XXX VII
11 y a des mots qui sont à d'autres ce que le geure est à l'espèce , ou ce que l'espèce est au genre. Les mois genre ont un sens plus large et plus vague; ils ont de r;unpleur et sont
llotlanls. C'est pour cela qu'ils conviennent mieux au style très-noble. Les mots espèce conviennent au style concis, parce qu'ils pressent le sens, le serrent et s'y ajustent. C'est le justaucorps , le vêtement d'utilité. Les autres sont toges et manteaux, habits de décence , de dignité et de parade.
XXXVHL
Que le mot n'étreigne pas trop la pensée ; cpi'il soit pour elle un corps qui ne la serre pas. Rien de trop juste ! grande règle pour la grâce , dans les ouvrages et dans les mœurs.
XXXÏX.
Nous bégayons longtemps nos pensées , avant d'en trouver le mot propre, comme les enfants bégaient longtemps leurs paroles, avant de pouvoir en prononcer toutes les lettres.
Les mois qui ont longtemps erré dans la pensée, semblent être mobiles encore et comme errants sur le pai)ier. Ils s'en détachent , |)our ainsi dire, dès qu'une vive attention les fixe, et, accoutumés qu'ils étaient à se promener dans la m(Mnoir(^ doranlour, ils s'élancent
vers celle du lecteur, par une sorte d'attraction que leur imprima l'habitude.
Jamais les mots ne manquent aux idées ; ce sont les idées qui manquent aux mots. Dès que ridée en est venue à son dernier degré de perfection, le mot éclot, se présente et la revêt.
Rejeter une expression qui ne blesse ni le son , ni le sens , ni le bon goût , ni la clarté , est un purisme ridicule, une pusillanimité.
Quand on se contente de comprendre à demi , on se contente aussi d'exprimer à demi, et alors on écrit facilement.
Il est des écrits et des sortes de style où les mots sont placés pour être comptés. 11 en est d'autres où ils ne doivent être pris qu'au tas, au poids, et , pour ainsi dire, en sacs.
Les meilleurs temps liltéraircs onl toujours
été ceux où les auteurs oui pesé el compté leurs mots.