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Il y a des sortes de styles agréables à la vue, harmonieux à l'oreille, soyeux au toucher, mais inutiles à l'odorat et insipides au goût.
Le plus humble style donne le goût du beau, s'il exprime la situation d'une âme grande et belle
Le style tempéré seul est classique.
Il en est des expressions littéraires comme des couleurs : il faut souvent que le temps les ait amorties , pour qu'elles plaisent universellement.
Tlne mollesse qui n'attendrit pas , une énergie qui ne fortifie rien, une concision qui ne dessine aucune espèce de traits , un style dans lequel ne coulent ni sentiments, ni images, ni pensées, ne sont d'aucun mérite.
Les oppositions et les symétries doivent être extrêmement marquées, dans toutes les choses solides, comme dans l'architecture, et dans les pensées trèsdécidées, comme les maximes et la satire véhémente. Mais dans tout ce qui est épanchement, abandon, mollesse, il vaut mieux qu'elles soient indiquées seulement que parfaites.
Au plaisir de la suspension peut se comparer celui de l'attente trompée, mais trompée agréablement. Cette espèce de jeu est ordinairement produite par des symétries brisées, ou des pentes rompues, comme on peut l'observer dans quelques airs champêtres, et dans le style de Fénelon ; pratique qui donne au chant une apparence naïve, et au style de la douceur. Lxxxvni.
Mêlez, pour bien écrire, les métaphores trop vives à des métaphores éteintes , et les symétries marquées à des symétries effacées.
Le style concis appartient à la réflexion. On moule ce qu'on dit, quand on l'a pensé fortement. Quand on ne songe pas, ou quand on songe peu à ce qu'on dit, l'élocution est coulante et n'a pas de forme ; ainsi ce qui est naïf a de la grâce et manque de précision.
Concision ornée, beauté unique du style.
Ceux qui ne pensent jamais au delà de ce qu'ils disent, et qui ne voient jamais au delà de ce qu'ils pensent, ont le style très-décidé.
Remarquez comme, dans la dispute, chacun donne à son opinion un tour sentencieux. C'est que, de toutes les formes du discours, c'est la plus solide. Elle répond à la forme carrée en architecture. Et comme, dans la dispute, chacun cherche à se fortifier, chacun assoit son opinion de la manière que l'instinct lui indique être la plus propre à résister à l'attaque. Quant aux choses d'une vérité reconnue, et qui n'ont à craindre aucune contradiction, aucune hostilité, si j'ose ainsi dire, on leur donne ordinairement une certaine rondeur, une expression à contours, forme qui réunit la grâce à la solidité, et la simplicité à la richesse. Or, dans le style, il faut établir les vérités comme si elles •étaient universellement reconnues.
L'urbanité sérieuse est le caractère du style académique ; c'est le seul qui convienne à un homme de lettres parlant à des hommes de lettres,
Il est un style Livrie7\ qui sent le papier et non le monde, les auteurs et non le fond des choses,
Le style oratoire a souvent les inconvénients de ces opéras dont la musique empêche d'entendre les paroles : ici les paroles empêchent de voir les pensées. Il entraîne celui qui écrit, et le tait se mentir à lui-même,
DU STYLE. 29i
comme il entraîne celui aiii lit, et le dispose à se laisser tromper.
Défie>;-"ous des piperies du style.
Le vrai caractère du style épistolaire est l'enjouement et l'urbanité.
Le style familier est ennemi du nombre, et i \ faut rompre celui-ci pour que celui-là paraisse naturel,
C'est par les mots familiers que le style mord et pénètre dans le lecteur. C'est par eux que les grandes pensées ont cours et sont présumées de bon aloi, comme l'or et l'argent marqués d'une empreinte connue. Ils inspirent de la confiance pour celui qui s'en sert à rendre ses pensées plus sensibles ; car on reconnaît à un tel emploi de la langue commune un homme qui sait la vie et les choses, et qui s'en tient rapproché. De plus, ces mots font le style franc. Ils annoncent que l'auteur s'est depuis longtemps nourri de la pensée ou du sentiment exprimé, qu'il se les est tellement appropriés et rendus habituels, que les expressions les plus communes lui suffisent pour exprimer des idées devenues vulgaires en lui par une longue conception. Enfin, ce qu'on dit en paraît plus vrai ; car rien n'est aussi clair, parmi les mots, que ceux qu'on nomme familiers, et la clarté est tellement un des caractères de la vérité que souvent on la prend pour elle.
Les idiotismes semblent, par leur familiarité même, témoigner une plus granrle sincérité. Ils plaisent parce qu'ils montrent encore plus l'homme que l'auteur. Mais
ils doivent se placer dans le style, comme des plis dans une draperie; des largeurs autour d'eux peuvent seules les excuser.
Le style boursouflé fait poche partout ; les pensées y sont peu attachées au sujet , et les paroles aux pensées. Il y a entre tout cela de l'air, du vide, ou trop d'espace. L'épithète boursouflé, appliquée au style, est une des plus hardies , mais des plus justes métaphores qu'on ait jamais hasardées. Aussi tout le monde l'entend, et personne ne s'en étonne. Le style enflé est autre chose. Il a plus de consistance que l'autre, il est plus plein ; mais sa plénitude est difforme , ou du moins excessive. Il est trop gros, ou trop gras, ou même trop grand.
Il est tel auteur qui commence par faire sonner son style, pour qu'on puisse dire de lui : Il a de l'or, cm.
Il n'y a point de beau et bon style qui ne soit rempli de finesses, mais de finesses délicates. La délicatesse et la finesse sont seules les véritables indices du talent. Tout s'imite, la force, la gravité, la véhémence, la légèreté même; mais la finesse et la délicatesse ne peuvent être longtemps contrefaites. Sans elles, un style sain n'annonce rien qu'un esprit droit,
Ce n'est pas assez de faire entendre ce qu'on dit , il faut encore le faire voir: il faut que la mémoire, l'intelligence et l'imagination s'en accommodent également.
Si l'on veut rendre appai'ent ce qui est très fin, il faut le colorer.
Les images et les comparaisons sont nécessaires, afin de rendre double l'impression des idées sur l'esprit, en leur donnant à la fois une force physique et une force intellectuelle.
Il faut, dans les comparaisons, passer du proche au loin, de l'intérieur à l'extérieur, et du connu à l'inconnu. Il ne suffit pas, en effet, qu'elles soient justes, il faut encore qu'elles soient clairçs, et elles ne peuvent le devenir que lorsque l'objet auquel on compare est plus familier, plus apparent que l'objet comparé.