LE TEMPS, LA VIE, LA MORT, L'AVENIR
La vie est uq fleuve qui charrie des fleurs au printemps, et des glaçons en hiver.
Etrange vie où l'on entre en pleurant, où Ton passe en pleurant, d'où l'on sort en pleurant!
« Le temps répare tout. » Erreur! Le temps répare bien des choses, mais l'éternité seule répare tout.
Arrive le temps où l'on éprouve le besoin du sommeil de la mort comme à la fin d'une journée laborieuse l'on a envie de l'autre sommeil.
Tout ce qui passe fait songer.
Un peu plus j'écrasais ce ver qui doit me dévorer demain.
Homme fanfaron ! « Je lue le temps, » dit-il, et c'est le temps qui le tue.
Ah ! que le temps passe vite ! et le temps, c'est notre vie, c'est nous ici- bas 1 La vie paraît interminable, quand on la regarde du bout qui la commence ; mais l'autre bout se hâte et se rapproche à vue d'œil. Nous avons beau sauter à droite et à gauche, pour retarder la rentrée, rien n'y fait.
Ce que nous avons désiré le plus est ce qui nous châtiera le mieux.
Né dans la foule, Calixte maintenant domine. Ses égaux d'hier lui obéissent aujourd'hui. Dans sa haute fortune, lui, l'homme de génie heureusement arrivé, se souviendra-t-il des humbles et des obscurs, embarrassés de leur talent méconnu? Se lèvera-t-il pour les aller prendre dans la cohue où ils risquent d'étouffer? S'inclinera-t-il gracieusement vers eux? Leur adressera- t-il un regard, leur enverra- t-il une parole, leur tendra-t-il une main qui les sépare du vulgaire, les soulève par-dessus la multitude, les manifeste à eux, à lui, à tous? Calixte ne peut, Calixte ne veut* Le grand Calixte n'aime que les sots*
Il se compare au conviéj qui, las de mâcher à vide et de digérer en imagination, prend mal qu'on l'appelle enfin pour se mettre à labiée à l'heure de s'allei* couchet*. C'est qu'il est avant tout délicat, j'entends délicat de cal^ad-
LE TEMPS, LA VIE, LA MORT, L*AVENIR i35
1ère. Un morceau de pain sec lui plaît mieux qu'un plat fin obtenu par vilenie. Ce qui prévaut chez lui, c'est la tête et le cœur. Ce désintéressement, dont il a fourni plus d'un exemple, lui vaut l'étrange renom de n'être pas un homme positif, de vivre dans les nuages, comme un poète qu'il est. On ne disconvient point qu'il sache penser, écrire, parler ; de l'aveu de tous, il est maître en ces choses. Quant au reste, il passe pour y être impropre; ce qui fait qu'il est difficile à placer, tellement qu'on n'y songe plus, si Ton y a songé quelquefois. A lui un emploi ! un titre ! une dignité!... D'abord, il n'a point demandé; et puis, s'il allait refuser!...
Un brin d'herbe venu parmi le sable, penche vers le ruisseau; et chaque flot, en passant, secoue le brin d'herba qui tombe, et se relève pour tomber encore...
Ce brin d'herbe, c'est l'homme, que le flot de la vie agite, et que tour à tour l'épreuve incline et l'espérance redresse.
Le brin d'herbe cède peu à peu à la vague ; et chaque foia retombant plus bas, remonte plus haut. L'onde l'attire, l'arrache enfin, et l'emporte.
Ainsi, l'homme, ce brin d'herbe, ahane, en attendant qu'il succombe. Cette eau rapide, qui s'appelle le temps, le ballotte, le déracine, et le précipite vers l'oeéan de l'éfernité.
Le manque de crédit est pire que le manque d'argent.. « Perte d'argent n*est pas mortelle » dit le proverbe. L'argent se remplace- Mais qu'est-ce qui remplacera le crédit et l'honneur?
