SUR LES FEMMES ET LE MARIAGE
XXVIII. L'état de mari a cela de fâcheux, que le mari qui a le plus d'esprit peut être de trop partout, même chez lui, enmiyeux sans ouvrir la bouche, et ridicule en disant la chose la plus simple. Être aimé de sa femme sauve une partie de ces travers. De là vient que M..., disait à sa femme : « Ma chère amie, aidez-moi à n'être pas ridicule. »
XXIX. « Qu'un homme d'esprit, disait en riant M. de..., ait des doutes sur sa maîtresse, cela se conçoit ; mais sur sa femme, il faut être bien bête ! »
XXX. Une des meilleures raisons qu'on puisse avoir de ne se marier jamais, c'est qu'on n'est pas tout à fait la dupe d'une femme tant qu'elle n'est point la vôtre.
XXXI. Je demandais à M... quelle était sa raison de refuser un mariage avantageux. « Je ne veux point me marier, dit-il, dans la crainte d'avoir un fils qui me ressemble. » Comme j'étais surpris, vu que c'est un trèshonnête homme : « Oui, dit-il, un fils qui, étant pauvre comme moi, ne sache ni mentir, ni flatter, ni ramper, et ait à subir les mêmes épreuves que moi. »
XXXII. En fait de mariage, il n'y a de reçu que ce qui est sensé, et il n'y a d'intéressant que ce qui est fou. Le reste est un vil calcul.
XXXIII. Le mariage , tel qu'il se pratique chez les grands, est une indécence convenue.
XXXIV. Le mariage et le célibat ont tous deux des inconvénients ; il faut préférer celui dont les inconvénients ne sont pas sans remède.
XXXV. Nous avons vu des hommes réputés honnêtes, des sociétés considérables , applaudir au bonheur de mademoiselle..., jeune personne belle, spirituelle, vertueuse, qui obtenait l'avantage de devenir l'épouse de M..., vieillard malsain, repoussant, malhonnête, imbé-
cile, mais riche. Si quelque chose caractérise un siècle infâme, c'est un pareil sujet de triomphe, c'est le ridicule d'une telle joie, c'est ce renversement de toutes les idées morales et naturelles.
XXXVI. Quelque mal qu'un homme puisse penser des femmes, il n'y a pas de femme qui n'en pense encore plus mal que lui.
XXXVII. Avez-vous jamais connu une femme qui, voyant un de ses amis assidu auprès d'une autre femme, ait supposé que cette autre femme lui fût cruelle ? On voit par là l'opinion qu'elles ont les unes des autres. Tirez vos conclusions.
XXXVIII. Le mot le plus raisonnable et le plus mesuré qui ait été dit sur la question du célibat et du mariage est celui-ci : « Quelque parti que tu prennes, tu t'en repentiras. )) Fontenelle se repentit, dans ses dernières années, de ne s'être pas marié. Il oubliait quatre-vingt-quinze ans passés dans l'insouciance.
XXXIX. Il y a telle fille qui trouve à se vendre, et ne trouverait pas à se donner.
XL. Ce qui rend le commerce des femmes si piquant, c'est qu'il va toujours une foule de sous-entendus, et que les sous-entendus qui, entre hommes, sont gênants, ou du moins insipides, sont agréables d'un homme à une femme.