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MÉTAPHYSICIENS

place. On est toujours tenté de crier comme au parterre : de l'air ! d^ l'air! on étouffe, on est moulu 1

Locke a raisonné avec une sorte de rigueur plus adroite que sincère et ingénue. Il a abusé de la simplicité et de la bonne foi des scolastiques. C'est un philosophe sournois. Leibnitz est plus franc, plus sincère, plus éclairé. Parmi les hommes qui ont quelque graufleur, il passe Locke de toute la tête.

Le livre de Locke est imparfait. Son sujet n'y es point tout entier, parce que l'auteur ne l'avait pas dans l'esprit par avance. Il se jette sur des parcelles qu'il divise et subdivise à l'infini. Il quitte le tronc pour les branches, et son ouvrage est trop rameux.

Locke se montre presque toujours logicien inventif, mais mauvais métaphysicien, anti-métaphysicien. I, n'était pas seulement, en effet, dépourvu de métaphysique : il en était incapable et ennemi. Bon questionneur, bon tâtonneur, mais sans lumière; c'est ud aveugle qui se sert bien de son bâton.

Malebranche a fait une méthode pour ne pas s( tromper, et il se trompe sans cesse. On peut dire de lui, en parlant son langage, que son entendement avail blessé son imagination. Tout occupé des vérités de sa chère physique, il veut absolument en faire naître la morale. Toutes ses explications sont d'un matérialiste, quoique tous ses sentiments et toutes ses doctrinei fussent opposées au matérialisme.

Ce Malebranche est bien hardi à se moquer des har-

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diesses! Les siennes ont plus d'excès que toutes celles qu'il reprend. Il y a pourtant en lui des choses admirables; mais ce n'est pas ce qu'on a cité. Il semble, au surplus, que son esprit ne soit parvenu à ce qu'il y a de bon dans son livre que par induction , et par forme de conséquence des principes cartésiens. Son indépendance des opinions de Descartes est toute cartésienne. Il est rebelle par fidélité.

Malebranche me semble avoir mieux connu le cerveau que l'esprit humain.

Tout ricanement déplacé vient de petitesse de tête, et Malebranche en a de tels.

Le mot de beau, pris substantivement, ne se trouve pas une seule fois dans Malebranche. 11 paraît qu'il n'en avait jamais eu l'idée. Le beau étant, en effet, le bien de l'imagination, et cette faculté lui paraissant essentiellement nuisible, son bien devait lui sembler un véritable mal.

Leibnitz ne s'arrêtait pas assez aux vérités qu'il découvrait ; il passait outre, et allait trop tôt et trop vite en chercher de nouvelles. Il y avait en lui de cette légèreté qui fait qu'on voit de loin, mais qu'on ne regarde rien fixement.

"Condillac est plein de demi-vérités ; de sorte qu'il n'est au pouvoir de l'esprit, ni de lui refuser toute attention, ni de lui en donner une entière. C'est là ce qui le rend tatigaa t. On éprouve, en le lisant, une sorte de

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malaise et de tiraillement. La pensée est perpétuellement avec lui dans une fausse position.

Condillac parle beaucoup de la pensée, et la connaît assez bien ; mais il n'a pas entrevu l'âme. C'est ie Saunderson de la métaphysique.

Condillac me semble substituer un cerveau artificiel et mécanique à un cerveau vivant et naturel. Je méprise cet homme par synthèse; ne me questionnez donc pas par analyse.

Kant paraît s'être fait à lui-même un langage pénible, et comme il lui a été pénible à construire, il est pénible à entendre. De là vient sans doute qu'il a pris souvent son opération pour sa matière. Il a cru se construire des idées en ne se construisant que des mots. Ses phrases et ses appréhensions ont quelque chose de tellement opaque qu'il ne lui était guère possible de ne pas croire qu'il s'y trouvait quelque solidité. Nos transparences et nos légèretés nous trompent moins. Il y a un sujet à traiter ; le voici : « Des tromperies que l'es- « prit se fait à lui-même, selon la nature du langage « qu'il emploie. »

On est perpétuellement tenté de dire à Kant : « Dé« « gagez l'inconnue ; » on ne la voit jamais.

