‹ Pensées, Maximes, Anecdotes, DialoguesChapitre 90 sur 272 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

M..., qui avait une collection des discours de réception à l'Académie française, me disait : « Lorsque j'y jette les yeux, il me semble voir des carcasses de feu d'artifice, après la Saint-Jean. »

DISPUTE A l'académie.

Un jour que l'on ne s'entendait pas dans une dispute à l'Académie, M. de Mairan dit: « Messieurs, si nous ne parlions que quatre à la fois! »

distique trop long.

Un poëte consultait G... sur un distique: «Excellent, répondit-il, sauf les longueurs. »

dix-huit ans de bastille bien mérités.

Quinze jours avant l'attentat de Damiens, un négociant provençal, passant dans une petite ville à six lieues de Lyon, et étant à l'auberge, entendit dire dans une chambre qui n'était séparée de la sienne que par une cloison qu'un nommé Damiens devait assassiner le roi. Ce négociant venait à Paris ; il alla se présenter chez M, Berryer, ne le trouva point, lui écrivit ce qu'il avait entendu, retourna voir M. Berryer, et lui dit qui il était. Il repartit pour sa province : comme il était en route, arriva l'attentat de Damiens. M. Berryer, qui comprit que ce négociant conterait son histoire, et que cette négligence le perdrait, lui, Berryer, envoie un exempt de police et des

gardes sur la route de Lyon ; on saisit l'homme, on le bâillonne, on l'amène h Paris, on le met à la Bastille, où il est resté pendant dix-huit ans. M. de Malesherbes, qui en délivra plusieurs prisonniers en 1775, conta cette histoire dans le premier moment de son indignation.

Page 1