LXX IL
L'ahlu' Haithélemv lait minauder son es-
pril. Son éiudition est fausse, el nienl pour Irop vouloir être agréable.
LXXIÏI.
Le style de Dussault est un agréable ramage, où l'on ne peut démêler aucun air déterminé.
Que disaient-ils, que M. de Bonald ne sait pas écrire? H sait écrire, et éciire parfaitement; mais il ne sait pas plaire. On trouve souvent en lui des idées aimables et platoniques, unies au ton dogmatique, impérieux, austère , des raisonneurs de l'école moderne. Il donne à ses expressions un rigorisme de sens qui tyrannise l'attention.
* M. de Bonald a besoin de la terre; son esprit a des pieds, mais il n'a point d'ailes, ou il n'a du moins que des ailes fort courtes ol qui ne lui servent qu'à marcher mieux el plus vite.
LXXVÏ.
M. de Bonald jette un filet sur les esprits,
el ce iilet a des couleurs; mais il est lellement serré, qu'on ne peut rien voir au travers, lorsqu'une fois on est dedans.
LXXYII.
On rencontre quelquefois chez M. de Bonald de singulières conséquences. Il semble qu'on y tombe par un casse-cou, et l'esprit se sent <}uelque chose de démis.
il n'y a souvent, dans ce qu'écrit M. de Bonald , que l'attitude et l'insistance d'un homme (]ui aflii-me résolument. Il se trompe avec une force ! ... * C'est un genlillàtre de beaucoup d'esprit et de beaucoup de savoir, érigeant en doctrines ses premiers préjugés.
M. de Beausset a retrouvé le fil perdu de la narration continue, ce fil ductile qui se plie et se replie en mille manières, sans se liiouiller et sans se rompre. Une élégance simple, une facilité soignée, une modération vraie, rien de cherché , voilà ce qui est rare aujourd'hui, ou plutôt ce (pi'on ne voit plus, et ce «pii dislingue éminemment cet écrivain. Dans
Fëiielon, il avait à enchâsser des perles, et il les a entourées plus richement. Dans Bossuet , il avait à montrer des blocs , et il les a isolés, cultivant les Muses sévères. Ses citations sont, dans le cours de son récit, comme des îles toutes pleines de monuments. En le lisant, on croit descendre un fleuve, par un beau temps, et au milieu d'un beau pays. Le siècle qu'il traverse, est montré à droite et à gauche. 11 a rendu son caractère au genre tempéré, le seul qui soit classique et propre à nous ramener aux beautés saines qui charment l'âme, sans en altérer la lumière, sans la troubler par des passions. Mais on dirait, hélas! qu'il faut au siècle présent des vertus molles, où il puisse soupçonner quelques blessures , des vertus malades , dont il puisse avoir pitié.
w)i:tf.s kt romanciers.
Pétrarque adora pendant trente ans, non pas la personne, mais l'image de Laure; tant il est plus facile de conserver ses sentiments et ses idées que ses sensations! C'est ce qui faisait la fidélité des anciens chevaliers.
Pétrarque estimait peu ses poésies italiennes qui l'ont immortalisé; il leur préférait son latin. C'est que son siècle aimait le latin, et n'aimait pas encore l'italien.
Le die milù, nmsay manque aux nouvelles (le Boccace. 11 n'ajoute rien à ce qu'on lui a dit, et ses inventions ne dépassent jamais le champ formé par sa mémoire. Son récit (init où a lini le conte vulgaire; il le respecte conmu' il lespecterait la vérité.
* Le Tasse était sur son art un penseur profond , et ce serait un service à rendre aux lettres que d'examiner ses ouvrages en prose et SCS principes littéraires. Ce caractère de penseur, au surplus, se montre même dans ses vers ; ils ont la forme qui conviendrait à des sentences. Le poëte, par les tournures de son style , ne ressemble pas aux poètes anciens , mais il ressemble aux anciens sages.
11 y a cet inconvénient, dans les Lettres de Voiture, qu'il y montre son masque plutôt que son visage, ce qui les rend plus divertissantes d'abord , mais beaucoup moins longtemps intéressantes. Très-agréable et très-ingénieux , il ressemble cependant un peu à ces portraits qui rient éternellement.
Et souvent avec Dieu balance la victoire.
C'est là le vice impardonnable du poëme de Mil ton.
On reproche à Corneille ses grands mots et
ses grands sentiments; mais pour nous élever, et ne pas être salis par les bassesses delà terre, il nous faut en tout des cchasses.
YIIl.
Il peut y avoir, dans l'àme, un degré de hauteur inutile à la pratique des arts , à la beauté des ouvrages, mais non pas au respect que doit inspirer le mérite de l'auteur, démontré par son œuvre. Beaucoup plus parfait que Corneille, et moins grand, Racine doit être moins révéré.
Racine eut son génie en goût, comme les anciens. Son élégance est parfaite; mais ell<' n'est pas supiême, comme celle de Virgile.
Racine est l'homme du monde qui s'entend le mieux à filer les mots , les sentiments , les pensées , les actions , les événements ; et chez hii , les événements, les aciions, les pensées, les sentiments et les paroles , tout est de soie. Pradon a quelquefois aussi des paroles de soie; mais il ne faisait que brouiller.
Le talent de Racine est <lans ses œuvres,
t>OS
mais Racine lui-même n'y esl pas. Aussi s'en (îégoûta-l-il.
Tibiis acta liidis mcgalensibus : il me semble que je lis ces mots à la tète de toutes les tragédies de Racine.
Ceux à qiii Racine suffit sont de pauvres âmes et de pauvres esprits ; ce sont des âmes et des esprits restés béjaunes et pensionnaires de couvent. Admirable, sans doute, pour avoir rendu poétiques les sentiments les plus bourgeois et les passions les plus médiocres , il ne tient lieu que de lui-même. C'est un écrivain supérieur, et, en littérature, c'est tout dire. Mais ce n'est point un écrivain inimitable. Pradon, lui-même, a fait beaucoup de vers pareils aux siens.
Boileau est un grand poëte, mais dans la demi-poésie.
Racine et Boileau ne sont pas des eaux de
source. LU beau choix dans l'iniitation fait leur mérite. Ce sont leurs livres qui imitent des livres, et non leurs âmes qui imitent des âmes. Racine est le Virgile des ignorants.
XYI.
Alfieri n'est qu'un forçat condamné pai* la nature aux galères du Permesse italien.
XMI.
Molière est comique de sang-fioid ; il fait rire et ne rit pas ; c'est là ce qui constitue son excellence.
XYIII.
Molière s'est joué, dans Tartuffe, de la forme des affections religieuses, et c'est là, sans doute, un grand mal.
Kegnard est plaisant comme le valel , el Molière comique comme le maître.
Il y a, dans La Fontaine, une plénitude de poe^sie qu'on ne trouve nulle part dans les autres auteurs fiançais.