Kant a toujours devant les yeux quelque lueur, mais jamais aucune clarté : « Je me pique, » dit-il quelque part, « d'ignorer ce que tout le monde sait. » Il est, au reste, doué de la faculté de se représenter longtemps ses propres abstractions, et de leur donner à ses yeui

de la consistance et une durée presque absolue. Il a une »>rande puissance et une grande patience d'attention. Esprit tenace, il est par là devenu propre à établir trèsbien certains principes généraux de la morale. Il semble croire que nous avons, dans nos idées, quelque cbose <le plus invariable et de plus indestructible que dans yios sentiments et dans nos pencbants naturels euxmêmes. Voilà pourquoi il regarde le mot devoù^ comme un mot si fort et si important. Toute bonté lui paraît molle et ]>resque fluide; tout sens du droit lui semble inflexible, et il en tire la règle.

Saint-Martin a la tête dans le ciel, mais dans un ciel nébuleux et noir, d'où s'échappent quelques éclairs qui ne laissent voir que des nuées. Il s'élève aux choses divines, avec des ailes de chauve-souris.

Azaïs a entendu en songe quelques paroles sans liaison dont il remplit mal les intervalles. C'est le bonliomme Her de Platon.

PROSATEURS, PHILOSOPHES, POBLIClSTEgb

Toute l'ancienne prose française fut modifiée par le. style d'Amyot et le caractère de l'ouvrage qu'il avait traduit. Il n'y eut plus que des scoliastes. Plutarque lui-même n'est pas autre chose : scoliaste, non de mots, mais de pensées.

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En France, la traduction d'Arayot est devenue un ouvrage original, dont on aime à citer le texte.

L'abbé Arnaud, avec des vérités, du savoir, et des 3bservations quelquefois très-fines et très-solides, donne ju génie et de la littérature grecs une idée parfaitement fausse.

Balzac, Lemaistre, Patru ont dans le style un caracère plus contemplatif qu'animé. Platon peut-être n'en lurait pas fait peu de cas, lui qui estimait tant Isocrate.

Balzac, un de nos plus grands écrivains, et le prenier entre les bons, si l'on consulte l'ordre des temps, !st utile à lire, à méditer, et excellent à admirer ; il est igalement propre à instruire et à former par ses déauts et par ses qualités. Suivent il dépasse le but ; mais

y conduit : il ne tient qu'au lecteur de s'y arrêter, uoique l'auteur aille au delà.

Balzac ne sait pas rire; mais il est beau quand il est érieux.

Les beaux mots ont une forme, un son, une couleur t une transparence qui en font le lieu convenable où

faut placer les belles pensées pour les rendre visibles ux hommes. Ainsi leur existence est un grand bien, et

ur multitude un trésor ; or, Balzac en est plein : lisez onc Balzac.

vin.

Plein de belles pensées et de belles raisons, Balzac abite constamment les hautes régions de la pensée et

de la langue. Grand artisan de la parole, il introduisit la pompe et les hauteurs du style noble dans le style familier ; ses phrases ont presque toujours un beau son et un beau sens ; mais il a raison trop magnifiquement,] et ne sait pas assez se jouer de ses grands mots.

Ce qui a manqué à Balzac, c'est de savoir mêler les petits mots avec les grands. Tout, dans son style, est construit en blocs ; mais tout y est de marbre, et d'un marbre lié, poli, éclatant.

L'emphase de Balzac n'est qu'un jeu, car il n'en est jamais la dupe. Ceux qui le censurent avec amertume et gravité sont des gens qui n'entendent pas la plaisanterie sérieuse, et qui ne savent pas distinguer l'iiyperbole de l'exagération, l'emphase de l'enflure, la rhétorique d'un homme de la sincérité de son personnage, enfin ce qui tient à l'art de ce qui tient à l'artiste.

On peut donner de la simplicité à la richesse; il faut le faire même dans tous les genres. On peut aussi, comme La Fontaine, donner de la richesse à la simplicité ; mais cela n'est permis qu'en badinant. C'est à quoi Balzac a manqué.

Mézerai, qu'on pourrait appeler le dernier des Gaï lois, n'avait pas une idée juste de la liberté de l'histoire. 11 fut plutôt un écrivain hardi qu'un historien savant et sage.

D'Aguesseau a trop d' égalité dans la marche de sa raison.

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