glacis. Beaucoup de draperies peintes blanches ont été glacées en couleur. C’est, je crois, le moyen qu’ont presque toujours employé Titien, Andrea del Sarto et Fra Bartolommeo,

La Forrtarina, de la tribune de Florence : exemple admirable de l’emploi des glacis.

Il est beau de noircir les paupières des vieillards : voyez le Jules II de Raphaël ! Il est beau de décolorer les paupières des yeux des femmes. Observation sur la nature.

Le blanc de l’œil a une partie plus claire qu’il est essentiel d’indiquer vivement : c’est celle qui avoisine la prunelle.

Il faut consulter les fleurs pour trouver de beaux tons de draperies.

Le violet chaud et le gris de lin tirant sur le vert d’eau font bien, brodés ensuite de grandes grecques blanches.

Les draperies doublées d’une couleur différente font un bel effet. La preuve existe dans les ouvrages de la Renaissance. — Chose à mettre habituellement en pratique.

Tons de draperies convenables à un bel effet de figures : dans la fresque de Saint Joseph par le Baroche, la Vierge, justaucorps rouge-brun avec un peu de laque, mais très sourd, manteau bleu outremer. Figure du Fouetteur du chevalier d’Arpin :

homme très brun, noir, culotte claire, jaune, et prenant toute la

lumière. Faire beaucoup de notes pareilles, surtout d’après Titien.

Pour l’effet, il faut voir son tableau dans l’endroit le plus sombre de l’atelier. Les anciens sculpteurs plaçaient leurs figures dans des caves pour mieux juger des masses.

Se faire une petite chambre à la Poussin : indispensable pour les effets.

La lumière est comme l’eau; elle se fait, bon gré, mal gré, sa place, et prend à l’instant son niveau.

Dans un tableau, la lumière doit tomber et se concentrer sur une partie avec plus de force que les autres, de manière que le re-

gard y soit attiré tout d’abord et s’y porte. De même dans une figure : de là les dégradations.

Il ne faut point, dans, une ombre de contour, mettre la teinte à côté du trait; il faut la mettre sur le trait.

Les reflets étroits dans l’ombre, les reflets longeant les contours, sont indignes de la majesté de l’art.

La qualité de « détacher » les objets en peinture (ce que beaucoup de gens regardent comme une chose si importante), n’était pas une de celles sur lesquelles Titien, d’ailleurs le plus grand coloriste de tous, avait principalement fixé son attention. Ce sont des peintres d’un talent inférieur

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qui ont fait consister en cela le mérite essentiel de la peinture, ainsi que le croient encore ces troupeaux d’amateurs, inévitablement satisfaits et charmés quand ils voient dans un tableau une figure autour de laquelle, disent-ils, « il semble qu’on puisse tourner ».

Quelquefois, les petits tableaux flamands et hollandais eux-mêmes sont, dans leurs dimensions restrei ntes , d’excellents modèles pour la couleur et l’effet d’un tableau d’histoire. On peut, à cet égard, leur demander des enseignements et les noter comme des exemples.

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