DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
rait être transmis : tels le coup d'œil, l'instinci, le génie; tels aussi peut-être l'art de connaître les hommes, et celui de les gouverner.
Quelquefois une faculté de l'esprit parle à l'autre et en est entendue, comme la bouche parle à l'ouïe, quand on est seul. C'est ce que savent bien les écoliers qui étudient à haute voix ce qu'ils veulent apprendre, afin que la leçon entre par deux portes dans leur mémoire.
Notre esprit a plus de pensées que notre mémoire ne peut en retenir; il porte plus de jugements qu'il ne saurait alléguer de motifs; il voit plus loin qu'il ne peut atteindre, et sait plus de vérités qu'il n'en peut expliquer. Une bonne partie de lui-même serait fort utilement employée à chercher les raisons qui l'ont déterminé, à se constater les aperçus qui l'ont frappé et qui l'ont fui. Il y a pour l'âme une foule d'éclairs, auxquels elle prend peu de part; ils la traversent et l'illuminent avec tant de rapidité qu'elle en perd le souvenir. On serait étonné du nombre de choses qu'elle se trouverait avoir vues, si, en remontant à tout ce qui s'est passé en elle, on en faisait l'observation, au moins de mémoire, et en approfondissant toutes les circonstances. Nous ne nous fouillons pas assez, et, semblables à des enfants, nous négligeons ce que nous avons dans nos poches, pour ne songer qu'à ce qui est dans nos mains ou devan* nos yeux.
La réminiscence est comme l'ombre du souvenir.
Il faut que la pensée soit quelque chose, et qu'elle laisse d'elle-même quelque trace, puisque nous avons le
pouvoir, en nous mettant en (juête et en revenant sur ses brisées, de la rattraper quand elle a fui.
Une pensée est tantôt un simple mouvement et tantôt une action de l'âme.
La pensée est subite et jaillit comme le feu; l'idée naî l'omme le jour après la nuit, après l'aurore. L'une éblouit et l'autre éclaire.
Il n'y a que de l'esprit dans nos pensées; il n'y a pas d'âge, d'expérience, et de cette gravité qui- s'y join^ quand elles ont passé par les affaires humaines.
Le bon sens est de savoir ce qu'il faut faire ; le bon esprit, de savoir ce qu'il faut penser.
L'esprit consiste à avoir beaucoup de pensées inutiles, et le bon sens, à être bien i)ourvu des notions nécessaires.
xLin.
La sagacité précède l'attention, de même que le tact précède le toucher.
Y a-t-il quelque chose de meilleur que le jugement? Oui : le don de voir, l'œil de l'esprit, l'instinct de la pénétration , le discernement prorapt, enfin la sagacité naturelle pour découvrir tout ce qui est spirituel.
L'intelligence est la floraison, le développement complet d\i germe de la plante humaine.
Entre l'esprit et l'âme, il y a l'imagination, faculté