DF.S DIFFÉRENTS AGES
II semble que, pour certaines productions de l'esprit, l'hiver du corps soit l'automne de l'âme.
Tant qu'il conserve sa raison, il reste à l'homme assez de feu, d'esprit et de mémoire pour converser avec le ciel et avec les âmes simples et bonnes : cela suffit ; tout le reste est un superflu qui ne sert que pour les affaires, pour les plaisirs et pour les honneurs. Or, quelles affaires a-t-on, de quels honneurs, de quels plaisirs a-t-on besoin, quand on n'a rien de nécessaire à demander à la fortune, quand on est sage et qu'on est vieux?
La vieillesse, voisine de l'éternité, est une espèce de sacerdoce, et, quand elle est sans passions, elle nous consacre. Elle semble donc autorisée à ophier sur la religion, mais avec défiance, avec crainte. Si l'on n'a plus alors de passions, on en a eu, et l'on en conserve les habitudes; si l'on est voisin de Dieu, on a gardé les impressions de la terre; enfin, on s'est longtemps trompé, et il faut craindre de se tromper encore, et surtout de tromper les autres.
Le résidu de la sagesse humaine, épuré par la vieillesse, est peut-être ce que nous avons de meilleur.
Une belle vieillesse est , pour tous les hommes qui la voient, une belle promesse, car chacun peut en concevoir l'espérance pour soi ou pour les siens. C'est la perspective d'un âge où l'on se flatte d'arriver; on aime à voir que cet âge a de la beauté.
Les vieillards sont la majesté du peuple.
Les vieillards robustes ont seuls la dij^nité de la viedlesse, et il ne sied qu'à eux de parler de leur âge. La vieillesse est en eux dans sa beauté; on l'y aime. Les délicats doivent faire oublier la leur, et l'oublier euxmêmes; il ne leur est permis de parler que de leur débilité.
Ceux qui ont une longue vieillesse sont comme purifiés du corps.
Il est un âge où l'on ne voit dans le visage que la physionomie, dans la stature que le support de la tête, dans le corps enfin que le domicile de l'àme.
Il n'y a de belle vieillesse que celle qui est patriarcale ou sacerdotale, et de vieillesse aimable, que celle du lévite ou du courtisan.
La politesse aplanit les rides.
Il ne convient au vieillard de parler longtemps que devant un petit nombre, à savoir, devant ceux qui doivent parler devant les autres.
Craignons une vieillesse sourcilleuse.
Il n'est pas vrai que la vieillesse soit nécessairement dépourvue de grâce. Elle peut en avoir dans les regards, dans le langage, dans le sourire. L'harmonie d'action et l'espèce de franchise tempérée qui produisent la grâce peuvent se rencontrer à tout âge entre