‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 21 sur 32 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

Le sage ne compose point. Entre ses idées, il en admet peu; il choisit les plus importantes, les livre telles qu'elles sont, et ne perd point son temps aux déductions. Triptoléme, (juand il donna le blé aux hommes, se contenta de le semer ; il laissa à d'autres le soin de le moudre , de le bluter et de le pétrir.

Ce qui est exquis vaut mieux que ce qui est ample. Les marchands révèrent les gros livres ; mais les lecteurs aiment les petits : ils sont plus durables et vont plus loin. Virgile et Horace n'ont qu'un volume. Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et Térence n'en ont pas davantage. Ménandre, qui nous charme, est réduit à quelques feuillets. Sans ïélémaque, qui connaîtrait Fénelon? Qui connaîtrait Bossuet, sans ses Oraisons funèbres ei son Discours sur l'histoire universelle? Pascal, ]>a liruyère, Vauvenargues et La Roche-

foucauld; Boileau, Racine et La Fontaine, n'occupent que peu de place, et ils font les délices des délicats. Les très-bons écrivains écrivent peu, parce qu'il leur faut beaucoup de temps pour réduire en beauté leur abondance ou leur richesse.

* Excelle , et tu vivras.

Rappelons-nous le mot cité de saint François de Sales , à propos de V Imitation : « J'ai « cherché le repos partout , et je ne l'ai trouvé « que dans un petit coin, avec un petit livre. » Heureux est l'écrivain qui peut faire un beau petit livre !

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