L*homme refait par le Christ à son image et à sa ressemblance ;
l'homnie relevé et surélevé par la grâce; l'homme éduqué et complété par la foi, Ecce homo! voilà Y homme, Thomme tel qu'il doit être, l'homme vrai, l'homme du Christ, le chrétien. »
Un honune qui n'est pas à sa place est comme un os luxé; il souffre, et il fait souffrir.
Notre caractère fait notre conscience.
Le malheur présent est égoïste; le malheur passé est compa tissant.
On ne sait que répéter . « Il n'y a plus d'enfants ! » — Mais de parents, yen a-t-il encore ?
Telle période de votre vie, si cruelle à traverser, méritera peutêtre un jour vos regrets ; et sans le savoir, vous consommez peutêtre à pfésent votre part de bonheur terrestre.
Le bonheur n'arrive que d'un côté, le malheur vient de partout.
La vie se passe à désirer ce qu'on n'a pas, à regretter ce qu'on n'a plus.
Donner de bonne heure à l'enfant la plus grande somme possible d'idées, de saines, larges et grandes idées. L'homme n'aime apprendre que ce qu'il sait. Or s'il n'est pas prévenu à temps de ce qui est juste, beau et bon, il risque de repousser plus tard le juste comme faux, le beau comme laid, le bon coftime mauvais ; et ce sera tant pis pour lui ; et aussi, et surtout tant pis pour la société.
La Mère. — Ne t'ennuie point, mon fils, d'être enfant. L'âge se hâte de reste, et le temps nous emporte assez vite sans le presser de l'éperon. Conserve ta joie ignorante. Des jours viendront, pleins d'amertume et d'angoisse. Alors, le fardeau de la vie se multipliera sur ta tête ; et tu iras, le dos courbé, le cœur meurtri. Tu es à ton printemps, fleuris donc, et chante, et souris, en attendant l'hiver âpre et morne.
Le Père. — Mon fils, la vie est chose mâle et austère. Soucietoi d'être vite un homme. Ton âme est petite, hausse-la ; ton cœur est frêle, affermis-le ! Dis à tes pieds d'être énergiques, à tes mains d'être robustes, à ta poitrine d'être aère et persévérante. Tout chemin gémit. Heureux celui qui ne succombe jamais, ou qui ayant succombé, se relève ! Prépare -toi à payer le tribut des sueurs et des larmes que doit tout passager sur terre.
L'Enfant. — Joie, tristesse; tranquillité confiante, inquiète prévoyance... que choisir? Faut-il ra'abandonner aux délice^
présentes, ou devancer les épreuves futures ? Qu'est la vie? tout plaisir? tout douleur ?... Je ne saurai le goût de ce vase de mystère qu'après l'avoir épuisé.
I. Son fils part, son fils unique, lé fils de sa vieillesse, son fils bien-aimé. Et le jeune homme sourit à travers ses larmes, il sourit pour tromper sa mère, à qui le cœur tremble, lui dont le cœur tremble aussi. Pauvre flls !
II. Le temps coulait plus vite jadis !... Une lettre ? joie! Que dit-il? Que fait-il?... Il vous aime, dit qu'il vous aime !... C'est bien doux, une lettre, mais un fils absent, c'est cruel !... Mère de Jésus qui, deux fois, avez perdu trois jours votre enfant, rendezmoi mon fils !... Pauvre mère !
III. Après sept ans (un siècle), ce flls est de retour. C'est donc lui !... Elle le baise en une fois cent fois ; et elle le regarde, et elle lui parle, et elle le serre contre sa poitrine en le soulevant!... Parents, voisins, amis accourent : « Vous vîtes ma peine, partagez mon plaisir ! » La table est dressée. On mange, on boit, on chante : ■ — « A toi, mère !... » L'infortunée qui veut répondre, balbutie, se penche sur son enfant et expire ! Pauvre mère ! pauvre fils !...